Mon beau village. Grand, la ville gallo-romaine aux mille mystères et trésors
Si selon le proverbe « tous les chemins mènent à Rome », l’on ne se rend pas à Grand par hasard. Plantée à 370 mètres d’altitude, ce qui fait d’elle l’un des villages les plus hauts de… la plaine des Vosges, la cité gallo-romaine domine l’ouest vosgien. Et du haut de ce plateau calcaire sans rivière alimenté en eau jadis par des aqueducs souterrains, ce sont plus de vingt siècles qui contemplent ces âges contemporains.
Ville sanctuaire, dédiée au dieu de la mythologie grecque des arts, de la beauté et de la lumière Apollon et à Grannus, dieu celtique gaulois, solaire et guérisseur, associé aux sources thermales, Grand que d’aucuns souhaiteraient voir rebaptisée « Grand-la-Romaine » suscite autant d’intérêt auprès des archéologues que d’interrogations sans réponse auprès des historiens.
Une mosaïque de toute beauté
Il y a quelques semaines à peine, de nouvelles trouvailles exceptionnelles, sous la forme de centaines de dés en os mis au jour là, à deux pas de l’ancienne basilique qui abrite aujourd’hui une mosaïque non moins fabuleuse de 232 m2 , remettent au goût du jour et l’ouvrage sur le métier, les hypothèses envisagées au sujet de ces nouvelles découvertes. Y-avait-il là un atelier spécialisé dans la fabrication des dés ? Ou plutôt un sanctuaire où ces objets jouaient un rôle rituel ? Voire l’existence d’un espace consacré aux jeux, placé sous la protection d’une divinité ?
Petits cubes de calcaire et de pâte de verre composent cette mosaïque de toute beauté. Photo Olivier Jorba
Au cœur de cette agglomération antique estimée à plus de 20 000 habitants : la basilique et sa mosaïque, l’une des plus importantes conservées en Europe ! Découverte en 1883, elle est classée Monument historique dès l’année suivante. Dans une salle à abside dont les murs sont bien conservés, la mosaïque, qui repose sur plusieurs couches de mortier superposées, est composée de petits cubes calcaires et de pâtes de verre. Il faut absolument admirer la riche collection de sculptures, de parures et d’objets de la vie quotidienne qui s’y rattache.
Amphithéâtre démesuré et énigmatique
Un rempart protégeait autrefois, sur 17 hectares, le centre de cette agglomération d’environ 50 hectares et la source située sous l’église Sainte-Libaire qui, longtemps fermée au public en raison d’un accès jugé très dangereux, fait actuellement l’objet d’une souscription auprès de la Fondation du patrimoine, et de travaux. Construite sur un site antique occupé par un temple dédié à Apollon entre la fin du XVe siècle et la première moitié du XVIe siècle et restaurée à la fin du XVIIIe siècle, elle est aussi classée au titre des Monuments historiques par arrêté du 8 novembre 1994.
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À ne pas confondre avec la chapelle Sainte-Libaire, datant du XVe siècle, classée en totalité au titre des monuments historiques depuis le 23 mai 2005 et qui se trouve dans le cimetière communal. D’un patrimoine rural recensé par le service régional de l’Inventaire général du patrimoine culturel, on peut encore citer la Villa romaine de la Fontainotte qui date, elle, de la fin du Ier siècle et du début du IIe siècle dont les fouilles en 2011 ont permis de dégager des vestiges inscrits en totalité au titre des Monuments historiques.
Et puis il y a cet amphithéâtre. Énigmatique lui aussi. Cet autre Monument historique, à la démesure inexpliquée, daté du Ier siècle, a été restauré à partir de 1963. Avec sa capacité de 17 000 places, il se classe parmi les huit plus vastes du monde romain. Monument gigantesque pour l’époque, il atteint 148 mètres au niveau de son grand axe. On a trouvé là un autel votif, un chapiteau, des parures et un véritable trésor monétaire.
Tant d’autres trésors, d’autres mystères aussi, demeurent à découvrir dans cet exceptionnel village des Vosges.