Nos châteaux forts, des ruines qui ont encore beaucoup à raconter. Le méconnu château du Ramstein, le plus grand des Vosges
Il n’a existé qu’un siècle, mais ses ruines racontent encore son histoire. Le château du Ramstein à Baerenthal en Moselle, et non celui du même nom situé à Scherwiller dans le Bas-Rhin, est plutôt méconnu.
Pourtant, selon le président du Cercle d’histoire de Baerenthal Olivier Jarry et l’historien membre du Centre de recherches archéologiques médiévales de Saverne Jean-Michel Rudrauf, il s’agit là du plus grand château fort du massif vosgien, bâti sur un rocher long de 270 m et d’environ 6 m de large. « Il a un inconvénient par rapport au Haut-Koenigsbourg et au Guirbaden, considérés comme les plus grands d’Alsace : il ne reste presque pas de vestiges », relève Jean-Michel Rudrauf, qui a mené une étude publiée dans la revue Châteaux forts d’Alsace fin 2025.
-
Le vestige le plus marquant est un grand pan de mur au sommet du rocher en grès des Vosges. Le château a été détruit tôt, en 1335, et jamais reconstruit. Photo Amélie Rigo
-
-
Sur les parois, les maçonnerie (centre haut de l’image) se distinguent encore nettement de la roche sur laquelle l’édifice a été construit. Photo Amélie Rigo
Construit pour le défrichage de la vallée ?
Depuis le village de Baerenthal, situé juste au-dessous, difficile aussi de le repérer, presque totalement caché par la forêt. Situé à 292 m d’altitude, il n’est pas non plus très haut.
Pendant une dizaine d’années, à partir de 1999, les visiteurs n’y avaient d’ailleurs même plus accès. « Quand il y a eu la grosse tempête, l’Office national des forêts (ONF), propriétaire, ne voulait pas prendre le risque de laisser monter les gens », rapporte Olivier Jarry. Mais grâce à un bail emphytéotique à partir de 2008, la création et la mobilisation de l’association La Joubarbe en 2001, aujourd’hui inactive, le château du Ramstein a pu être sécurisé et à nouveau ouvert au public en 2010.
Les visiteurs peuvent monter sur le rocher qui comprend les ruines du château qui sont sécurisées depuis 2010, notamment grâce à la commune et à l’association La Joubarbe. Photo Amélie Rigo
Depuis, les randonneurs peuvent y monter sans difficulté, en moins de dix minutes, pour apprécier la vue et le fameux dernier pan de mur conséquent encore debout sur cette immense barre gréseuse, socle de l’édifice.
La plus ancienne mention du château du Ramstein date de 1254. « L’une des hypothèses serait que le château a été construit pour lancer le défrichage de la vallée et y faire venir du monde. Il n’y avait pas de village avant le château. La première mention de Baerenthal date seulement de 1318 », relève Olivier Jarry.
Des copropriétaires
Jean-Michel Rudrauf évoque un premier propriétaire, un personnage du nom de « von Ramstein ». « C’est une famille de Strasbourg apparentée à la famille de Windstein qui a apparemment construit le Ramstein. Et dans la deuxième moitié du XIIIe siècle, une branche des Windstein prend le nom de Ramstein. Cette famille a possédé le château jusqu’au début du XIVe siècle », développe-t-il.
Deux salles troglodytiques témoignent encore du passé médiéval du site. Les visiteurs y cheminent pour monter au sommet et en redescendre. Photo Amélie Rigo
Cheminant vers le sommet, Olivier Jarry fait remarquer la présence de deux salles troglodytiques, témoins de ce passé médiéval, sans compter divers trous dans les murs, preuves de la présence d’anciens bâtiments sur le rocher, tout comme à son pied. « Il y a entre 20 et 25 traces de bâtiments. Une de mes hypothèses personnelles est que le premier village de Baerenthal se soit trouvé carrément contre le château avant de s’installer en bas, au bord de la rivière », estime quant à lui Jean-Michel Rudrauf.
Le public a accès à, environ, une moitié de l’étendue des ruines qui s’étendent sur le rocher de 270 m de long en partie recouvert par la végétation. Photo Amélie Rigo
« Un document dit qu’en 1319, il y a un accord pour partager le château entre le chevalier de Ramstein et de l’autre côté le seigneur de Fleckenstein. On ne sait pas pourquoi », poursuit Olivier Jarry qui précise que la partie accessible et sécurisée des ruines ne représente qu’un peu moins de la moitié du site. Le rocher est d’ailleurs scindé en deux vers le nord. « Il a été coupé volontairement. C’est peut-être la conséquence du fait que la famille de Fleckenstein soit devenue propriétaire d’une moitié », suppose Jean-Michel Rudrauf.
Le long rocher a été scindé en deux, volontairement selon l’historien Jean-Michel Rudrauf, supposant que cette transformation pourrait être liée à la mention de copropriétaires au cours de l’histoire. Photo Amélie Rigo
Détruit en 1335, jamais reconstruit
L’année 1335 marque déjà la fin du Ramstein. « La ville de Strasbourg détruit le château lors d’une expédition punitive. On n’en connaît pas la raison. Il n’est plus reconstruit et reste à l’état de ruines », raconte Olivier Jarry qui mentionne que les restes du château sont tout de même propriété de seigneurs pendant environ 200 ans encore.
Olivier Jarry est président du Cercle d’histoire de Baerenthal et estime que le château du Ramstein mériterait d’être plus amplement connu. Photo Amélie Rigo
Au XVe siècle, l’évêque de Strasbourg est propriétaire d’une moitié et le seigneur Ludwig V de Lichtenberg de l’autre. « Finalement, en 1514, deux frères, Philippe et Jacob de Ramstein, les descendants de ceux qui ont construit le château, obtiennent de l’évêque de Strasbourg le fief de Ramstein en tant que vassaux. Ils conservent le château jusqu’à la disparition de la famille en 1569 », affirme Olivier Jarry. « Une drôle de circulaire » qui marque la fin de l’histoire de cet édifice particulier.
L’anecdote - Des galeries et des chauves-souris
Lors de la petite montée vers les ruines du château du Ramstein, le président du Cercle d’histoire de Baerenthal, Olivier Jarry, marque une pause devant une sorte de grotte flanquée d’une grille. « Des galeries ont été creusées ici, sous le château, dans le cadre de la ligne Maginot pour en faire un poste de contrôle », explique-t-il.
Un projet qui n’a finalement pas abouti, mais qui a servi. « Pendant la guerre et les combats de l’hiver 1944-1945, les habitants d’une partie du village y ont trouvé un refuge », relate-t-il.
Et aujourd’hui, ce ne sont plus des humains qui y sont accueillis, mais des chauves-souris. Elles y sont protégées par un arrêté préfectoral depuis 1988 et des grilles à chauves-souris ont été installées à l’entrée de ce site de la Réserve naturelle des rochers et tourbières du Pays de Bitche.
La balade - Un sentier entre l’étang et les ruines
Les ruines du château du Ramstein à Baerenthal se situent sur le chemin des châteaux forts d’Alsace. Mais, pour une petite balade en restant sur la commune de Baerenthal, il est possible de s’aventurer sur une boucle d’environ 7,5 kilomètres nommée « Autour du château de Ramstein ».
Au départ de l’étang de Baerenthal, le circuit est l’un des 14 sentiers d’excellence du Pays de Bitche sélectionnés avec le Club vosgien, dont la section locale œuvre par ailleurs pour entretenir la végétation autour des ruines du Ramstein.
Balisé, le circuit propose, après la découverte du grand étang, de sillonner dans la forêt, de passer par la source d’argent « Silberquelle » avant de monter les escaliers du château du Ramstein et de profiter de la vue panoramique sur la vallée à son sommet.