Les policiers les utilisent pour traquer leurs ex: aux États-Unis, "un mouvement de résistance populaire" contre les caméras de surveillance du trafic routier
Les policiers les utilisent pour traquer leurs ex: aux États-Unis, "un mouvement de résistance populaire" contre les caméras de surveillance du trafic routier
Publié aujourd'hui à 12h18
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Une caméra ALPR de Flock Safety. - Flock Safety
Aux États-Unis, la colère des automobilistes enfle à propos de caméras de surveillance installées dans les rues. Certains leur reprochent de servir de surveillance de masse et n'hésitent plus à les retirer.
Il n'a fallu que quelques années à Flock pour poser sa griffe sur les voitures américaines. Le temps pour la start-up d'installer plus de 100.000 caméras de surveillance dans les rues, aujourd'hui largement contestées à travers le pays. Installées à la demande des services de police locaux, elles ne prennent pas de vidéos mais des photos des voitures qui passent, enregistrant plaques d'immatriculation, modèle, couleur et autres caractéristiques du véhicule.
Une fois ces informations emmagasinées, elles les mettent en commun dans une base de données sans équivalent aux États-Unis. Et permettent aux policiers de consulter les mouvements de n'importe quel véhicule en circulation, pour le localiser au plus vite à travers tout le territoire.
Sabotage à la chaîne
Si le concept fait l'unanimité, la facilité à organiser une filature, sans même avoir besoin de mandat, ulcère les automobilistes américains. Une enquête du Washington Post a révélé qu'au moins 50 policiers ont été accusés d'avoir détourné le système, en majorité pour espionner les allées et venues de leur compagne ou ex.
Dans d'autres cas rapportés par la presse, des policiers ont utilisé Flock pour pister une femme qui a avorté - un acte interdit dans de nombreux États américains - ou transmis de manière illégale des informations à des agents de la police de l'immigration.
Face à ces abus, la révolte s'est organisée. Un vaste mouvement populaire s'en prend désormais à ces caméras, avec des sabotages à la chaîne. La première fois qu'il en a désactivé une, l'influenceur Nomark était "très nerveux". Après l'avoir fait sur plus d'une trentaine de caméras près de chez lui autour de Minneapolis, dans le nord du pays, il confie à l'AFP n'avoir aujourd'hui "plus vraiment peur".
Un mouvement global
À seulement 20 ans, il propose sur son compte Instagram suivi par plus de 500.000 personnes un mode d'emploi pour mettre hors d'usage ces caméras et ainsi provoquer une prise de conscience. Des actes illégaux qui, à lire la presse américaine, se répandent comme une traînée de poudre dans le pays depuis quelques semaines.
La nébuleuse anti-Flock s'active depuis des mois sur Internet: carte participative des caméras, partage de techniques pour bloquer leur vision, jusqu'à saluer chaque "héros" arrêté pour en avoir détruit. Le principal groupe Facebook, "DeFlock America", compte plus de 600.000 membres et en accueille des milliers supplémentaires chaque jour.
Tout cela donne "un mouvement de résistance populaire" jamais vu depuis des années, observe Chad Marlow, de la grande association américaine de défense des droits, l'ACLU. D'autant plus que le mouvement est partagé aussi bien à droite qu'à gauche. Tucker Carlson, ancien de Fox News ancré chez les conservateurs, a ainsi qualifié les saboteurs de "patriotes américains" qui "prennent les choses en main".
Les habitants "peuvent rencontrer leurs conseillers municipaux (...) et les convaincre d'annuler leur contrat", souligne Steven Keener, professeur de criminologie à l'Université Christopher Newport, qui a écrit sur Flock.
Un peu partout dans le pays, des groupes locaux se montent pour pousser les élus à faire marche arrière. Et le succès est là: de Los Angeles aux bourgades de Virginie, plus de 70 municipalités ont ces derniers mois mis fin à leur contrat avec Flock, selon un décompte de l'ACLU.