Manifestations du 24 octobre : parcours à Paris, interdictions, sécurité… A quoi faut-il s’attendre ?
Des manifestants se déplacent de la place de la Bastille vers celle de la République, lors de la mobilisation nationale du 17 octobre. A Paris. LAURENT CARON/HANS LUCAS/AFP
Éviter un nouveau samedi de chaos. Après les 2 000 à 3 000 commerces touchés, les mairies attaquées et les forces de l’ordre débordées en marge des manifestations du 17 octobre, le gouvernement veut empêcher un nouveau fiasco du dispositif policier lors de la journée de mobilisation.
« La recommandation générale, c’est qu’il n’y ait pas de manifestations dans les jours à venir », a déclaré Emmanuel Macron, jeudi 22 octobre, demandant aux préfets de n’autoriser que les cortèges syndicaux. « Une forme d’inversion des principes du droit », dénonce auprès de l’AFP Nathalie Godard, de l’ONG Amnesty International France.
Malgré ces restrictions, les organisations étudiantes maintiennent leurs appels à manifester, tout comme les « gilets jaunes », qui annoncent un « acte II » contre la vie chère. Entre 400 000 et 500 000 manifestants sont attendus samedi 24 octobre dans toute la France, selon les renseignements territoriaux cités par « Le Parisien ».
• A Paris, un cortège de Bastille à Nation
Le parcours de la manifestation, déclarée notamment à l’initiative de la CGT, entre les places de la Bastille et de la Nation « pourra se tenir », a annoncé jeudi la préfecture de police. Le cortège s’élancera à 14 heures. Un second parcours, déposé par le collectif étudiant Interfac et la coordination des « gilets jaunes » entre Bastille et Opéra, fait l’objet, en revanche, d’un arrêté d’interdiction.
Le préfet de police Patrice Faure invoque les « exactions constatées le week-end dernier » pour justifier le choix de l’itinéraire. « Tous ceux qui souhaitent exprimer leurs revendications pourront donc le faire dans ce cadre », a-t-il indiqué jeudi.
Pour les riverains et les commerçants, la mairie de Paris appelle « à la plus grande vigilance » et recommande de rentrer poubelles, vélos, terrasses et mobilier extérieur. Quatre cent cinquante commerces ont été dégradés dans la capitale le week-end dernier, dont 228 pillés.
Le Louvre, Orsay, le Grand Palais et les musées Picasso et de l’Orangerie seront exceptionnellement fermés samedi, a annoncé jeudi le ministère de la Culture, pour assurer notamment « la sécurité des visiteurs » et « la préservation des œuvres ». Le couvre-feu autour de la place de la République et dans le quartier des Halles a également été prolongé jusqu’à lundi matin, de 23 heures à 6 heures.
• A Marseille, une manifestation finalement autorisée, les transports maintenus
Après avoir interdit tout rassemblement, la préfecture a annoncé vendredi qu’une manifestation intersyndicale pourrait se tenir samedi à Marseille « à titre dérogatoire », la seule autorisée dans les Bouches-du-Rhône. Elle réunit la CGT, la FSU et Solidaires et devrait partir des Réformés jusqu’à la place Castellane. Cette dérogation a été accordée « parce qu’un parcours a été identifié et partagé et qu’un service d’ordre est mis en place », précisent les autorités.
Le préfet Jacques Witkowski est aussi revenu, vendredi matin, sur la suspension des transports en commun initialement annoncée pour toute la journée. Cette mesure « n’a pas réuni le consensus nécessaire pour sa mise en œuvre », expliquent ses services. La circulation sera donc adaptée « en fonction de la situation d’ordre public du moment ». « Vous pensez que priver 900 000 personnes de transports en commun est quelque chose qui peut empêcher la casse ? », s’était interrogé, jeudi soir, le maire Benoît Payan sur BFM-TV.
Le couvre-feu jusqu’ici réservé aux mineurs sera par ailleurs étendu aux adultes dans l’hypercentre, certaines zones commerciales et aux abords de bâtiments publics. Il s’appliquera de 23 heures à 5 heures dans les nuits de samedi à dimanche et de dimanche à lundi.
• A Lyon, Lille ou Limoges, des restrictions plus ou moins larges
A Lyon, la préfecture a annoncé l’interdiction de « toute manifestation » samedi dans la ville, une semaine après les pillages qui ont touché entre 150 et 200 commerces.
A Lille, l’interdiction concerne une large partie du centre-ville, de 7 heures à 22 heures. L’arrêté publié jeudi soir interdit « tous attroupements et toutes manifestations à caractère revendicatif » samedi. Elle ne signifie toutefois pas que tout cortège est annulé, selon La France insoumise. Le parcours déposé par l’Union étudiante, l’Union syndicale lycéenne et la CGT passe en dehors du périmètre concerné par l’interdiction.
A Limoges, où l’hôtel de ville a été en grande partie détruit par un incendie, les rassemblements et regroupements de plus de dix personnes seront interdits dans le centre-ville de samedi matin à dimanche matin. Un couvre-feu est également prévu de vendredi à lundi, entre 22 heures et 5 heures, dans plusieurs artères du centre, notamment autour de la mairie incendiée.
A Bordeaux où la résidence préfectorale a été saccagée le 17 octobre, l’intersyndicale dit avoir été informée par les autorités d’un projet d’arrêté interdisant les manifestations samedi dans une « très large » portion du centre-ville. La CGT annonce vouloir contester l’arrêté en justice si ce périmètre est confirmé.
• A Orléans, une mobilisation contre le RN sous surveillance
Point chaud du week-end : Orléans, où le Rassemblement national tient son congrès qui doit réunir 5 000 participants samedi et 10 000 dimanche. Entre 20 000 et 30 000 opposants sont attendus samedi à l’appel d’une cinquantaine d’organisations, contre « le racisme, le fascisme et l’impérialisme ». Le parcours a été modifié vendredi « pour éviter le centre-ville », explique à l’AFP Pascal Sudre, secrétaire départemental de la CGT du Loiret, pour lui « l’important est de pouvoir manifester en toute sécurité ». Un « village antifasciste » est prévu après le défilé, avec notamment la participation annoncée du premier secrétaire du PS, Olivier Faure, et de la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet.
Près de 3 000 policiers et gendarmes seront déployés dans la ville durant le week-end, avec un blindé Centaure et des engins lanceurs d’eau. « Cette manifestation régulièrement déclarée s’inscrit dans la légalité […] L’État, c’est son rôle, garantira l’exercice de cette liberté de manifester », a assuré le préfet du Loiret, Hugues Moutouh. Tout rassemblement sera en revanche interdit dimanche dans la ville.
Les lignes de tramway seront interrompues samedi toute la journée et les vélos en libre-service retirés du centre-ville. Plusieurs lieux publics, dont les musées, seront également fermés.
• Des renforts policiers, l’armée et des unités d’élite
Après un dispositif jugé « trop statique et pas assez mobile » par Sébastien Lecornu, le gouvernement promet davantage de réactivité et mobilise 70 000 gendarmes et policiers. Un niveau de mobilisation des forces de l’ordre de « 20 % supérieur à ce qu’il était la semaine dernière », a annoncé le ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur, Jean-Didier Berger.
Les militaires de Sentinelle prendront le relais sur la protection de certains sites pour libérer des policiers et des gendarmes affectés au maintien de l’ordre. Ils n’ont pas vocation à encadrer les cortèges ou à disperser les manifestants.
Le GIGN, le Raid et la BRI seront également mobilisés, avec des hélicoptères, des blindés et des engins lanceurs d’eau. Selon le ministère de l’Intérieur, la doctrine sera « plus axée sur la réactivité et la mobilité pour aller chercher les groupes épars très mobiles ».
Par Timothée Maubon (avec AFP)