Manipulation, exploitation sexuelle, incitation au suicide: l'extrémisme nihiliste, une menace qui monte
Ce n'est, à ce stade, qu'un frémissement. La menace, que pose "l'extrémisme nihiliste", n'est pas encore considérée comme étant la plus importante. Elle pointe loin derrière l'extrémisme islamiste. Mais elle est toutefois suffisamment sérieuse pour que, en Belgique et dans le monde, les services de police et de renseignement y accordent désormais une attention particulière.
C'est ainsi que la Sûreté de l'État, l'Ocam (l'Organe pour la coordination et l'analyse de la menace qui évalue la menace terroriste et extrémiste en Belgique) ou encore Europol, l'agence de coopération entre les polices européennes, y ont consacré des chapitres dans leurs derniers rapports annuels.
Difficile toutefois de déterminer actuellement comment se développera cette menace. Il n'est pas inutile de se projeter en arrière. Qui aurait alors cru que l'émergence d'un mouvement comme Sharia4Belgium (2010-2012), dont les membres étaient parfois considérés comme des clowns, déboucherait sur la première filière d'envoi de jeunes Européens en Syrie où l'État islamique n'en était qu'à ses balbutiements ? À l'époque, seuls les services de renseignement et de police prenaient cette menace au sérieux.
Plongée dans l'extrémisme nihiliste, cette nouvelle menace qui pèse sur la BelgiqueCet "extrémisme nihiliste" est une forme d'extrémisme dans lequel principalement des enfants, des adolescents et de jeunes adultes développent un rejet profond de la société et de tout ce qu'elle représente. Si les formes classiques d'extrémisme (d'extrême-droite, d'extrême-gauche ou encore d'inspiration islamiste) partent d'une vision d'avenir idéologiquement développée et utopique, il n'y a rien de tel ici.
Une vision du monde dystopique
L'extrémisme nihiliste se caractérise au contraire par une vision du monde dystopique et destructrice. L'accent est mis sur la désorganisation, le chaos et la destruction. La violence y est une fin en soi. S'il devait y avoir une vision de société, ce serait celle où le plus fort gagne face à des individus manipulables et vulnérables.
Ce qui unit ces communautés en ligne est l'ultraviolence ainsi qu'une fusion de thèmes mal digérée de récits et thèmes fondés sur l'antisémitisme, le racisme, l'accélérationnisme (stratégie consistant à pousser la société à se déployer jusqu'à son point de rupture, pour qu'elle s'effondre), le satanisme, la haine des femmes, la manosphère ou encore la culture skinhead d'Europe de l'Est. Sur un plan idéologique, l'extrémisme nihiliste présente une proximité avec l'extrémisme de droite.
Les membres de ces communautés se retrouvent dans des groupes de discussion sur différents réseaux sociaux, applications de messagerie, plateformes de gaming voire groupes d'entraide en ligne. Ce sont des structures fluides, sans leadership clair.
"Les auteurs, souvent jeunes, incitent des jeunes en situation de vulnérabilité, généralement des mineurs, à commettre des violences contre eux-mêmes ou contre autrui, tant en ligne que dans le monde réel", note l'Ocam dans son rapport annuel.
Contrairement aux extrémismes de droite, de gauche ou djihadiste, l'extrémisme nihiliste n'a pas de vision d'un avenir utopique. L'accent est mis sur la désorganisation, le chaos et la destruction.
Des jeunes de 8 à 17 ans
Étant donné qu'il s'agit d'un phénomène transnational, il est difficile d'évaluer correctement son ampleur, note la Sûreté de l'État. Des données issues de l'OSINT, le renseignement issu de sources ouvertes (médias, réseaux sociaux, documents officiels) évoquent le chiffre de près de 200 arrestations au niveau mondial en 2025, avec environ 5 000 victimes, dont 14 morts.
Une dizaine d'auteurs, comptant plusieurs victimes à leur actif, ont ainsi pu être identifiés en 2025 Belgique. Mais il ne s'agit probablement que de la partie émergée de l'iceberg, précise la Sûreté de l'État qui dit ainsi avoir constaté pour la première fois en 2025 que l'extrémisme nihiliste est présent de manière structurelle en Belgique. L'année dernière, le parquet fédéral a ouvert une enquête sur un groupe : la nébuleuse 764. Actuellement, l'Ocam a enregistré six personnes dans sa banque de données TER qui compte environ 550 entités.
Extrémisme nihiliste : les jeunes sont une cible prioritaire de cette "violence atroce"Les auteurs sont principalement des garçons. Les victimes sont majoritairement des filles. Les victimes sont souvent très jeunes, principalement de 8 à 17 ans. Sur ces groupes, quasi exclusivement anglophones même pour des faits commis en France, on retrouve de nombreux profils vulnérables ou influençables. Cela peut être des jeunes souffrant de TDAH (Trouble de l'attention avec hyperactivité), jeunes souffrant d'autisme, jeunes isolés ou harcelés. On retrouve parfois des profils mixtes ou victimisation et perpétuation se chevauchent.
Les auteurs se rendent coupables de manipulation psychologique violente, d'exploitation (sexuelle) et d'extorsion. Ils peuvent pratiquer le chantage ou encore le doxing (collecte de données personnelles à des fins d'intimidation) et incitent à l'automutilation et au suicide ou au partage de photos intimes, ainsi que d'actes de vandalisme, de maltraitances animales, de violences envers des tiers ou de cybercriminalité.
Des phénomènes de grooming – soit une stratégie de manipulation par laquelle une personne approche un mineur, gagne sa confiance et le prépare progressivement à des actes ou sollicitations sexuelles – sont également notés.
Des victimes devenus auteurs
Les victimes peuvent être soumises à des vidéos de violences extrêmes, pour les impressionner ou les désensibiliser à la violence. Des victimes, note la Sûreté de l'État, peuvent être ensuite poussées à approcher de nouvelles personnes et à recourir au chantage, ce qui les rend prisonnières du réseau. L'auteur tente de transformer la victime en auteur, en l'utilisant comme recruteur, comme auteur d'abus ou de violences. L'influence peut être progressive. Il peut s'agir d'isoler socialement les victimes et à saper leur image de soi.
La violence comme une fin en soi: le réseau "The Com" ciblé dans 9 pays européensDifficile toutefois pour les intervenants des secteurs des soins de santé mentale, de l'éducation ou de l'aide à la jeunesse de détecter les jeunes frappés. Afin de les sensibiliser au phénomène, l'Ocam a réalisé une brochure à leur intention reprenant les signaux qui, bout à bout, doivent attirer leur attention.
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