La version de Frattolin contredite par un enregistrement
Un jury de l'État de New York a écouté vendredi un enregistrement de trois heures réalisé en juillet dernier à bord d'une voiture de police au moment où des agents conduisaient un père sur de longues portions d'une autoroute, à la recherche de sa fille montréalaise de neuf ans portée disparue.
L'enregistrement couvre une période qui a commencé quelques heures après que Luciano Frattolin eut appelé la police pour lui signaler que sa fille avait été enlevée par deux hommes à bord d'une camionnette blanche.
La conversation enregistrée par la police révèle également que les enquêteurs ont exprimé leur scepticisme quant à la version des faits donnée par Frattolin, demandant à plusieurs reprises au père de leur montrer l'endroit où sa fille avait disparu.
Frattolin est accusé de meurtre au deuxième degré et de dissimulation du cadavre de sa fille, Melina Frattolin.
Il a plaidé non coupable aux deux chefs d'accusation et est détenu sans caution depuis son arrestation en juillet 2025.
Frattolin et sa fille étaient en voyage et devaient rentrer à Montréal le jour de sa mort.
Sean Smith, enquêteur du comté de Warren et l’un des deux agents présents dans le véhicule avec Frattolin, a témoigné devant la juge Tatiana Coffinger et le jury.
M. Smith a déclaré que lui-même et un enquêteur de la police de l’État de New York avaient demandé à Frattolin de les conduire à l’endroit où l’enlèvement présumé avait eu lieu. Une brigade canine les suivait.
Dans l’enregistrement, on les entend lui demander à plusieurs reprises de fournir autant de détails que possible pour aider à localiser sa fille.

Luciano Frattolin arrive à la cour du comté d'Essex, à Elizabethtown dans l'État de New York, le 23 juillet 2026.
Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov
Mais pendant la majeure partie du trajet, Frattolin affirme à la police qu’aucun de ces endroits ne lui semble familier et qu’il ne peut pas situer précisément l’endroit où les hommes dans la camionnette auraient embarqué sa fille.
Il leur indique également qu’il a des problèmes de vue, mais précise qu'ils ne compromettent pas sa capacité à conduire.
Au bout d’environ deux heures, Frattolin identifie une aire de repos sur l’autoroute I-87 comme étant l’endroit où, selon lui, il s’était arrêté avec sa fille parce qu’elle avait besoin d’aller aux toilettes.
M. Smith a témoigné que c’était la deuxième fois qu’ils passaient devant cette aire de repos, expliquant que Frattolin ne l’avait pas identifiée la première fois.
À cet endroit, Frattolin relate à la police qu’il a fait demi-tour pour laisser un peu d’intimité à sa fille, juste avant qu’elle ne soit enlevée.
Diriger les soupçons vers la mère
Après qu’un des agents eut demandé au père s’il disait la vérité au sujet de l’enlèvement, Frattolin critique la mère de la jeune fille dans l’enregistrement, laissant entendre qu’elle pourrait être à l’origine de l’enlèvement. Mais les agents dans la voiture de police semblent rejeter cette allégation.
C’est un peu tiré par les cheveux, répond l’un des agents dans la voiture de police, ajoutant qu’il faudrait tout un cerveau pour orchestrer cet enlèvement depuis le Canada.
Frattolin déclare également aux policiers dans l’enregistrement qu’il n’était pas satisfait de l’accord de garde qu’il avait conclu avec son ex-femme et affirme que le prétendu enlèvement est un jeu stupide visant à le faire passer pour un mauvais père.
Elle souffre d’une grave maladie mentale, affirme-t-il aux policiers, ajoutant que sa fille en fait les frais.
Mais les agents soulignent à Frattolin que tous les policiers de l’État effectuent un contrôle des camionnettes blanches et recherchent sa fille depuis le déclenchement d’une alerte AMBER.
Est-ce qu’elle a été diffusée au Canada?, demande Frattolin.
À la fin de l’enregistrement, on entend l’un des agents dire à Frattolin qu’ils lui posent sans cesse les mêmes questions pour s’assurer qu’il n'a pas inventé l’histoire de l’enlèvement.
Lors de son contre-interrogatoire, l’avocat de la défense Eric Weyand a demandé à M. Smith s’il savait que Frattolin avait subi un traumatisme crânien qui avait affecté sa mémoire. M. Smith a répondu que Frattolin n’en avait pas fait mention.
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La défense avait précédemment fait valoir, dans son exposé introductif lors du procès, que la police avait omis d’enquêter sur des indices liés à un enlèvement après avoir présumé la culpabilité de Frattolin.
La jeune fille vivait à Montréal avec sa mère, qui devrait également témoigner lors du procès.