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États-Unis : mineurs isolés risquent l'expulsion sans avocat après coupure de fonds

Publié4. octobre 2026, 08:01

Etats-Unis«Nous avons dû dire que le bébé contestait les accusations»

Au pays de l'Oncle Sam, des mineurs isolés risquent l’expulsion sans avocat, après la coupure de financements publics qui devaient leur garantir un appui juridique sûr.

Agence France-Presse

L’administration Trump a tenté de couper les financements publics destinés à l’aide juridique des mineurs isolés.

L’administration Trump a tenté de couper les financements publics destinés à l’aide juridique des mineurs isolés.IMAGO/Newscom World

Devant un juge de Louisiane, une adolescente de 17 ans et son bébé comparaissent pour une demande d’asile, sans avocat. Une situation devenue plus fréquente aux États-Unis depuis que l’administration Trump a tenté de couper les financements publics destinés à l’aide juridique des mineurs isolés.

«Je fais ce métier depuis dix ans et je n’ai jamais connu de période aussi grave que celle-ci en ce qui concerne l’offensive concertée du gouvernement contre les enfants», dénonce Roxana Avila-Cimpeanu, de Florence Immigrant & Refugee Rights Project, l’une des associations touchées.

En 2025, Donald Trump a voulu supprimer les financements de l’Office of Refugee Resettlement (ORR), agence qui soutient un réseau national d’organisations offrant une aide juridique aux mineurs non accompagnés placés en foyer ou pris en charge par les autorités. Une juge fédérale a bloqué la mesure, mais le gouvernement a tout de même interrompu ses versements. Il a également laissé expirer son contrat avec Acacia Center for Justice, qui coordonnait une centaine d’organisations.

Roxana Avila-Cimpeanu a repéré en août le cas de l’adolescente et de son enfant dans un tribunal de Louisiane. «Le bébé courait partout en jetant des jouets et en pleurant, et la mère devait se concentrer sur l’audience», raconte-t-elle. Une scène qui lui rappelle celle de 2018, lorsqu’un nourrisson avait dû comparaître: «Nous avons dû dire que le bébé contestait les accusations portées contre lui (...) c’est tout à fait absurde, mais cela fait partie de la procédure.» Selon CNN, 25 enfants, dont certains sans avocat, se sont récemment retrouvés devant un juge de l’immigration au Texas.

«Sécurité»

Selon Roxana Avila-Cimpeanu, les financements publics ont ensuite été conditionnés à la transmission d’informations confidentielles sur les quelque 20'000 enfants représentés par le réseau. «Nous n’étions pas en mesure de le faire, c’est pour cela qu’ils ont coupé les financements pour six mois», explique-t-elle, estimant qu’une telle exigence était «contraire aux règles déontologiques» des avocats.

L’administration a alors envisagé de confier les demandes d’asile à Burke Law Group, une société dont la fondatrice a travaillé dans le gouvernement Trump lors de son premier mandat. Elle s’est également tournée vers Our Rescue, organisation fondée par un ancien conseiller de Donald Trump sur l’exploitation sexuelle des enfants et aujourd’hui dirigée par un ex-enquêteur de la police de l’immigration (ICE). Ce contrat a toutefois été suspendu après des interrogations du Congrès sur l’utilisation des fonds fédéraux.

Dans une lettre adressée cette semaine au gouvernement, des élus démocrates ont fait part de leur «profonde inquiétude» face au projet de confier «une population vulnérable à des entreprises manifestement incapables de remplir cette mission». «La protection légale des enfants ne devrait jamais servir de monnaie d’échange dans le clientélisme politique», ont-ils ajouté.

L’ORR assure de son côté avoir versé des fonds jusqu’à la fin de l’année au Comité américain pour les réfugiés et les immigrants (USCRI), qui «est présent à 100% lors des audiences et a élargi ses services pour proposer des conseils, consultations et représentations juridiques directes». Bilal Askaryar, directeur de la communication d’Acacia Center for Justice, souligne toutefois que l’USCRI dispose de bien moins d’avocats que les 800 membres du réseau précédent.

«Pour nous, il ne s’agit pas d’un contrat. Ce n’est pas un différend entre une organisation et le gouvernement. Il s’agit de 20'000 enfants arrivés aux États-Unis en quête de sécurité», insiste-t-il.

Agence France-Presse

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