Mistral AI lève 3 milliards d’euros avec Samsung, un record européen
Mistral AI lève 3 milliards d’euros, un record européen, avec Samsung comme chef de file. Le tout au moment précis où sa stratégie se fait tailler des croupières.

Mistral AI vient de lever 3 milliards d’euros, un record pour une levée hors Bourse d’une entreprise technologique européenne. L’argent tombe à un drôle de moment. Depuis l’été, plusieurs experts accusent la start-up d’avoir quitté la course aux modèles de pointe pour vendre du calcul et héberger l’IA des autres. Voilà trois milliards pour une pépite que certains disent déjà en train de renoncer.
La valorisation passe à 21 milliards d’euros, contre 11,7 milliards il y a un an. Un quasi-doublement en douze mois. Cette seule levée dépasse tout ce que Mistral avait réuni depuis sa création, en avril 2023 (2,7 milliards). Deux nouveaux entrants au capital : Samsung, chef de file du tour, et le fonds Scale-up Europe, lancé par la Commission européenne pour faire émerger des champions locaux de l’IA.
Samsung, fournisseur devenu actionnaire
Samsung, géant sud-coréen des semi-conducteurs et de l’électronique, mène l’opération. Concrètement, un des plus gros fabricants de puces mémoire de la planète met de l’argent dans un client qui a un besoin vorace de ces puces.
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Selon CNBC, Arthur Mensch, directeur général de Mistral, veut consacrer cette somme à ses propres data centers et doubler en cinq ans la puissance de calcul qu’il détient en propre. L’objectif est de dépendre le moins possible des autres pour faire tourner ses IA. En clair, la start-up veut déployer massivement l’IA en Europe avec sa propre infrastructure.
Les critiques, elles, portent sur un virage. Le 11 août, Mistral annonçait un consortium pour bâtir 1 gigawatt de data centers en Europe d’ici à 2030, l’équivalent d’un réacteur nucléaire. La start-up compte y héberger des modèles open source chinois comme GLM-5.2, de la société Z.ai. Pour ses détracteurs, c’est un renoncement : l’Europe hébergerait l’intelligence des autres au lieu de la construire.
Les chiffres ne plaident pas pour la start-up. Mistral Medium 3.5 pointe à la 22e place du classement « intelligence » d’Artificial Analysis, et ses modèles ont donné 14 000 versions dérivées sur Hugging Face depuis janvier, contre 151 000 pour Qwen, du chinois Alibaba.
Mistral jure ne rien lâcher
La start-up se défend. « Nous n’abandonnons pas l’idée d’avoir des modèles d’IA de pointe », assure sa vice-présidente, Audrey Herblin-Stoop. Elle veut que les revenus tirés des data centers et des grands clients (BMW, Airbus, BNP Paribas) financent la recherche.
Mistral vise 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2026 et garde 300 chercheurs sur 1 200 salariés. Côté contrôle, fondateurs et employés conservent plus de la moitié des droits de vote, de quoi éviter le sort de Hugging Face, autre pépite française, rachetée le 3 septembre par l’américain Nvidia pour 13 milliards de dollars (environ 11,2 milliards d’euros).
Le débat n’est pas tranché, y compris en haut lieu. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, refuse de choisir entre laboratoire de pointe et prestataire rentable, tout en reconnaissant la question : « Si l’IA européenne se résume à Mistral, alors nous sommes fichus », a-t-il lancé le 2 septembre, avant d’ajouter que la start-up reste une entreprise « dont on peut être fier ».