Liban. « Les dirigeants sont lâches » : six ans après l'explosion du port de Beyrouth, toujours aucun coupable
220 morts, 6 500 blessés et… zéro coupable. C’est le bilan, à date, de l’explosion du port de Beyrouth qui ébranlait la capitale libanaise le 4 août 2020. Six ans plus tard, la justice n’a toujours pas été rendue. Six ans. Une impunité insupportable pour les proches des victimes et pour un pays tout entier, plongé dans l’une des pires crises économiques de l’histoire moderne. Une situation catastrophique a laquelle s’est ajoutée l’invasion israélienne illégale du sud du pays, toujours en cours.
Ce mardi, des familles de victimes se sont réunies au port de Beyrouth pour demander que lumière soit faite sur les responsabilités du stockage sans précaution et de l’explosion de 2 750 tonnes de nitrates d’ammonium. « Cette explosion a été un point de non-retour. Elle est l’illustration de la lâcheté des dirigeants libanais », se souvient Jill, présente au Liban le jour du drame. La jeune libanaise, désormais installée en France, attend peu de la justice mais espère que « les familles endeuillées puissent obtenir quelques éléments de réponse ». Comme chez une partie de la jeunesse du pays du Cèdre, cet événement et sa gestion par les autorités, ont confirmé son envie de quitter le pays qu’elle aime. Énième goutte d’eau dans un vase qui débordait déjà.
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Vers une avancée judiciaire courant 2026 ?
« L’un des obstacles fondamentaux à toute avancée significative de la justice se situe dans une échelle de valeurs profondément viciée par le péché originel de l’amnistie de 1991, qui a enterré les crimes les plus abominables de la guerre civile : comment, dès lors, poursuivre des responsables pour des faits de “simple” négligence ou de corruption ? À cela s’ajoutent des institutions et un cadre juridique totalement inadaptés à un dossier à tiroirs, aux ramifications internationales, alors que le système libanais semble davantage chercher à l’étouffer qu’à faire émerger toute la vérité », analyse Karim El Mufti, chargé d’enseignement à Sciences Po Paris.
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Le juge en charge de l’enquête, Tarek Bitar, a été entravé et avait dû interrompre ses investigations durant deux ans face à l’hostilité d’une classe politique peu encline à ce qu’il ne dévoile leurs manquements potentiels. En mars dernier, le magistrat a finalement annoncé la clôture de l’enquête. Et depuis… rien. Les conclusions du juge ouvrent pourtant la voie à de possibles renvois devant le tribunal de près de 70 personnes, dont des responsables politiques, sécuritaires et militaires, et des fonctionnaires.
« Le procureur est en train de préparer ses réquisitions et nous nous attendons à ce que, dans un délai de 60 à 90 jours, il communique à nouveau le dossier au juge », a affirmé ce mardi le ministre de la Justice Adel Nassar, ajoutant que « les victimes et les Libanais ont droit, face à un crime de cette ampleur, à ce que la vérité soit faite et la justice rendue ». Lundi, le président libanais Joseph Aoun avait lui aussi appelé à accélérer, qualifiant les inculpations de « nécessité qui ne supporte plus aucun délai ». De quoi espérer la lumière au bout d’un trop long tunnel ?