Leur colère mérite mieux
La mobilisation lycéenne entend dénoncer le manque de professeurs et la dégradation des conditions d’étude. Les violences et l’affrontement politique relèguent ces revendications au second plan.
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Triste image que celle des politiques s’affrontant sur la mobilisation lycéenne et étudiante. Sans le vouloir, ils escamotent ce qui l’a provoquée.
Resituons le débat : ces jeunes font face à des classes surchargées, à des établissements qui se dégradent et à des professeurs non remplacés. Autant de difficultés qui appellent des réponses. Hélas, ces revendications sont devenues secondaires face à un manichéisme politique qui pousse chacun à désigner un adversaire plutôt qu’à chercher des solutions.
Il y a d’abord La France Insoumise, qui cherche à convertir cette colère en rapport de force. Face au parti de Mélenchon, le gouvernement présente le mouvement comme une entreprise de déstabilisation, au risque d’éluder, lui aussi, le sujet de fond. Cette mécanique est dangereuse car elle enferme les jeunes dans un affrontement qui les dépasse et leur malaise devient un argument de campagne et non plus une priorité politique.
Le patron du PS, Olivier Faure, fait preuve de clairvoyance en reconnaissant la légitimité de ce malaise lycéen. Mais lorsqu’il estime que dénoncer ces débordements revient à faire « le jeu de la droite », il reste, lui aussi, prisonnier de cette logique de camps. Et puis, il y a le chantre des « colères saines », Ségolène Royal, qui appelle les lycéens au calme et… à rester chez eux. Qui pourrait lui donner tort ? Personne, au fond. Mais encore faut-il leur donner des raisons de croire qu’ils seront un jour entendus.
L’erreur la plus prégnante est de penser qu’une jeunesse qui manifeste est une jeunesse qui casse. On le sait, des individus extérieurs se mêlent aux rassemblements pour provoquer le désordre. Cela n’exonère pas les élèves impliqués, mais cela interdit l’amalgame consistant à rendre tous les manifestants responsables de ces violences.
Le devoir des responsables politiques serait justement de briser ce face-à-face, en réunissant jeunes, enseignants, directions et élus locaux autour de réponses claires. Car, si transformer la jeunesse en chair à canon idéologique est une faute, la laisser sans autre perspective que la rue en est une autre. La colère de ces gamins appelle des décideurs, pas des commentateurs.
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