Namur : Aline Lefèvre, la stagiaire de retour sur ses terres comme cheffe de corps de la police
Aline Lefèvre a retrouvé ce lundi la police namuroise, 15 ans après l'avoir quittée. Seule différence, non des moindres : elle a troqué le statut de stagiaire pour les couronnes de cheffe de corps. Avec, dans ses bagages, une solide expérience au sein de la police bruxelloise. Elle y a évolué comme directrice des interventions et du soutien opérationnel, directrice des renseignements généraux, mais aussi directrice de la proximité.
Que signifie ce retour à la zone de police de Namur ?
Ces rues sont celles dans lesquelles j'ai grandi. Ce contexte, revenir à la maison, c'est beaucoup d'émotions, de la nostalgie, de la fierté, mais aussi une responsabilité.
Quelle a été votre première décision ?
De ne pas décider trop vite. J'ai une connaissance théorique de la zone sur base de la documentation stratégique. J'ai à cœur de la confronter à la réalité, à ce qui est vécu sur le terrain par les policiers et comment les Namurois perçoivent leur police.
Le sentiment d'insécurité est important au centre-ville. Comment rassurer les Namurois ?
On parle souvent à Namur d'une évolution qui n'est pas proportionnelle entre un sentiment d'insécurité et l'insécurité objective. Finalement, y aurait-il une perception des Namurois d'être moins en sécurité qu'ils ne le sont objectivement ? Si c'est le cas, il faut comprendre pourquoi ce sentiment évolue sans que ce soit le cas de la situation criminelle. Si on a renforcé la visibilité policière par le recrutement ces dernières années, pourquoi la perception de la visibilité policière n'évolue pas de la même manière ? Le recrutement n'est pas une solution en soi s'il n'est pas accompagné d'une analyse opérationnelle de comment on engage les moyens pour faire face aux besoins.
Quels sont les phénomènes criminels qui vous préoccupent le plus ?
Les priorités sont au cœur des discussions en cours sur le prochain plan zonal de sécurité. La zone lutte depuis plusieurs années contre la criminalité urbaine, le trafic de stupéfiants, les incivilités. Cela reste des points prioritaires, aujourd'hui comme pour demain. On ne va pas changer pour changer. Mais les phénomènes et besoins évoluent et on doit être en phase.
Le trafic de stupéfiants gangrène les villes. en quoi une police locale peut agir sur des réseaux internationaux ?
Elle le perturbe, notamment via sa place dans l'espace public. Empêcher les points de deal, ce sont des missions de la police locale. Comme collaborer dans des dossiers de fond avec la police judiciaire fédérale. Et puis, il y a des incivilités et nuisances liées au trafic de stupéfiants. Ça, c'est notre fonction de base. Nous n'allons pas résoudre le trafic de stupéfiants sur le territoire de la zone, mais nous sommes un maillon d'une chaîne de sécurité qui n'est pas que policière.
Qu'est-ce que cela représente d'être la première cheffe de corps à Namur ?
Cela représente beaucoup pour moi d'être cheffe de corps à Namur. Davantage parce que je suis une femme ? À titre personnel, non, car je n'ai jamais eu de plafond de verre à briser. J'ai toujours été accueillie dans les services dans lesquels j'ai évolué en tant que personne, jamais ramenée à un genre. Mais cette question revient souvent, ça dit quelque chose. Je rêve que cette question ne se pose plus, cela voudra dire que les femmes sont enfin à leur place. Ce débat doit rester, même si je ne veux pas y être associée car je me sens légitime à ma place. Mon ambition, donc, c'est peut-être de créer des vocations, montrer à des jeunes filles que la police n'est pas un métier d'hommes, sur le terrain comme dans les fonctions de top management.
Pourquoi avoir choisi la police ?
J'ai un diplôme en droit, un idéal de justice, besoin de mouvement, de concret et d'un métier de sens. La police coche toutes ces cases.
Quel est le meilleur conseil reçu durant votre carrière ?
Il faut toujours commencer par écouter et comprendre, mais ça ne peut jamais être une excuse pour renoncer à décider.
Vous avez travaillé sur diverses matières criminelles ; laquelle vous a marquée ?
J'ai travaillé sur des événements marquants, difficiles comme les attentats de Bruxelles ou légers comme le retour des Diables Rouges en 2018. Mais ce qui m'a marquée, c'est la richesse de la proximité. Un bon agent de quartier, formé, équipé et qui a le temps d'aller dans son quartier, de connaître les gens, cela empêche des dossiers d'interventions et le déploiement de phénomènes criminels. Et aussi, cela peut sauver la vie des unités spéciales les plus formées, en évitant qu'un jour elles cassent une porte sans savoir ce qu'il y a derrière.
Vous avez une intervention en mémoire ?
Oui, une namuroise, j'étais encore stagiaire. C'était avec Marcel, un agent de quartier aujourd'hui retraité. Il entend à la radio une bagarre générale entre jeunes sur un terrain de basket. Il me dit, "C'est mon quartier on y va". Je me dis : on n'est que deux… Mais je n'ose pas le lui dire. On arrive, il sort de la voiture, dit : "Qu'est-ce que vous êtes en train de faire ?" et la bagarre s'arrête net. Les gamins disent, "Marcel, ne le dis pas à maman". À chaque fois que j'ai eu des interventions sur des bagarres générales avec des jeunes policiers, que j'ai signé des PV de rébellion, des dossiers d'accidents de travail, et j'en ai signé beaucoup, je me suis dit: si on n'avait plus de Marcel dans la police, on aurait moins ce genre de dossier.
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