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Genève : les sternes pierregarins de retour grâce à des radeaux

Disparues de Genève pendant douze ans, les sternes pierregarins sont de retour depuis 2023. Ces oiseaux migrateurs au bec rouge dépendent désormais entièrement des radeaux artificiels. À la Pointe-à-la-Bise, 24 poussins ont déjà vu le jour cet été, signe d'un succès fragile mais encourageant.

Vingt-quatre poussins font leurs premiers pas sur les galets du radeau flottant à la Pointe-à-la-Bise, dans le canton de Genève. Leurs parents, reconnaissables à leur bec rouge et leur calotte noire, multiplient les allers-retours pour pêcher du poisson dans le lac Léman.

David Leclerc, responsable de l'entretien des réserves naturelles chez Pro Natura Genève, observe la scène en direct depuis son ordinateur. Une caméra installée sur le radeau permet de suivre les sternes pierregarins sans les déranger. Les images sont également retransmises au Centre Nature de la Pointe-à-la-Bise.

Une hirondelle de mer, photographiée en juin 2026. [KEYSTONE - PATRICK PLEUL]
Une hirondelle de mer, photographiée en juin 2026. [KEYSTONE - PATRICK PLEUL]

"Les oiseaux se sentent ici chez eux. On n'a pas de bateau ou de paddle qui peuvent rentrer dans cette zone et les drones sont interdits", explique-t-il. Cette tranquillité est essentielle durant la période de nidification.

Une dépendance aux radeaux artificiels

L'existence des sternes pierregarins en Suisse dépend aujourd'hui entièrement de ces structures flottantes. Ces oiseaux migrateurs, qui passent l'hiver en Afrique, cherchent des zones de graviers pour nicher à leur retour en Europe.

"On retrouvait ces grèves de cailloux au bord des lacs et des fleuves", précise David Leclerc. La rectification des cours d'eau et les barrages hydroélectriques ont détruit ces sites naturels.

Les radeaux nichoirs reproduisent cet habitat primaire. Dès 1979, un premier radeau est mis en place sur le Rhône à Verbois. Il en existe d'autres sur le lac Léman et le Lac de Neuchâtel notamment. En France, la Loire abrite encore des sites primaires où les sternes nichent sur des bancs de galets naturels.

Un retour fragile mais réjouissant

Cette année, les sternes ont pondu 62 œufs. "C'est une grosse reproduction", estime Daniel Leclerc. "Malheureusement, seulement la moitié va donner naissance à des jeunes. Le reste n'a pas résisté aux canicules et à d'autres éléments naturels."

Les fortes chaleurs printanières ont compliqué la vie des oiseaux. Moins de sternes sont remontées jusqu'en Suisse, préférant se reproduire sur des sites plus proches. L'oiseau a également adapté son comportement: "Les oisillons ont cherché de l’ombre sous les abris et les adultes ont régulièrement retrempé les poissons pêchés dans l’eau avant de les apporter à leurs petits", observe David Leclerc.

La menace des goélands

La présence des radeaux ne suffit pas à garantir le succès de la nidification. Les goélands leucophées représentent notamment une menace.

"Une fois qu'il s'est installé et qu'il rentre dans une phase de défense territoriale, il va repousser les sternes", explique David Leclerc. Les équipes surveillent donc les radeaux au printemps pour dissuader les goélands de s'y installer.

Cette stratégie a porté ses fruits: En 2025, 40 couples de sternes ont niché à la Pointe-à-la-Bise, contre 19 l'année précédente. Un second radeau a été installé dans la foulée grâce à la collaboration entre Pro Natura Genève et le Groupe Ornithologique du Bassin Genevois.

Mathilde Salamin