« Ma mère était enceinte et elle est morte » : en Éthiopie, les enfants mutilés par la reprise de la guerre
Iyerusalem, 10 ans, est allongée sur un lit d’hôpital à côté de son père à l’hôpital de référence d’Ayder, à Mekelle, le 6 octobre 2026, après avoir subi des blessures qui ont entraîné l’amputation de ses deux jambes, à la suite d’un bombardement d’artillerie lourde dans le village de Qarsole, une attaque qui a également coûté la vie à l’un de ses frères.
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AFP, Martin Lagrave 06/10/2026 à 22:11, Mis à jour le 06/10/2026 à 22:11
À seulement 10 ans, Iyerusalem a dû être amputée des deux jambes après la chute d’obus sur son village du Tigré. Comme elle, des dizaines de civils, dont de nombreux enfants, affluent dans les hôpitaux depuis la reprise des combats dans le nord de l’Éthiopie.
À 10 ans à peine, la vie de la petite Iyerusalem semble détruite. Ses deux jambes ont dû être amputées, mutilées par des obus tombés sur son village du sud du Tigré, État régional du nord de l’Éthiopie, où les hostilités ont repris fin septembre.
« J'étais dans l'enceinte de notre maison quand mon frère aîné et notre cheval ont été touchés », souffle-t-elle, le regard vide. « Mon frère et le cheval sont morts. »
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Iyerusalem gît dans un lit de l'hôpital Ayder de Mekele, capitale régionale du Tigré, reprise samedi sans combats par l'armée fédérale éthiopienne au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), formation politique qui dirigeait de fait l’État régional et défiait à nouveau l'autorité fédérale.
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La fillette, dont la jambe gauche a été coupée sous le genou et la droite au niveau du pied, vivait à Qarsole, petit village du district d'Alamata, dans le sud du Tigré
« Je veux retourner à l'école et apprendre »
Ses moignons, dit-elle, la font « beaucoup souffrir », mais elle continue d'espérer. « Si je suis soignée et que je peux à nouveau marcher, je veux retourner à l'école et apprendre. »
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Dans la chambre voisine, Betelhem, 10 ans également, originaire du même district, a eu un peu plus de chance. Un appareillage rudimentaire maintient la jambe cassée de cette jeune fille aux cheveux tressés.
« Je jouais avec ma sœur quand nous avons été touchées » par une explosion, raconte-t-elle. Sa cadette Melat, 6 ans, blessée au cou, a également été opérée dans le même hôpital. Mais « ma mère était enceinte et elle est morte », soupire Betelhem.
« Nous sommes des civils. Nous avons été attaqués dans notre propre maison », se désespère Haftom, le père de Betelhem et Melat, désormais veuf. « Nous n'avons pas d'armes et nous ne combattons pas », poursuit-il, appelant à des sanctions qui, selon lui, n'arriveront jamais, pour les auteurs du tir.
« Il n'y a pas de gouvernement », peste Haftom, un commerçant de 39 ans.
Trente-quatre personnes ont ainsi été transportées à l'hôpital Ayder de Mekele ces derniers jours, blessées par « de l'artillerie lourde, des drones, des coups de feu ou des explosifs », recense Birhanu Hailemariam, le coordinateur des urgences de cette structure.
Vingt-trois étaient des enfants, dont la petite Lomo, 6 ans, dont la jambe droite a été amputée. Un adulte est mort.
Lomo, 6 ans, est allongée sur un lit d'hôpital aux côtés de membres de sa famille à l'hôpital de référence d'Ayder, à Mekelle, le 6 octobre 2026, après avoir subi des blessures qui ont conduit à l'amputation de sa jambe, à la suite d
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« Nous n'avons pas de scanner pour examiner les patients, mais nous faisons tout notre possible pour soigner tout le monde », observe Birhanu Hailemariam, qui fait état d'un « manque de produit anesthésiant », mais aussi de poches de sang pour les transfusions.
Comparée à la précédente guerre du Tigré, qui a déjà opposé gouvernement fédéral et TPLF entre 2020 et 2022, « la situation actuelle n'est pas aussi mauvaise », remarque encore M. Birhanu. « Durant la guerre précédente, les gens avaient des blessures plus sérieuses (encore) et il y avait beaucoup plus de morts. »
Cicatrices
Ce conflit, qui a mis en ruine de nombreuses infrastructures, notamment hospitalières au Tigré, fut l'un des plus sanglants récemment survenu dans le monde, faisant au moins 600 000 morts, selon l'Union africaine, estimation jugée basse par plusieurs observateurs.
Les combattants du TPLF ont abandonné Mekele sans combattre, mais un médecin de l'hôpital affirme, sous couvert d'anonymat, craindre qu'ils reviennent dans la ville et une reprise des combats « dans les jours qui viennent ».
« Le TPLF comme les ENDF (Forces armées nationales éthiopiennes) font souffrir les gens », regrette-t-il. « Le TPLF ne nous aide pas et les ENDF blessent maintenant les gens avec son artillerie lourde », pointe le médecin qui dit ne soutenir « aucune des parties. Nous voulons seulement la paix. »
Dans une autre chambre de l'hôpital, Hana, 12 ans, dont la jambe gauche est entourée d'un bandage et le visage constellé de cicatrices, ne dit pas autre chose.
Le bruit de l'explosion qui a fait « trembler » sa maison et l'a blessée « continue de me revenir à l'esprit », raconte l'adolescente qui aspire à rapidement « poursuivre son éducation ».
Son voisin de chambre prédit toutefois un autre traumatisme pour Hana. Sa mère et son frère ont péri dans le bombardement de sa maison, assure-t-il. Mais la jeune fille ne le sait pas encore.