"Narendra Modi, démission !" : en Inde, le "Parti des cafards" défie le pouvoir
Monde. Avec environ 23 millions d'abonnés sur Instagram, le mouvement né il y a quelques mois exprime la colère de la jeunesse indienne.
Par Aïssata Sow avec Reuters
Publié le 21/07/2026 à 13:49
Des milliers de manifestants ont marché lundi 20 juillet à New Delhi à l'appel du "Parti du peuple des cafards".
REUTERS
Une force politique pour la jeunesse, par la jeunesse indienne. A l'appel du "Cockroach Janta Party" (CJP), ou "Parti du peuple des cafards", des milliers de personnes se sont rassemblées ce lundi 20 juillet à New Delhi pour participer à une marche organisée le jour de l'ouverture de la session estivale du Parlement, malgré une interdiction annoncée par la police.
La manifestation, l'une des plus importantes organisées dans la capitale indienne ces dernières années, a donné lieu à de nombreux affrontements avec les forces de l'ordre. Des images télévisées ont notamment montré des policiers frappant à coups de matraque certains manifestants dans une zone fortement barricadée, bien que la police de Delhi ait nié tout recours à la force. Des gaz lacrymogènes ont été tirés pour disperser les manifestants près du Parlement. Ce mardi matin, 150 blessés étaient pris en charge à l'hôpital, selon le CJP.
La fuite des sujets d'un examen national comme élément déclencheur
"Dharmendra Pradhan, démission", "Narendra Modi, démission", ont scandé en hindi les manifestants, faisant référence au ministre de l'Éducation ainsi qu'au Premier ministre. Au pouvoir depuis 2014, ce dernier est confronté à l'un des plus grands défis de son troisième mandat à ce jour.
Lancé par un étudiant indien fraîchement diplômé en communication, Abhijeet Dipke, et rassemblant aujourd'hui des millions de partisans sur les réseaux sociaux (dont 23 millions sur Instagram), le CJP a pris de l'ampleur jusqu'à mobiliser dans la rue la jeunesse, indignée par le système éducatif, avec le soutien désormais d'une partie de l'opposition. Tout est parti d'une fuite des sujets de l'examen national d'entrée en faculté de médecine, en mai dernier, qui a obligé plus de 2 millions d'étudiants à repasser l'épreuve. D'après les médias locaux, ce report a poussé une douzaine de candidats au suicide.
Le nom du mouvement renvoie quant à lui aux propos inappropriés tenus par le Chef de la Cour suprême, Surya Kant, en mai dernier. "Il y a des jeunes qui, comme des cafards, ne trouvent pas d'emploi" avait-il déclaré, assimilant ainsi la jeunesse à des parasites.
Selon les analystes, la montée en puissance du CJP reflète les frustrations de la Gen Z indienne face à des fuites de ce genre récurrentes, mais aussi des problèmes tels que le chômage élevé chez les jeunes.
Sit-in et grève de la faim
Abhijeet Dipke et ses partisans ont entamé un sit-in le mois dernier pour obtenir la démission de Dharmendra Pradhan. Plusieurs personnes ont entamé une grève de la faim pour les soutenir, notamment, depuis le 28 juin, le célèbre activiste de 59 ans Sonam Wangchuk, parfois surnommé le "Gandhi du XXIe siècle". Son hospitalisation forcée samedi dernier, qualifiée de "détention illégale" par sa femme, a amplifié la frustration des manifestants.
Sonam Wangchuk a proposé de mettre fin à sa grève de la faim si le gouvernement acceptait trois conditions, notamment d'assumer la responsabilité des erreurs commises dans le système éducatif et des fuites d'examens. Il a ajouté qu'il mettrait également fin à son action si des députés et des dirigeants de différents partis venaient le rencontrer à l'hôpital et lui garantissaient que ces conditions seraient respectées.
Des responsables du Parti du peuple des cafards ont par ailleurs rencontré, lundi, le ministre de la Santé Jagat Prakash Nadda pour lui remettre une lettre de revendications, parmi lesquelles la démission de Pradhan et le versement d'une indemnité de 10 millions de roupies (104 000 dollars) pour les étudiants qui se sont suicidés à la suite de la fuite des sujets.
D'après le CJP, le ministre a demandé du temps pour discuter de ces revendications au sein du gouvernement. Sur X, il a appelé les manifestants "à mettre fin à leur sit-in et à aider l'administration à rétablir la normalité". Ce mardi, en conférence de presse, Abhijeet Dipke a quant à lui déclaré qu'il poursuivrait sa manifestation antigouvernementale mais qu'il ne marcherait plus "car la police s'en [prendrait] de nouveau aux jeunes".