Viticulture : en Valais, les vendanges débutent sans prix
La viticulture suisse traverse une crise d’une ampleur inédite. En Valais, pour la première fois de son histoire, l’Interprofession de la Vigne et du Vin a renoncé à fixer un prix indicatif pour la vendange 2026. Sur le marché du vrac, les prix sont sous pression et certains vignerons ne savent toujours pas quelle part de leur récolte pourra être vendue.
Les vendanges débutent dans l'incertitude pour de nombreux producteurs. Une dizaine de vignerons interrogés par la RTS ont accepté de témoigner, à condition de rester anonymes. Ils craignent de compromettre leurs relations avec les acheteurs.
Leurs inquiétudes sont multiples: quelle quantité de raisin trouvera preneur? À quel prix? Et dans quels délais seront-ils payés? Certains producteurs n’ont d’ailleurs toujours pas reçu l’intégralité des sommes qui leur sont dues pour la récolte 2025.
La situation touche particulièrement les fournisseurs de vendange, ces vignerons qui vendent leur production à des négociants, lesquels font ensuite affaire avec la grande distribution. Les causes de la crise sont avant tout structurelles. Les Suisses boivent moins de vin, et notamment moins de vin indigène. La consommation a reculé de 3,3% l’an dernier.
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Plus d'offre que de demande
Dans le même temps, l’offre dépasse largement la demande et les cuves restent pleines. Un vigneron genevois raconte ainsi devoir "mendier" auprès des acheteurs pour qu’ils prennent sa marchandise.
La situation est devenue tellement difficile que certains producteurs envisagent de se débarrasser de leur production plutôt que de la vendre à perte. Dans le canton de Vaud, un vigneron songe ainsi à ouvrir le robinet de ses cuves pour laisser partir à l’égout le moût de l’an dernier, plutôt que de brader sa marchandise et contribuer à faire encore baisser les prix.
Des raisins proposés à moitié prix
Une partie de la vendange 2026 pourrait même être vendue à prix cassé. Un exemple en témoigne: du raisin destiné à produire du fendant et du gamay a récemment été proposé à un franc le kilo sur les réseaux sociaux, soit plus de la moitié du prix habituel. L’offre a trouvé preneur en quelques heures seulement.
Son auteur a rapidement dû retirer l’annonce, croulant sous les appels. Selon lui, plusieurs acheteurs étaient des vignerons à la recherche de raisins à bas prix qu’ils revendent ensuite à de grandes caves. Une manière de dégager un revenu supplémentaire, même modeste, dans cette période difficile.
Les grandes caves n’ont pas encore fixé leurs prix
Du côté des grandes caves, plusieurs n’ont pas encore fixé leur prix d’achat pour la vendange 2026. Elles dépendent elles-mêmes en partie des commandes de la grande distribution.
De nombreux vignerons accusent justement les détaillants de privilégier les vins étrangers et de leur offrir davantage de visibilité en magasin. Selon eux, ces vins permettent aux enseignes de réaliser de meilleures marges. Contactés par la RTS, les deux principaux acteurs, Coop et Denner, réfutent ces accusations et assurent soutenir les vins suisses.
Des faillites à craindre
Le président de la Fédération valaisanne des vignerons, Clément Gay, estime que les prix attendus cette année pour les cépages de base, comme le fendant, le gamay ou le pinot, ne couvriront pas les coûts de production.
Des dépôts de bilan semblent inéluctables. Comme c’est déjà le cas dans le canton de Vaud, selon François Montet, président de la Fédération vigneronne vaudoise. Faute de rentabilité, certains producteurs pourraient également arracher leurs vignes. Un phénomène déjà observé dans plusieurs cantons suisses.
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Claudine Gaillard Torrent/hkr