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Les voitures chinoises déferlent chez nous, mais seront-elles encore assurées demain?

Aux Pays-Bas, il est difficile d’assurer un véhicule comme le Leapmotor, parmi d’autres modèles. Brecht Vanhaelewyn nous explique pourquoi. © Getty Images

Les marques automobiles chinoises connaissent clairement un essor en Europe, mais l’incertitude à leur égard persiste, chez les professionnels. Aux Pays-Bas, la compagnie d’assurance Univé a annoncé qu’elle ne souhaitait plus assurer certaines marques chinoises, tant pour l’assurance obligatoire en responsabilité civile que pour l’assurance omnium. La fédération des assureurs belges Assuralia et le journaliste spécialisé Brecht Vanhaelewyn expliquent les raisons de cette situation et les risques auxquels les consommateurs belges sont exposés.

Felix Ferret

Source: HLN

27 août 2026, 14:00

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Une certaine incertitude entoure toujours les nouvelles marques automobiles. Certaines marques bien connues, notamment BYD et MG (toutes deux chinoises) ainsi que Tesla (américaine), sont parvenues en peu de temps à mettre en place un service après-vente et un réseau d’assistance performants en Europe, souligne l’assureur néerlandais Univé. Elles peuvent donc être assurées sans difficulté.

Mais ce n’est pas le cas de toutes les autres. Univé, l’un des plus grands assureurs des Pays-Bas, a publié en début de semaine une liste de quinze nouvelles marques automobiles susceptibles de ne pas pouvoir bénéficier d’une assurance, ou seulement d’une couverture partielle. Or, quatorze d’entre elles sont chinoises. Les raisons invoquées sont notamment le manque de pièces détachées et l’incertitude concernant les coûts de réparation, qui risquent d’atteindre des niveaux tellement élevés qu’ils deviennent difficiles à maîtriser pour les assureurs.

Assurance obligatoire

Parmi les quinze nouvelles marques, seules cinq peuvent actuellement bénéficier, aux Pays-Bas, d’une assurance en responsabilité civile, comparable à notre assurance automobile obligatoire. Cette assurance, imposée par la loi, couvre uniquement les dommages que vous causez à des tiers avec votre véhicule. Il s’agit des marques Dongfeng, Firefly, Zeekr, Lucid et Nio.

Les nouvelles marques sur le marché belge doivent se professionnaliser davantage si elles veulent s’y implanter durablement

Neuf autres marques ne sont pas du tout assurées chez nos voisins du nord: Hongqi, Voyah, Leapmotor, Jaecoo, Omoda, MHero, Changan, KGM et VinFast. Une seule, Lynk & Co, peut bénéficier d’une couverture complète (omnium). Contrairement à l’assurance de base, l’omnium couvre également les dommages causés à votre propre voiture, même lorsque vous êtes vous-même responsable de l’accident.

La Belgique n’en est pas encore là

Selon Assuralia, l’organisation faîtière des assureurs belges, la situation est pour l’instant moins préoccupante chez nous. “Il existe une grande différence: actuellement, beaucoup plus de nouvelles marques chinoises sont commercialisées aux Pays-Bas qu’en Belgique”, explique son porte-parole Peter Wiels. “Le problème lié à l’incertitude concernant les réparations se pose donc encore très peu chez nous.”

Les assureurs belges restent néanmoins vigilants. “Nos renseignements auprès de deux grands assureurs nous ont appris qu’ils n’excluent officiellement aucune marque pour le moment, même s’ils reconnaissent qu’il existe encore des problèmes de jeunesse en matière de service après-vente et de réparations”, précise Wiels. Selon Assuralia, les nouvelles marques présentes sur le marché belge doivent continuer à se professionnaliser et améliorer leur disponibilité en pièces détachées si elles veulent s’y établir durablement.

Evolution rapide

Les propriétaires d’une voiture chinoise qui ont déjà réussi à l’assurer correctement ne doivent pas immédiatement paniquer. En théorie, un assureur peut résilier un contrat parce qu’il ne souhaite plus couvrir une marque donnée, mais cela arrive rarement dans la pratique, insiste Wiels. “Un assureur ne va pas facilement abandonner un client fidèle. En revanche, il est possible que les assureurs décident, à l’image de ce qui se passe aux Pays-Bas, de ne plus proposer de nouvelles polices pour certaines marques.”

Pour les marques qui ont déjà établi un réseau solide chez nous, le risque est moindre

Attention à l’achat

Comme le montre la liste d’Univé, toutes les voitures chinoises ne présentent pas les mêmes risques. Brecht Vanhaelewyn souligne qu’il faut faire une distinction cruciale entre les marques qui arrivent en Europe via de grands groupes et celles qui pénètrent le marché par l’intermédiaire de réseaux plus modestes.

“Une marque comme Leapmotor figure aux Pays-Bas sur la liste des marques ‘à problèmes’, mais en Belgique, elle fait partie du groupe Stellantis, qui comprend également Peugeot et Opel. Il n’y a donc aucune raison logistique pour que les pièces détachées de ces marques ne soient pas disponibles. Il en va de même pour des marques comme MG ou BYD, qui ont déjà développé un réseau solide.”

Si une marque jette l’éponge et quitte l’Europe, c’est fini pour vous

Selon l’expert automobile, le véritable risque concerne les marques qui arrivent par ce que l’on appelle “l’importation grise”, souvent par l’intermédiaire d’importateurs tels qu’OneAutomotive. “Pensez à des marques comme DFSK ou BAIC. On en sait beaucoup moins sur ces voitures. Si vous avez besoin d’une pièce de rechange, vous n’avez absolument aucune garantie de pouvoir l’obtenir. Pour les assureurs, c’est le point crucial: une voiture doit pouvoir être réparée. Dans le cas contraire, ils risquent de devoir assumer une facture considérable en raison des véhicules de remplacement ou de sinistres qui s’éternisent.”

Un marché européen restreint

L’incertitude concernant la pérennité de ces constructeurs automobiles chinois suscite également des interrogations chez les assureurs. Aujourd’hui, de nombreuses marques survivent grâce à un important soutien financier du gouvernement de Pékin. Vanhaelewyn évoque une bulle qui finira tôt ou tard par éclater: “Des dizaines de marques arrivent en Europe, mais le marché ne peut probablement accueillir qu’une poignée de grands acteurs, cinq tout au plus.”

Que se passe-t-il si une marque fait faillite et que vous vous retrouvez livré à vous-même? Bien qu’une réglementation européenne prévoie que les pièces détachées doivent rester disponibles jusqu’à dix ans après la vente, cette obligation reste souvent théorique dans le cas des marques chinoises.

“Les constructeurs chinois promettent que ces pièces seront disponibles, mais il n’y a aucune garantie”, avertit Vanhaelewyn. “Si une marque met la clé sous la porte et quitte l’Europe, vous êtes coincé. Vous vous retrouvez avec une voiture invendable que plus personne ne peut réparer. Les assureurs ne veulent pas prendre ce risque.”

Privilégier la sécurité

Selon le spécialiste, les personnes qui recherchent aujourd’hui une voiture chinoise feraient bien de regarder au-delà du prix attractif. “Choisissez une marque qui affiche clairement l’ambition de devenir une valeur établie en Europe. Regardez qui est l’importateur et privilégiez un grand groupe reconnu. Vous réduirez ainsi les risques. S’il s’agit d’une petite marque qui vient tout juste d’arriver sur le marché, sans réseau de concessionnaires étendu, sachez que vous faites un pari.”

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