Cyclisme: les routes blanchies au Tour de France suscitent la controverse
Publié17. juillet 2026, 07:36
CyclismeLes routes «blanchies» du Tour contre la canicule
Depuis le début du Tour de France, les coureurs souffrent de la chaleur. Mais les routes aussi et les organisateurs ont trouvé une parade glissante à base de chaux.


«C’était très glissant et piégeux. Je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas exactement ce qu'il y avait. Je pense que le goudron fondait légèrement. On avait l’impression de glisser, il fallait faire très attention et ne pas prendre de risque.» «Je ne sais pas ce qu'ils font avec la route ici… Je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit dans cet état. Pour la nettoyer, ils ont mis cette m***** blanche, c'est très glissant. Regardez ici, j'ai du blanc. Je suis tombé au milieu du virage, en menant la chasse!».
Le Français Paul Seixas et le Britannique Tom Pidcock, cités dans cet ordre, ont été parmi les nombreux cyclistes à se plaindre ou au moins s'étonner des routes cette semaine, sur la Grande Boucle. Ceux qui ont réussi à résister à la sieste devant leur petit écran ont découvert, en pleine canicule dans l'Hexagone, des chaussées blanchies avant le passage des coureurs. «Et avec la pluie, ce n’était pas facile. Ils ont en plus mis de la petite poudre blanche. Les routes étaient vraiment glissantes et ça s'étirait de plus en plus dans les virages. Il fallait faire le serpent!», a ajouté le Français Baptiste Veistroffer.
Bien vu. Car avec les hautes températures du début de semaine, le goudron a eu tendance à fondre, sous les roues du peloton. Pour lutter contre, les organisateurs ont mis en place un traitement destiné à protéger la chaussée. En matinée, ils font appliquer du lait de chaux – un mélange de chaux éteinte et d'eau – sur certaines portions de route. L'objectif n'est pas d'aider directement les coureurs, mais d'empêcher le revêtement de se dégrader lorsque les températures grimpent. En plein soleil, une chaussée noire peut dépasser les 60°, voire les 70° et le bitume devient presque mou.

Ce phénomène est appelé «ressuage». Il provoque la remontée du liant bitumineux à la surface de la route. Celle-ci devient alors plus brillante, plus collante et peut perdre une partie de son adhérence et entraîner des chutes ou des glissades. Avec le passage de la caravane publicitaire, des motos, puis des voitures suiveuses et enfin du peloton, le revêtement s'arrache plus facilement. Pour limiter ces effets, les collectivités qui accueillent le grand raout de juillet appliquent ce traitement sur les secteurs les plus exposés à la chaleur.
«On utilise cette technique depuis cinq ou six ans, surtout dans le centre de la France, a expliqué à RMC André Bancala, le responsable des routes pour ASO, l'organisateur du TdF. L’idée est de réfléchir la lumière et la chaleur, tout en maintenant une structure de la chaussée. Avec la canicule, on ne peut pas laisser les routes comme ça sans rien faire, sinon on se retrouverait à baigner dans le bitume. On aurait été obligé de verser des milliers de litres d’eau et l’effet n’aurait été que temporaire. L’avantage du lait de chaux, c’est qu’il a une permanence.»
Le principe est assez simple, finalement. En blanchissant la chaussée, le lait de chaux réfléchit une partie des rayons du soleil et réduit son échauffement de plusieurs degrés. Cette baisse de température suffit souvent à éviter que le bitume ne ramollisse excessivement. Le produit forme également une fine couche qui limite le contact direct entre les pneus et le revêtement, ce qui contribue à préserver la route pendant les épisodes de canicule. Mais pas les cyclistes des chutes, apparemment.


Robin Carrel (rca) est journaliste à la rubrique Sports chez 20 minutes, où il travaille depuis 2011. Ses sports de prédilection sont le football et le cyclisme, mais il privilégie surtout le terrain de la découverte.
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