taraskuzio.com

Maillot arc-en-ciel : histoire, règles et « malédiction » du maillot de champion du monde de cyclisme - Sport.fr

Blanc, barré de cinq bandes colorées, il est le maillot le plus prestigieux du cyclisme. Mais d’où vient le maillot arc-en-ciel, qui a le droit de le porter, et pourquoi dit-on qu’il porte malheur ? Tout ce qu’il faut savoir sur la tunique des champions du monde.

Le nom est trompeur : le maillot arc-en-ciel ne compte que cinq couleurs, et non les sept du phénomène météorologique. Ses bandes horizontales bleue, rouge, noire, jaune et verte, posées sur fond blanc, sont les couleurs de l’Union cycliste internationale, empruntées aux anneaux olympiques et donc, par extension, aux cinq continents. Son histoire commence en 1908, lorsque le Français Léon Breton propose de remettre une écharpe distinctive aux champions du monde. Ces couleurs sont transposées sur un maillot de soie blanc en 1922, par décision du Congrès de l’UCI, sous le nom de « maillot aux couleurs internationales ». Depuis 1927 et la création des Championnats du monde sur route pour les professionnels, le vainqueur l’endosse chaque année. Il récompense aujourd’hui les champions du monde de toutes les disciplines du cyclisme : route, piste, VTT, BMX, cyclo-cross, trial ou cyclisme en salle. Une curiosité : de 1975 à 1994, les champions juniors portaient une version où les bandes formaient un V autour du col, avant de recevoir le même maillot que les élites.

Le porter n’est pas seulement un honneur, c’est une obligation. Le champion du monde en titre doit l’arborer pendant un an, jusqu’aux Mondiaux suivants, et uniquement dans la discipline où il l’a conquis : un champion du monde du contre-la-montre le porte dans les chronos, pas sur les courses en ligne. S’il s’en passe, il s’expose à une amende de 2 500 à 5 000 francs suisses, un cas qui n’arrive jamais en pratique tant le maillot est convoité. Seuls les maillots de leader d’une course, comme le maillot jaune du Tour de France, peuvent passer devant lui. En 2006, Tom Boonen, champion du monde et leader de la Coupe du monde, avait même négocié un maillot hybride mêlant les deux. Et une fois l’année écoulée, le prestige ne disparaît pas : les anciens champions du monde gardent à vie le droit d’arborer un liseré arc-en-ciel au col et aux manches de leur maillot.

Reste la fameuse « malédiction », qui voudrait qu’un champion du monde connaisse la malchance l’année suivant son sacre. Elle s’est nourrie de drames bien réels : le Belge Jean-Pierre Monseré a trouvé la mort en 1971, à 22 ans, percuté par une voiture en course alors qu’il portait le maillot, tout comme l’Espagnol Isaac Gálvez aux Six jours de Gand en 2006. D’autres ont vécu des saisons noires ou de graves blessures, comme Tom Simpson en 1966, Stephen Roche en 1988 après son triplé Giro-Tour-Mondiaux, Luc Leblanc en 1995 ou Alessandro Ballan en 2009. Mais la légende résiste mal aux faits. Eddy Merckx, Bernard Hinault et Greg LeMond ont tous remporté le Tour de France avec le maillot irisé sur les épaules, et une étude publiée en 2015 dans le British Medical Journal a démonté le mythe : l’année du titre est souvent la meilleure d’une carrière, et la saison suivante marque surtout un retour au niveau habituel du coureur. Plus qu’une malédiction, c’est un simple effet statistique… qui n’empêche pas chaque nouveau champion du monde de redouter, un peu, la saison qui l’attend.