Montée de l'extrême-droite, défense européenne... À Paris, le président allemand joue l'apaisement
Publié le 08/10/2026 - 19:04 UTC+2•Mis à jour 19:08
Après plusieurs mois de tensions dans les relations franco-allemandes, notamment entre le président Emmanuel Macron et le chancelier Friedrich Merz, l'heure est désormais à l'apaisement. À l'occasion d'une visite d'État du président Frank-Walter Steinmeier, qui se termine ce vendredi 9 octobre, les deux chefs d'État ont réaffirmé la responsabilité de leurs deux pays dans la construction d'une Europe "forte, démocratique et souveraine".
La montée de l'extrême-droite outre-Rhin a d'ailleurs été un des sujets phares de leurs discussions. "Les Allemands vont rester de bons Européens malgré tous les changements chez nous, économiques, politiques, dans notre politique en matière de sécurité", a assuré Frank-Walter Steinmeier, en référence aux récents succès électoraux de l'Alternative für Deutschland (AfD).
"Il est d'autant plus important pour moi, dans des temps où l'Allemagne vient juste d'avoir des élections, de te rassurer et de rassurer nos voisins", a également souligné ce social-démocrate aux pouvoirs constitutionnels limités.
Début septembre, l'AfD a remporté les élections régionales en Saxe-Anhalt avec près de 44 % des voix, soit une progression de plus 20 points en l'espace de cinq ans dans ce Land. Deux semaines plus tard, c'est en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale que le parti d'extrême-droite signe une nouvelle victoire, avec plus de 37 % des votes exprimés.
"Dans nos deux pays, nous assistons à une polarisation des sociétés, avec la montée en puissance des extrêmes [...] ce qui ne rend pas plus facile le fait de gouverner", a également déploré Frank-Walter Steinmeier, soulignant une "réalité amère et oppressante".
"Nous voyons combien nos démocraties sont bousculées aujourd'hui par le doute, par aussi cette fragmentation, cette polarisation que nous vivons", a renchéri Emmanuel Macron, soulignant la nécessité de "renforcer la démocratie" face à la "polarisation" de la société "dans un moment où le complotisme et le scepticisme l'emportent parfois".
Différentes visions de la défense européenne
Les deux chefs d'État ont également abordé la question de la menace russe et du réarmement allemand, l'un des sujets de désaccord entre la France et l'Allemagne. Berlin s'est engagée dans un réarmement massif, qui suscite les interrogations de Paris sur le risque de voir l'Allemagne renforcer ses capacités militaires en solitaire, en dehors d'une véritable stratégie européenne.
"L'Allemagne ne pourra réussir que comme une Allemagne européenne, étroitement intégrée dans l'Union européenne", a assuré Frank-Walter Steinmeier, qui quittera ses fonctions au printemps 2027.
Alors qu'il n'y a jamais eu autant d'argent sur la table pour la défense européenne, il n'existe toujours pas, au niveau de l'UE, de vision commune sur la manière de construire cette capacité : à travers une industrie strictement européenne ou via des partenariats entre alliés.
Après l'arrivée de Friedrich Merz à la chancellerie allemande l'an dernier, un rapprochement semblait d'abord se dessiner entre Paris et Berlin sur la manière d'aborder leurs défis de sécurité communs. Mais malgré cet engagement initial en faveur d'une préférence européenne dans les marchés publics, les contrats de défense servant de principal terrain d'expérimentation, des divergences stratégiques profondes ont rapidement refait surface.
Sources additionnelles • AFP