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Mike Matheson ou comment se tirer d’un mauvais pas

La mêlée de presse a commencé avec une question de front à propos de la pénalité malencontreuse dont a écopé Mike Matheson avec 4 min 15 s à écouler à la troisième période du match contre les Predators. Pénalité qui a finalement coûté le match au Canadien.

Comment tu te sens un jour plus tard? lui a-t-il été demandé.

Pas bien, a lancé Matheson.

Était-ce une punition justifiée?

Oui, je l’ai fait trébucher, a-t-il répondu, le visage fermé.

L’on comprend que le Québécois s’est un peu renfrogné d’entrée de jeu. Il pensait encore à sa gaffe et devait revivre ce moment avec une bande de scribes, pas le contexte le plus joyeux.

À l’image de son équipe, Matheson connaît un départ cahoteux.

Martin St-Louis a beau avoir affirmé vendredi, après l’entraînement optionnel de sa troupe, qu’il avait joué un excellent match face aux Preds, comme il le fait avec tous ses joueurs depuis jeudi soir afin de les garder dans un bon état d’esprit, personne n’est dupe. Ce n’était certes pas mauvais, mais ce n’était pas une brillante copie non plus.

D’une présence à l’autre, en fait, on sent le défenseur capable du meilleur comme du pire. Noah Dobson et lui, duo défensif par excellence du CH l’an dernier, ont été séparés après trois rencontres et, si l’entraîneur a insisté sur le fait qu’il s’agissait uniquement de libérer Dobson des grandes responsabilités défensives, il est difficile de croire que l’opération n’allait profiter qu’au Prince-Édouardien.

Jumeler Matheson à Alexandre Carrier, probablement l’arrière le plus constant de l'équipe depuis le début de l’année, ne pouvait que lui donner un coup de pouce. Ça se passait bien jusqu’à ce que le vétéran de 32 ans tente un tir de la ligne bleue bloqué par Ryan O’Reilly et qu’il fasse sauter les patins de Steven Stamkos en tentant de lui soutirer la rondelle et de réparer son erreur.

Étrangement, c’était la deuxième fois que l’arrière de Pointe-Claire commettait semblable impair en quatre matchs. Il avait aussi été victime d’un jeu en tous points identique à Pittsburgh qui avait mené au but de Tommy Novak.

On le disait, St-Louis n’a pas critiqué son défenseur, mais il ne s’est pas empêché d’expliquer sa vision des choses sur ces séquences.

Pour moi, un tir bloqué est un revirement. Alors, il faut les limiter. Tu ne vas pas frapper pour 1000 tout le temps, mais tu dois avoir une bonne moyenne au bâton. On peut faire un meilleur travail avec ça, a fait valoir l’entraîneur.

Je ne crois pas qu’il y ait une seule structure défensive qui t’aide à te remettre d’un tir bloqué. Tu dois revenir en vitesse, essayer d’empêcher l’entrée de zone. Idéalement, tu auras assez de joueurs […] Les intentions sont bonnes, il faut juste s’assurer d’être meilleur là-dedans, a ajouté St-Louis.

Tâche ardue

L’an dernier, aucun joueur de la Ligue nationale n’a obtenu mandat plus difficile que Matheson.

Selon le site spécialisé PuckIQ, le défenseur du CH a passé près de 640 minutes de jeu à cinq contre cinq contre la compétition dite élite, comprendre ici, les tout meilleurs joueurs adverses. Personne n’en a fait autant. Il se mesurait à la fine fleur près de la moitié du temps qu’il passait sur la glace. Il a aussi amorcé 61 % de ses présences sur des mises au jeu en zone défensive.

Et le Canadien a fait jeu presque égal dans ces circonstances, marquant 14 buts et en accordant 15. C’est, en soi, une victoire, car, un peu comme le disait le patron, pendant que lui se taille la part du lion, d’autres peuvent s’amuser gaiement à l’attaque. Sa contribution fut l’un des facteurs importants de la bonne campagne tricolore.

Cette année, l’échantillon est mince, évidemment, ça s’annonce plus laborieux. L’adversaire a déjà inscrit cinq buts pendant qu’il était sur la glace à forces égales et son équipe n’en a enfilé que deux.

Le vétéran de 32 ans connaît mieux que quiconque son importance au sein de cette brigade et est bien conscient de ne pas être à la hauteur de la tâche actuellement.

Quand tu mets beaucoup d’émotions et d’énergie dans quelque chose et que ça ne va pas de la façon dont tu aimerais, ce n’est pas facile.

Ça aide de mettre les choses en perspective, a-t-il ajouté.

Il a ensuite rappelé que son rôle de père de famille l’aide à décrocher des petits tracas du quotidien du hockeyeur.

Shaquille O’Neal, s’est-il souvenu, racontait dans une entrevue il y a belle lurette qu’il n’y a rien de tragique à connaître un mauvais match de basketball (ou de hockey) quand il y a des parents de par le monde qui peinent à mettre de la nourriture sur la table pour nourrir leurs enfants et l’on ne saurait le contredire. D’abord parce qu’il mesure 2,16 m (7 pi 1 po), ensuite parce qu’il s’agit là d’une implacable vérité.

Ça, c’est de la pression, s’est exclamé Matheson.

Cela va sans dire. Mais ça ne change rien au fait que d’encaisser des échecs, à bien plus petite échelle, n’est point chose aisée.

Juste parce que tu entends ces mots, ce n’est pas facile pour autant. Alors, tu dois garder ton énergie, contrôler les choses que tu peux contrôler, ignorer ce qui se dit aux alentours aussi. Ça aide beaucoup, a-t-il fait valoir.

Ce qui s’écrit aussi.

Le Canadien vit plus d’adversité qu’anticipé jusqu’à présent en ce début de saison. Les unités spéciales font du surplace, le gardien numéro un cherche ses repères, l’entraîneur jongle avec ses trios pour trouver les bonnes combinaisons, l’infirmerie se remplit tranquillement : ce n’était certainement pas le scénario envisagé.

Voilà en plus que les ancrages défensifs passés vacillent. L’importance accordée aux petites errances de Matheson jusqu’ici est proportionnelle à sa valeur pour l’équipe.

C’est le général défensif de l’équipe, celui qui devra continuer à freiner les vedettes des autres équipes. Car, si lui n’y parvient pas, qui le fera, on vous le demande.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey