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Multiplication des incendies : le cerveau humain coupable du déni climatique ?

C'est une angoisse désormais associée à l'été : des incendies se déclarent et ravagent des régions entières à travers le monde, comme depuis quelques jours, dans les Landes françaises, dans la région de Madrid et dans plusieurs wilayas algériennes. Actes criminels, mégots ou autres accidents : en France, 90 % des incendies sont d'origine humaine. Mais si l'étincelle est humaine, la propagation des flammes s'explique par la sécheresse de la végétation, aggravée par le dérèglement climatique.

Le nombre et l'intensité des feux de forêt extrêmes, les plus destructeurs et les plus polluants, ont plus que doublé dans le monde depuis vingt ans.

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Des Français plus sceptiques dans un monde plus déréglé

La France a été frappée par trois canicules en moins de deux mois. Le sud-ouest du pays lutte encore, vendredi 24 juillet, contre deux brasiers d'une rare virulence, dans les Landes et en Gironde, tandis que l'Algérie, la Tunisie et l'Espagne — qui a décrété l'état d'urgence — affrontent aussi les flammes.

Une personne en fuite lors de l'incendie se propage dans les montagnes de Navaluenga, à Ávila, en Espagne, le 23 juillet 2026
Une personne s'enfuit alors que l'incendie se propage dans les montagnes de Navaluenga, à Ávila, en Espagne, le 23 juillet 2026. © Ana Beltran, Reuters

Décelé au début des années 2000, l'impact des émissions humaines sur le dérèglement climatique est désormais "sans équivoque" pour la communauté scientifique.

Selon l'Agence de la transition écologique, un organisme public sous tutelle ministérielle, près d'un tiers des Français étaient convaincus du contraire en 2024.

Notre cerveau, complice de l'inaction ? Retrouvez la chronique de Sophian Aubin

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Notre cerveau nous condamne-t-il à une forme d'inaction face à la menace climatique ? Décryptage de Sophian Aubin
Image de couverture : Notre cerveau nous condamne-t-il à une forme d'inaction face à la menace climatique ? Décryptage de Sophian Aubin © FRA NCE 24

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En France, 50 000 hectares sont déjà partis en fumée en 2026, trois fois plus qu'en 2025 à la même période. Cette année marquera-t-elle un tournant dans la conscience écologique du pays ?

Certes, face aux événements climatiques extrêmes, "les populations ont tendance à se sentir plus concernées, à être plus demandeuses de réformes", note Mélusine Boon-Falleur, chercheuse en sciences cognitives à Sciences-Po.

Mais l'émoi du public "ne s'inscrit pas forcément sur la durée", poursuit l'autrice de "Les pingouins ne sauveront pas la banquise" (Éd. JC Lattès).

Sur le long terme, l'étude citée plus haut montre même que plus le climat déraille, plus grandit le climatoscepticisme.

Le concept renvoie à une posture qui ne nie pas le dérèglement climatique, mais son lien avec les activités humaines. En France, ce déni a quasiment doublé en une vingtaine d'années : 29 % en 2024, contre 15 % en 2001, toujours selon l'Ademe.

Pourquoi la lucidité recule à mesure que le climat s'affole ? La réponse se loge pour partie dans nos neurones : loin d'être une machine rationnelle, le cerveau déforme le réel à coups de biais. 

Se biaiser pour garder le moral

Leur fonction ? Protéger notre moral. Le biais-roi, le biais d'optimisme, permet de minimiser une menace, ou d'estimer qu'elle frappera soit "les autres", soit "un jour, plus tard".

Cette distorsion pourrait expliquer le déni climatique "pur", consistant à nier l'existence même d'un dérèglement climatique — une position surexposée dans le débat en France, au regard de son poids réel, puisqu'elle ne concerne que 2 % de la population en 2024, toujours selon la même source.

Sur le même registre, la rengaine "l'été, il a toujours fait chaud", souvent accompagnée de cartes ressortant la météo de 1976, année d'une canicule historique.

Là encore, un biais cognitif est à l'œuvre, explique Mélusine Boon-Falleur : le biais de disponibilité. Saturé d'informations et happé par le spectaculaire, notre cerveau retient les canicules-repères — 1976, 2003 — et en déduit qu'il n'y a "rien de nouveau".

"On se souvient très fort des grandes canicules, comme 2003, et on a l'impression que ce n'est pas la première fois. Mais on perçoit moins les conséquences plus diffuses — et on se rend donc moins compte que ce qu'on vit est vraiment unique."

Mais la posture bien plus répandue — le climatoscepticisme, qui nie seulement l'impact humain sur le climat — répond elle aussi à un biais cognitif : le "raisonnement motivé".

Car reconnaître le dérèglement tout en refusant le consensus scientifique sur son origine anthropique libère du poids de la responsabilité individuelle, comme le décryptent des chercheurs de l'Université de Sherbrooke, au Québec.

Le climatoscepticisme "soft" mène ainsi au même résultat que le déni pur : l'inaction.

Quand le catastrophisme aggrave l’inaction 

Et cette inaction est aussi la réponse cognitive au désespoir, décrypte Mélusine Boon-Falleur. "Si on a le sentiment de ne pouvoir résoudre individuellement ou collectivement un problème, pour notre cerveau, il ne 'sert à rien' de 'gâcher de la ressource cognitive' pour tenter de résoudre une menace jugée irréversible. Et de fait, une partie de la population jugera qu'il vaut mieux l'ignorer."

Et ce biais - le sentiment d'absence d'agentivité (d'impuissance) - explique, selon elle, un paradoxe : en transmettant l'idée "qu'il est trop tard", certains discours catastrophistes peuvent avoir l'effet inverse de celui recherché et finalement "démobiliser".

Plus encore si l'esprit rejette l'auteur de l'alerte. Pour accorder foi à une information, notre cerveau jauge aussi celui qui la porte, explique Mélusine Boon-Falleur : est-il compétent, digne de confiance, partage-t-il mes valeurs ? "Si le messager n'est pas jugé digne de confiance, même un contenu solide peut passer à la trappe."

Or, dans un pays comme la France, les élus de droite sont nettement plus climatosceptiques que le reste de leurs collègues, note la Fondation Jean-Jaurès (présidée par Jean-Marc Ayrault, ex-Premier ministre PS), citant une étude de 2020 : 44 % d'entre eux affirmaient que "les scientifiques exagèrent les risques du changement climatique", contre 5 % à gauche.

La parade ? Varier les porte-voix. "Les pompiers, la police, l'armée sont très exposés au changement climatique et peuvent servir de relais de confiance auprès de publics qui se reconnaissent mieux dans ces institutions", avance la chercheuse.

Neurones, lobbying et dollars

Les explications neuronales de l'inaction climatique s'inscrivent dans une certaine fascination pour les neurosciences, le désir d'ouvrir la boîte noire de notre cerveau. "Nous sommes intéressés par notre fonctionnement", constatait le neuroscientifique Albert Moukheibeir lors d'un précédent entretien avec France 24.

Mais l'approche "tout-cerveau" est accusée d'éluder la dimension systémique de l'inaction climatique. En avril 2024, Donald Trump réunissait une vingtaine de patrons du pétrole à Mar-a-Lago et leur réclamait un milliard de dollars pour sa campagne présidentielle, en échange de la promesse explicite de démanteler les réglementations environnementales.

Les industriels des hydrocarbures ont fini par injecter près de 219 millions de dollars pour ramener le camp républicain au pouvoir à Washington. Avec succès : le déni climatique est aussi une question de dollars, et de lobbying.