MICE : le Maroc élargit son terrain de jeu et renforce son collectif

Quatre ans avant le coup d’envoi, difficile pour les équipes qui seront engagées dans la prochaine Coupe du monde de football de fixer des objectifs en termes de performance. L’Office national marocain du tourisme, lui, ne cache pas ses ambitions. A savoir dépasser les 26 millions de touristes à l’horizon 2030, contre près de 20 millions en 2025. Et surfer sur cette dynamique pour voir plus grand, en atteignant à plus ou moins long terme la barre des 40 millions.
Face à ces défis, les autorités du Royaume entendent bien capitaliser sur l’effet Coupe du monde. A la fois en termes de rayonnement mondial, et de modernisation des infrastructures qui accompagnent habituellement l’organisation d’un tel événement. En marge du salon IFTM, les responsables de l’ONMT ont donc convié la presse à Paris, dans le cadre raffiné de l’hôtel Bristol, pour affirmer leurs ambitions, et préciser leur feuille de route.
Pour ouvrir en grand les portes du Royaume à la clientèle internationale, les aéroports sont en cours de modernisation. « Les aéroports constituent l’infrastructure primordiale pour le tourisme. Leur capacité va doubler d’ici 2030 » prévient ainsi Achraf Fayda. Le directeur général de l’Office national marocain du tourisme (ONMT) précise : « Nous étions à 32 millions de passagers en 2024, 36 millions en 2025. À l’horizon 2030, les aéroports du Maroc pourront accueillir 75 millions de passagers ».

Le rail compte aussi parmi les grands projets structurants en passe de transformer la mobilité au Maroc. La ligne à grande vitesse Tanger-Rabat-Casablanca sera ainsi prolongée jusqu’à Marrakech à l’horizon 2029. « Le train à grande vitesse est un beau projet, un beau produit, qui a permis de relier Tanger à Rabat et à Casablanca » rappelle Achraf Fayda. « Un projet en cours, qui sera inauguré en 2029, va prolonger la ligne jusqu’à Marrakech. Les voyageurs pourront arriver à Tanger et prendre le TGV pendant deux heures et demie pour se retrouver à Marrakech, ou inversement : atterrir à Marrakech et aller vers le nord. Ce train à grande vitesse va nous permettre d’accélérer davantage la mobilité au sein du pays ».

Le nouveau maillage ferroviaire doit en outre contribuer à l’un des grands chantiers du Royaume pour les mois et les années à venir : la décentralisation touristique, comme en témoigne le directeur général de l’ONMT. « Cela répond à une priorité stratégique pour nous : le développement régional. Le développement de la destination Maroc passera forcément par le développement de l’ensemble des régions, et non pas seulement par une ou deux régions qui jouent le rôle prépondérant qu’elles ont aujourd’hui ». L’évolution de la connectivité aérienne participe également de cette volonté. « Historiquement, nous étions très concentrés sur les grands aéroports français » note M. Fayda. Aujourd’hui, nous développons d’autres régions : Nantes, Lille, Bordeaux, Nice, Brest, Strasbourg… Nous élargissons vraiment le maillage, parce que nous sommes convaincus qu’à travers ce développement du point à point depuis les aéroports régionaux, nous pouvons desservir non seulement Marrakech, Agadir et Casablanca, mais aussi Tanger, Fès, Dakhla, et ainsi de suite ».

Quant à l’hébergement, les prochaines années verront la capacité passer de 300 000 lits à 360 000 d’ici 2030. Une hausse relativement limitée, mais qui devrait suffire aux ambitions du Royaume : « Nous sommes très rassurés quant à la capacité du Maroc à accueillir 26 millions de touristes, et même au-delà. Car aujourd’hui, avec 300 000 lits, nous sommes à peine à un taux d’occupation de 52 %. Nous pourrions donc recevoir deux fois plus de touristes sur la capacité actuelle » analyse Achraf Fayda. Le directeur de l’ONMT se félicite au passage de la diversification des groupes hôteliers qui investissent au Maroc : « Nous avons vu à la fois une accélération chez les investisseurs historiques de type Accor, un développement des investisseurs qui n’avaient pas une grande empreinte, comme les groupes Américains, et de nouveaux entrants comme les Asiatiques, les Égyptiens et les investisseurs du Moyen-Orient ».

A court terme, le Maroc lorgne sur la montée en puissance de la clientèle loisirs. Mais plusieurs projets devraient lui attirer les faveurs du segment MICE et des voyageurs d’affaires en général. Là aussi, l’objectif est de décentraliser, alors que Casablanca concentre la grande majorité des flux business. « Aujourd’hui, le développement économique évolue. Des pôles émergent, comme Tanger, avec Tanger Med et la zone franche de Tanger. Tanger devient donc le deuxième grand pôle. Un pôle du Sud est aussi en train d’émerger : Dakhla, avec son nouveau grand port et son plan d’investissement accéléré. Ce seront, je dirais, les trois grands pôles pour attirer les voyageurs qui viennent pour des réunions ».
Sur le dossier plus spécifique du MICE, la destination s’affaire. En témoigne le projet de développer les structures ad hoc pour structurer l’offre, en l’occurrence un réseau de Convention Bureau qui devrait se densifier prochainement. Quant aux infrastructures MICE, l’organisation de la Coupe du Monde ne profitera pas particulièrement à l’offre marocaine. Pour autant, le Directeur général de l’ONMT confie que des projets sont à l’étude. Trois destinations militent pour accueillir un nouveau palais des congrès. Marrakech postule pour un deuxième centre, et Casablanca et Rabat sont aussi mobilisées. Mais Achraf Fayda de préciser d’emblée : « Peut-être que les trois pourront être concrétisés, ou un seul, ou deux… Je vous parle de projets à l’étude. Je ne veux pas faire de fausses annonces du type « on va faire ça ». Ce sont des projets en phase d’étude. Nous ne savons pas encore. En tout cas, les trois villes se sont positionnées pour obtenir un parc des expositions et un palais des congrès. Pour l’organisation d’événements d’envergure, c’est d’ailleurs plus un palais des expositions qu’un palais des congrès ».
Pour l’heure, la priorité reste bien évidemment la préparation du mondial : « Nous devons réussir la Coupe du monde. C’est un gros chantier. Je ne suis sans doute pas le mieux placé pour dire s’il y aura ou non un palais des congrès avant 2030. Mais vu la dynamique, je pense que la priorité, c’est d’abord de garantir une grande réussite pour la Coupe du monde » résume M. Fayda.