Les Red Flames à la recherche du temps perdu - RTBF Actus
Quatre minutes. Quatre minutes de trop. Sans le but de la Pologne à la 116e minute du match de barrage vers la Coupe du monde, Elisabet Gunnarsdottir serait en train de préparer le deuxième tour de cette route vers la Coupe du monde, la revanche des Red Flames contre l’Irlande. Mais après 14 ans passés à la tête d’un même club (à Kristianstad, en Suède), la technicienne islandaise s’est heurtée de plein fouet à la réalité des résultats à la tête d’une équipe nationale.
Le temps. Le moment. L’instant. Des notions derrière lesquelles Elisabet Gunnarsdottir aura couru tout au long de son parcours auprès des Red Flames. La sélectionneuse islandaise, présentée le même jour de janvier 2025 que Rudi Garcia chez les Diables, a tout de suite su qu’un compte à rebours était enclenché. Sa mission était claire : qualifier la Belgique pour sa première Coupe du monde féminine. Le calendrier était connu, il fallait tout intégrer (nouveau pays, nouvel environnement, première expérience à la tête d’une équipe nationale A, nouvelles joueuses à connaître, nouvelle vie…) en quelques mois à peine, tout en affrontant les championnes du monde espagnoles et les championnes d’Europe anglaises (en Ligue des Nations). Puis disputer l’Euro 2025 en Suisse, avant de se concentrer sur les qualifications pour ce fameux Mondial brésilien qui faisait tant rêver.
La feuille de route était piégeuse et "Beta" n’a pas tremblé, son regard bleu perçant tourné vers l’avenir. Mais le temps passe parfois plus vite qu’on ne le pense. Moins de deux ans après son arrivée, la coach a perdu son pari. Faute de résultats, faute de mission accomplie.
Certains décideurs de la Fédération l’ont-ils pris, ce temps, pour s’occuper réellement du destin des Red Flames ? Pour décider d’envoyer un message symbolique de soutien à l’équipe et à sa sélectionneuse, malmenée dans la presse flamande quelques jours à peine (fameux timing) avant le barrage important contre la Pologne ? Le soir du match couperet à Gdansk, une décision a frappé les observateurs et observatrices : le nouveau patron de la Fédération, Vincent Mannaert, n’avait pas dégagé sa soirée dans son agenda pour venir soutenir son équipe féminine en Pologne. Il était à Milan, pour le match du Club de Bruges face à l’Inter en Champions League masculine. Le message était à tout le moins maladroit, comme le timing.
Alors oui évidemment, les résultats sont décevants. Mais les joueuses l’ont dit, parfois publiquement : il y a aussi eu un virage, des pas en avant, du positif, un état d’esprit renouvelé. Et parfois, un rien qui a tout changé. Une minute de trop. Une seconde d’inattention. Un ballon dévié, mal négocié. Un moment qui file. Ainsi va la réalité du football. L’évaluation interne a eu lieu, la décision a été prise et n’est pas scandaleuse au regard de l’objectif fixé, non atteint, et des déceptions. Chaque entraîneur ou entraîneuse connaît cette pression.
Elle passe désormais sur les épaules de Simon Mignolet, le nouveau "technical manager" de la Fédé, qui va devoir dénicher la personne adaptée pour succéder à Elisabet Gunnarsdottir. Celle qui va devoir tout recommencer ou presque pour imprimer sa patte personnelle, alors que les joueuses (et notamment Tessa Wullaert) avancent aussi dans l’âge. L’ancien gardien brugeois a-t-il eu ou prendra-t-il le temps, lui, de s’intéresser de près à la situation des footballeuses, à la réalité du football féminin dans notre pays, aux difficultés des clubs, au niveau de notre ligue féminine qui peine à décoller ? C’est tout ce qu’on espère. Pour le bien des Red Flames. Parce que la situation de la Belgique sur l’échiquier du foot ne se réglera pas d’un claquement de doigts, ni par magie.