Loeil de la rédaction. L’édito.Nostalgie, quand tu nous tiens…
Qui ne s'est jamais vu asséner à l'heure du repas dominical, un « c'était mieux avant ? ». Un zoom arrière qui porte en lui une tonalité naturellement agaçante, que décortique notre éditorialiste, à l'aune de la sortie d'un livre « Homo occidentalis » (Le Seuil), du politologue Jérôme Fourquet et du psychanalyste Ruben Rabinovitch.
Benoît Gaudibert -
Hier à 21:15
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Benoît Gaudibert ausculte les arcanes de notre époque à travers le livre de Jérôme Fourquet et de Ruben Rabinovitch.
« C’était quand même mieux avant », soupire un père de famille à la fin du repas dominical. Selon l’humeur du « daron », la sentence peut s’appliquer à la politique, au football, à l’éducation. Les enfants lèvent les yeux au ciel et esquissent un sourire gêné. Ils vont devoir se coltiner une énième séquence nostalgie sur l’air de « À notre époque… »
C’est le lot de toutes les générations de se retourner vers leur jeunesse et regretter ce qu’elles ont laissé derrière elles. Notre société contemporaine est complexe, anxiogène, pleine d’incertitudes, certes. Mais l’ancien monde était-il plus facile à appréhender ? Dans un ouvrage passionnant paru vendredi, « Homo occidentalis » (Le Seuil), le politologue Jérôme Fourquet et le psychanalyste Ruben Rabinovitch décryptent les bouleversements de notre société et apportent quelques éléments de réponse.
L’ordre patriarcal et la religion qui structuraient la société d’après-guerre se sont effondrés, décrivent-ils, laissant la place à un monde plus individualiste, où le narcissisme et la soif de la performance ont pris le pas sur le sens collectif du devoir. En un demi-siècle, les psys ont remplacé les prêtres. Les réseaux sociaux et l’IA se substituent de plus en plus aux vrais amis. On fait moins d’enfants mais on possède plus d’animaux de compagnie. La révolution numérique bouscule tous les codes.
Passéisme
Les auteurs sondent l’âme de l’homme occidental, tout en se défendant de tout passéisme ou visée réactionnaire. Pas question de regretter l’écrasement sous l’autorité (du père, du maître, du patron…) ou la soumission sexuelle qu’ont pu connaître nos parents. Mais en libérant l’individu, la société contemporaine a engendré de nouvelles angoisses existentielles, avec lesquelles il n’est pas plus aisé de composer.
Quoi qu’en disent certains « boomers » en fin de repas, ce n’était pas mieux avant. Mais il n’est pas certain non plus que ça soit mieux maintenant.