"Libérez votre parole"… mais à vos risques et périls
"Je n'ai pas consenti à cela." Le choix des mots d'Helena Noguerra a quelque chose de terriblement symbolique. Dans l'affaire Bruel, la chanteuse belge a parlé. Pas sur un plateau de télévision, pas à visage découvert dans la presse, mais face aux enquêteurs. Pour, dit-elle, "aider les femmes qui ont osé parler". Un témoignage qui devait rester dans le secret d'une procédure judiciaire. Il n'en sera rien. Son récit mais aussi son nom sont désormais exposés aux yeux de tous.
Dans la foulée, c'est l'interrogatoire lui-même de Patrick Bruel, mais aussi le contenu d'autres témoignages, qui ont été rendus publics. Des pages de détails, de questions/réponses tirées d'un dossier pourtant ô combien sensible.
Affaire Patrick Bruel : "Le viol du secret de l'instruction peut 'vicier' une enquête"On pourrait n'y voir là qu'une fuite de plus dans une affaire ultra-médiatisée. Une fuite qui viole le secret de l'instruction. Mais la vraie menace est peut-être encore ailleurs : elle risque de porter un préjudice grave à la libération de la parole des femmes. Porter plainte pour des violences sexuelles est déjà une épreuve. Raconter. Se souvenir. Répéter. Accepter les questions, et même parfois, encore et toujours, les regards.
À quoi bon appeler les femmes à libérer leur parole si elles doivent ensuite craindre de la voir leur échapper ? C'est là tout le danger. Et il dépasse largement l'affaire Patrick Bruel. Demain, ce sera une autre femme. Une autre affaire. Une autre personne qui hésitera peut-être pendant des semaines, des mois ou des années avant de parler.
Encourager à dénoncer, à porter plainte, il le faut. Mais une parole qui se libère reste une parole fragile. À force de ne pas la protéger, on prend surtout le risque de la faire taire… pour de bon.
Helena Noguerra avait choisi de parler. Elle n'avait juste pas choisi de parler à tout le monde.
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