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« Mimi », gardienne de la Résidence Eden à Roquebrune-Cap-Martin veille sur les résidents depuis 58 ans

Face à la baie de Carnolès, l’imposant immeuble de la Résidence Eden à Roquebrune-Cap-Martin compte une centaine d’appartements, répartis sur deux bâtiments de six étages. Il suffit de traverser la promenade du Soleil pour rejoindre la plage. Si la vue idyllique depuis le balcon peut convaincre d’y passer ses vacances, la véritable richesse du lieu se trouve au rez-de-chaussée. Pour la découvrir, il faut pousser la porte de la conciergerie. Dans l’appartement de fonction, Mireille Puglièse veille sur les résidents depuis 1968, l’année de construction du bâtiment.

Tout droit venue de Bretagne, Mireille est arrivée sur la Côte d’Azur avec ses parents à 18 ans. Vendeuse dans un magasin de volailles à Cannes, puis responsable d’une auberge familiale à Sclos de Comte, mais aussi gérante de l’Hôtel du Globe situé dans les jardins Biovès. Mireille a vécu mille vies avant celle-ci. Pourtant une fois établie à Roquebrune, elle n’en est jamais partie.

L’histoire d’amour avec la résidence Eden débute en janvier 1968. Le chantier n’est pas encore terminé lorsqu’elle s’installe, avec sa famille, dans l’appartement de fonction de la conciergerie. « Quand on est arrivée avec mon mari Vincent, et mes enfants, il n’y avait même pas de porte d’entrée », se souvient-elle.

Avec les années, se sont tissés entre la famille Puglièse et les propriétaires de villégiature, des liens dépassant le cadre professionnel. Conférant à la résidence un esprit familial. « Quand on arrivait et qu’on avait fait 1 000 km en voiture, Vincent nous avait préparé de la pizza ou de la soupe au pistou », se remémore Catherine. Habitante à Troyes à l’année, elle vient en vacances à l’Eden depuis ses 17 ans. « Mes petits enfants se lèvent à 7 heures du matin. Et la première chose qu’ils font, c’est descendre à la loge pour boire du chocolat et prendre le petit-déjeuner. D’ailleurs, dès qu’ils arrivent, ils lui sautent au cou pour lui dire bonjour », raconte-t-elle en riant.

Des liens si forts, qu’ils persistent malgré un déménagement. C’est le cas d’une famille désormais installée à Monaco, qui continue de rendre visite à Mireille chaque mois pour prendre de ses nouvelles.

La résidence Eden à Roquebrune-Cap-Martin situé avenue Robert Schumann compte une centaine d’appartements, répartis sur deux bâtiments de six étages.
La résidence Eden à Roquebrune-Cap-Martin situé avenue Robert Schumann compte une centaine d’appartements, répartis sur deux bâtiments de six étages.
Jean François Ottonello / Nice-matin

« L’Eden sans Mimi, ce n’est pas l’Eden »

À 88 ans, « Mimi » ne se voit pas quitter son poste de sitôt. Ce qui en surprend plus d’un. À commencer par son cardiologue, qui a sourcillé en lui signant son arrêt de travail récemment. Reconnaissant après coup les bénéfices de son activité sur sa santé. « Il m’a dit “Mais continuez, c’est très bon pour la santé et le moral” », lance-t-elle avec un regard malicieux. Une stimulation permanente responsable de son énergie débordante. « Je me sens utile en rendant service aux résidents, et ce n’est pas qu’une impression, je sers vraiment à quelque chose ».

Sa présence indispensable dépasse son expertise technique. « Même s’il a vieilli, l’Eden ne serait pas aussi beau sans le travail de Mimi et Vincent », témoigne encore Catherine. Mireille est un personnage emblématique de la résidence, et « l’Eden sans Mimi, ce ne serait plus l’Eden » résume sa petite-fille Célia Martiel, assise à ses côtés.

Si on peut retrouver la concierge dans la loge face à l’entrée pour s’enquérir des dernières nouvelles, son travail ne se résume pas à de l’observation. Maintenance, surveillance, protection, il y a toujours un problème à régler car ses journées sont rythmées par l’imprévu.

Une vie au service des résidents

Pour le moindre souci, « Mimi » vient toujours à la rescousse. Du haut de ses cinquante-huit années de carrière, elle est la mémoire vivante du bâtiment. Récitant le nom des résidents sur le bout des doigts, « elle connaît même l’emplacement de chaque tuyau » s’exclame Marie-Paule Michel, une professeure du Pas-de-Calais à la retraite, venant régulièrement à l’Eden depuis 1972. « Elle saurait même dire si telle pièce de l’ascenseur est d’origine ou si telle autre a déjà été changée » renchérit sa petite-fille, qui la remplace pendant ses vacances. Un mois sous le crachin breton passé religieusement dans le même village des Côtes-d’Armor depuis trente ans. Et même à l’autre bout du pays, Mireille décroche pour livrer ses conseils.

En se consacrant ainsi aux résidents, elle a tissé des liens presque familiaux qui se perpétuent naturellement avec les générations suivantes. « Tu as connu toute ma famille, ma grand-mère, mes parents, moi, mes enfants et mes petits-enfants » énumère une copropriétaire devenue bien plus qu’une amie avec les années.

Une histoire familliale

Avant les travaux de rénovation du « bureau » de la loge, Mireille avait dignement exposé les articles de Nice-Matin listant les exploits des membres de sa famille. Une fierté pour la doyenne Puglièse. Un fils anciennement pilote dans les rallyes. Un autre dévoué à la lutte contre le VIH dans la région. Une petite-fille infirmière en cardiologie à Monaco. Ou encore un petit-fils directeur de course à l’Automobile Club de Monaco. Ils ont tous fait l’objet d’un article dans nos pages. Lorsque l’on grandit avec une figure de dévotion à son travail, difficile de ne pas prendre exemple. Il ne manquait plus que l’article de Mireille pour compléter la collection. Un geste que sa famille a tenu à faire pour lui rendre hommage.

Jusqu’il y a encore deux mois, chaque appartement était équipé d’une ligne téléphonique reliée au bureau de la gardienne. Un standard qui fait office de relique dans la famille Puglièse. Chaque enfant, petits-enfants, et désormais arrière-petits-enfants se sont amusés à jouer avec cette impressionnante machine. Si les travaux de réfection de la loge ont obligé la gardienne à s’en séparer, pas question de le jeter pour autant. Le standard trône désormais sur le balcon d’un des enfants.

Et la retraite ? Mireille ne veut pas en entendre parler. « Pour le moment je reste. Il n’y a pas d’impératif à ce que je parte ». Une personne aussi dévouée à son travail, c’est rare. La gardienne compte bien rester aussi longtemps que sa santé lui permette. Et lorsque le temps sera venu de rendre les clés de la loge, pas question de quitter l’immeuble qui a vu grandir sa famille. Mimi prépare déjà sa retraite - largement méritée - et envisage de s’installer… dans un des cent quatre appartements de l’Eden !