Les stations service ou le double symbole de la vie chère et de la désertification de la France rurale
À l'heure où la flambée du prix des carburants pèse lourdement sur le budget des automobilistes, Anne Rosencher, directrice adjointe de l'Express, explique dans quelle mesure la station-service s'impose comme le miroir de la vie chère.
Après la promesse de Sébastien Lecornu, mercredi, de faire baisser le prix du gazole, Anne Rosencher nous parle d’un lieu, la station-service, comme d’un double symbole.
La station service, le symbole de la vie chère
Il faut dire qu'à 2 euros 35 le litre de diesel (en moyenne), c’est-à-dire 117 euros le plein (en moyenne), la station-service symbolise d’abord la vie chère et même la vie hors de prix, notamment dans les campagnes, où l’on ne peut pas se passer de voiture. Ces dernières semaines, Internet, qui tente parfois d’exorciser l’angoisse par le rire, a caricaturé le plein de gazole en nouveau produit de luxe. Pompe à essence floquée LVMH, jerrican de diesel offert en guise de cadeau de Saint-Valentin. Les montages et les sketches se multiplient pour montrer qu’une dépense contrainte essentielle se paie désormais au prix du superflu.
Les effets sont déjà là : selon le baromètre Ipsos pour Weemov, 15 % de Français auraient récemment réduit leurs dépenses de nourriture pour acheter du carburant. Et beaucoup d’indicateurs disent que nous ne sommes qu’à l’aube des conséquences de cette flambée-là. En gros, nous n’avons encore rien vu des effets. D’où les promesses du Premier ministre mercredi soir de faire baisser le prix du litre de gazole.
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Mais la station-service symbolise aussi autre chose
Et c’est ce qui est intéressant avec ce lieu. C’est qu’il symbolise également une autre dimension de la fameuse « fracture sociale », laquelle ne se réduit pas à la question du pouvoir d’achat : on ne le sait pas toujours, mais la station-service est aussi devenue, dans une partie de la France, l’un des derniers lieux des emplettes et des interactions du quotidien. Dans un pays où 60 % des communes ne possèdent plus aucun commerce local, c’est désormais à la station-service qu’on trouve souvent le relais postal, les cigarettes, le distributeur de pain ou de pizza, et la conversation de tous les jours.
En juin dernier, Le Monde avait consacré un reportage à la station Total de Blosville, dans la Manche, tenue par deux femmes : Vanessa Duval et Charline Holley. « On est pompistes, postières, épicières, buralistes… et un peu psys », résumait l’une d’entre elles. Parce qu’après avoir déposé un colis ou retiré le pain au distributeur, la plupart des clients font un détour par la caisse, pour discuter des tracas ou des joies de la vie. En vérité, c’est bien le minimum, et il n’y a plus d’autre endroit pour le faire.
C’est cela, aussi, que disent les stations-service d’aujourd’hui. Que derrière les urgences réelles créées par les désordres des conjonctures, il y a quelque chose qui sédimente depuis des décennies, plus profondément et finalement, plus politiquement. C’est de cette colère-là que le RN fait son carburant depuis des années. Parce que les autres la lui ont trop souvent abandonnée.
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