Notre reportage au Pérou, sur l'Amazone, le plus long fleuve du monde, dans une nature luxuriante
À bord de l'Aqua Nera, malgré la quiétude ambiante, les journées sont bien remplies : on ne participe pas à ce genre de croisière pour se prélasser sur le pont en sirotant des cocktails. Ici, l'objectif est de découvrir le fleuve, ses rives, ses habitants et ses richesses.
Chaque jour, les passagers répartis en petits groupes, embarquent à bord de "skiffs", de rapides petits bateaux à moteur, qui les emmènent explorer la jungle et sa faune surprenante. Pour les encadrer, ils peuvent compter sur l'œil aiguisé de guides et pilotes locaux qui repèrent bien avant eux les feuilles qui tremblent au loin indiquant qu'une famille de singes écureuil s'apprête à bondir d'une branche vers une autre ou le héron capé perché sur un tronc flottant, à deux doigts de prendre son envol. L'expérience de ces hommes du cru comme Alejandro, issu d'un des 51 groupes ethniques qui vivent dans la forêt ou Billy — qui s'adresse aux passagers dans un parfait français — est irremplaçable. Au fil des sorties, chacun à leur manière, abreuve les passagers curieux de tout un tas de détails et d'anecdotes relatives à la faune mais aussi à la vie du fleuve qui chaque jour change de visage.
Un fleuve, deux ambiances

L'Amazone, terrain de jeu de dizaines d'espèces animales, mue au fil des saisons et des pluies qui peuvent faire grimper son niveau de 10 à 15 mètres. "Durant la saison haute, qui s'étend de décembre à mai, le niveau de l'eau augmente très fort et inonde une partie de la forêt, si bien que d'une semaine à l'autre certaines zones ne sont plus accessibles en skiff, explique Alejandro. En été, le paysage est totalement différent : c'est plus compliqué pour naviguer parce que le fond argileux du fleuve change constamment et que l'espace pour piloter est fortement réduit. On ne peut plus admirer la vie de la jungle depuis les skiffs mais on met pied à terre et c'est une tout autre aventure."
Des excursions au lever du soleil avec un délicieux petit-déjeuner servi au milieu de nulle part sont également au menu tout comme des sorties nocturnes. Celles-ci, inoubliables, permettent d'entendre le bruit de la forêt : les crapauds répondent aux singes hurleurs dans un brouhaha incompréhensible, alors que les lucioles dansent au ras de l'eau. Les passagers, silencieux, écoutent et tentent d'imprimer ces sons dans leur mémoire, observés non loin de là par les yeux luisants de quelques caïmans.
En Amazonie, face à la déforestation, les femmes prennent le pouvoir
Une des problématiques les plus importantes des régions bordant l'Amazone est sa déforestation, une ressource naturelle malheureusement pas inépuisable. Pour lutter contre ce fléau, plusieurs associations se sont intéressées aux populations de l'Amazone afin de leur trouver d'autres sources de revenus. Dans le petit village Amazonas qui compte 250 âmes, ce sont les femmes qui génèrent des revenus supplémentaires grâce à l'artisanat.

Ici, on travaille les tiges des feuilles de palmier pour en faire des fibres très résistantes qu'elles utilisent pour confectionner les filets de pêche mais aussi toutes sortes de petits objets vendus ensuite aux touristes. Comme l'explique la responsable de ce groupe de femme, Pancita, à Amazonas, on travaille de façon éco-responsable : "Quand on coupe un arbre, on replante tout de suite. Pour le moment, nous comptabilisons 2 985 palmiers mais notre objectif est d'atteindre 10 000 palmiers d'ici 2030".
Des teintures issues de la nature
Pour obtenir cette fibre, Pancita et les femmes du village travaillent les tiges des feuilles du palmier. Celles-ci sont d'abord séchées sept jours au soleil avant d'être lavées à l'eau et au citron puis bouillies et séchées à nouveau.
Les fibres sont ensuite colorées grâce à des pigments naturels. "On utilise le fruit huito 'verde', c'est-à-dire lorsqu'il n'est pas encore mûr pour donner la couleur noire, montre Pancita. Il y a aussi le curcuma pour le jaune, l'herbe tariri pour le rouge, l'achiote pour l'orange et le retama que l'on fait bouillir et reposer toute une nuit pour obtenir le brun." Des couleurs naturelles qui donnent aux corbeilles, sacs tissés et petits animaux décoratifs leur spécificité.
Roulées sur la cuisse
Une fois que les fibres sont teintes on passe à la confection des objets et là aussi les techniques de tissages sont ancestrales et enseignées par les femmes plus âgées vers les plus jeunes. Et si certaines pièces sont tissées, d'autres sont réalisées à base de nœuds. C'est le cas des traditionnels bracelets porte-bonheur auxquels est attachée une graine de huayruro qui selon la croyance populaire, assure la protection de mère nature. "Pour réaliser ces bracelets, on transforme la fibre en corde très résistante et pour cela, on roule la fibre sur la cuisse, montre Pancita en relevant son ample jupe noire. On utilise ces cordes aussi pour les filets de pêche, c'est très solide."
Ces petits objets artisanaux sont ensuite vendus lors de foires aux artisans à Lima mais aussi aux touristes qui viennent visiter le village. "Une part des revenus générés va à la famille et une autre part est investie dans la plantation de nouveaux palmiers."
Le miel rare d'Heriberto
Suivant la même idée de trouver d'autres sources de revenus que le bois, nous rencontrons Heriberto Vela. Dans son village de San Francisco, en bordure d'Amazone, il prend soin de 68 ruches qui donnent un miel rare et plein de saveur. "J'ai commencé en 2018 après avoir trouvé deux nids dans la réserve de Pacaya Samiria, explique le père d'une famille de 12 enfants. Je ne connaissais rien au processus de la fabrication du miel ; c'est un professeur d'université en visite au village qui m'a appris tout ce que je sais aujourd'hui. "

Fier de son apprentissage, il enseigne aujourd'hui aux enfants des collèges, l'importance de la préservation des abeilles d'Amazonie ; une espèce différente de celle que nous connaissons ; dépourvue de dard. "Les arbres et la forêt sont très importants pour nos communautés et les abeilles y jouent un rôle essentiel pour la pollinisation. Il faut donc les protéger tout comme on protège les arbres et lorsqu'on coupe un arbre pour construire une habitation par exemple, nous en replantons deux ou trois."
Le miel d'Heriberto est récolté tous les trois mois avec une patience de moine : il prélève le miel à la seringue directement dans les alvéoles pour ne pas contraindre ses abeilles à tout reconstruire. Et quand on lui demande pourquoi, il n'exploite pas plus de ruches ou des ruches de plus grande capacité, Heriberto sourit et répond : "Parce que si je faisais ça, je devrais travailler beaucoup plus ! Et ma famille n'a pas besoin de plus…" Une philosophie à méditer.
Infos pratiques
Les croisières Aqua Nera Amazon River Cruise se font à partir de la ville d'Iquitos ou depuis la ville portuaire de Nauta (une navette emmène les passagers depuis Iquitos jusque Nauta).
Une croisière de 8 jours/7 nuits depuis Iquitos jusqu'à Iquitos : à partir de 10 480 € (départs les 31 octobre et 5 décembre 2026, et le 23 janvier 2027). Des séjours plus courts sont également possibles en 3 nuits, en mode "découverte", à partir de 3 280 euros, et en 4 nuits, à partir de 4370 euros.
Toutes les activités et les repas sont compris dans le prix.
Les passagers francophones ont désormais le confort de bénéficier de guides parlant très bien le français. La compagnie propose également des programmes vols + programmes avant & après croisière : à la découverte de Lima (à partir de 2 950 €) et légendes et trésors incas et découverte de Lima (7 250 €).
Plus d'infos : www.aquaexpeditions.com
Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.