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Les démocrates ont trouvé un remplaçant à leur candidat problématique dans le Maine mais le plus dur commence

En seulement quelques jours, Troy Jackson a réussi à s’imposer après le retrait de l’ostréiculteur Graham Platner. Mais des doutes persistent.

Un remplacement express… mais ensuite ? Après le retrait en urgence du candidat progressiste du Maine Graham Platner, cerné par les affaires, le parti démocrate a réussi à trouver un remplaçant pour faire face à la républicaine modérée Susan Collins pour un siège au Sénat. Troy Jackson sera officiellement désigné candidat ce samedi 25 juillet. Une affaire réglée pour les démocrates, à trois mois des midterms ? Pas vraiment.

Il y a quelques semaines, l’effervescence était à son comble dans cet État du nord-est des États-Unis. Avec son charisme qui animait les foules, Graham Platner avait réussi à s’imposer comme le candidat le plus à même de renverser la républicaine Susan Collins, en poste depuis 1997. Son avance était telle qu’avant même la primaire démocrate, l’actuelle gouverneure de l’État Janet Mills, qui tentait sa chance, s’est retirée pour laisser le champ libre à l’ancien Marine devenu ostréiculteur. Élu triomphalement mi-juin, il a très vite déchanté. Déjà critiqué pour un tatouage sur sa poitrine ressemblant à un symbole nazi puis pour son comportement envers les femmes, Platner a définitivement été mis hors course le 9 juillet après une accusation de viol.

Le nom de Troy Jackson est très vite arrivé sur la table. Il faut dire que les deux hommes ont des points communs sur le plan programmatique. Également membre de l’aile très à gauche du parti démocrate, Troy Jackson, lui-même bûcheron, défend les travailleurs. Il défend aussi l’assurance maladie pour tous (« Medicare ») et s’oppose à la police de l’immigration (« ICE »). Il a par ailleurs été longtemps un élu au Congrès du Maine, a même été président du Sénat de l’État entre 2018 et 2024, et s’est présenté en 2026 aux primaires pour devenir gouverneur. Il y était notamment soutenu par Graham Platner, Bernie Sanders, et l’organisation DSA (démocrate socialiste).

Ancien républicain

En quelques jours, Troy Jackson a reçu le soutien de suffisamment de délégués du parti démocrate pour pousser ses concurrents à abandonner la course. Faut-il y voir un enthousiasme débordant pour l’ancien élu de 58 ans ? En réalité, le parti était surtout contraint par le calendrier, un nom devant être donné au plus tard le 27 juillet. Sur X, le spécialiste des États-Unis Corentin Sellin pointe aussi les limites de sa candidature, estimant que ce ralliement s’est fait « par défaut », Troy Jackson étant « le progressiste de gauche le plus proche du candidat déchu ». L’expert rappelle également qu’il a essuyé un « gros échec » dans la primaire pour devenir gouverneur puisqu’il n’est arrivé qu’en troisième position. Cela montre qu’il était « un candidat… pas idéal ».

Et ce, pour plusieurs raisons. Dans la presse, les témoignages sont unanimes sur le manque de charisme de Troy Jackson. « Je sais que je ne suis pas un orateur très rodé, et je ne prétends pas l’être. Je suis quelqu’un de tout à fait ordinaire », balayait-il en avril sur une radio locale, rapporte le Time. Et il veut faire taire ses détracteurs, prenant pour exemple ses précédents succès. « Ils disaient qu’un mec d’Allagash [village près de la frontière avec le Canada, NDLR] ne pouvait pas entrer au Sénat du Maine. Et pourtant je l’ai fait », s’est-il défendu mi-juillet.

Allagash est représenté par le point rouge en haut à droite des Etats-Unis.

Capture écran Google Maps

Allagash est représenté par le point rouge en haut à droite des Etats-Unis.

Son parcours est également scruté puisqu’il a commencé sa carrière politique… chez les républicains. C’est en participant à une manifestation de plusieurs semaines en 1998 contre l’embauche de Canadiens aux États-Unis que Troy Jackson touche une première fois à la politique. À cette occasion, il rencontre Susan Collins, déjà sénatrice. Il devient l’un des leaders de la contestation, puis tente de se présenter avec le parti républicain à un siège au Congrès local en 2000. Il perd face au candidat démocrate, mais est élu en tant qu’indépendant en 2002 et rejoint finalement les démocrates en 2004.

Des « erreurs » sur l’IVG et le mariage pour tous

Ce qui interpelle davantage, ce sont ses positions sur l’IVG et le mariage pour tous au cours des années 2000 et 2010. À cette période, il s’est opposé à plusieurs à des mesures, étendards de la gauche. Ce n’est qu’à partir de 2017 que Troy Jackson se réaligne avec le parti, détaille le New York Times. En 2022, il a pourtant reconnu toujours être en difficulté sur ce sujet au journal Maine Public. Celui qui a grandi dans une famille catholique a reconnu récemment auprès du NYT avoir « fait des erreurs ». « Je suis vraiment, vraiment fier d’avoir changé d’avis et d’avoir agi comme il le fallait. J’avais tort », a-t-il ajouté. Ce qui n’a pas empêché ses opposants de critiquer ses changements de pied pendant la campagne pour être gouverneur.

À cela s’ajoute une histoire rapportée d’abord dans le Washington Post, qui fait largement réagir : en 2021, alors président du Sénat du Maine, il a jeté une bouteille d’eau en direction d’une élue en pleine réunion. Globalement, ses mandats au Sénat ont été marqués par des cris ou des insultes proférées envers d’autres élues. Des faits qui dont font mauvais genre, alors que Graham Platner a été forcé au retrait après des révélations sur son comportement envers les femmes. Contacté par le journal, Troy Jackson n’a pas souhaité commenter.

Une fois officiellement désigné par les démocrates du Maine ce samedi, il aura 100 jours pour faire campagne, alors qu’il est en manque de soutiens – du fait de son arrivée tardive et de sa personnalité moins fédératrice que Graham Platner –, et qu’il accuse un retard de financement par rapport à la candidate républicaine. Les démocrates, eux, sont fébriles. Ce siège est capital pour reprendre la majorité au Sénat. Graham Platner en bonne voie pour l’emporter. Troy Jackson leur fera-t-il garder espoir ?