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Les pays de l'UE appelés à investir dans la restauration de la nature

Au terme d’un été marqué par des vagues de chaleur record, des feux de forêt dévastateurs et la sécheresse, des chercheurs en environnement appellent les pays de l’Union européenne à intensifier leurs efforts de restauration des écosystèmes avant l’échéance du 1er septembre, tout en pointant un déficit annuel de 65 milliards d’euros dans les financements consacrés à la restauration de la nature au sein du bloc.

Les capitales de l’UE n’ont plus que quelques jours pour transmettre leurs projets de plans de restauration de la nature à la Commission européenne, comme l’exige le règlement européen sur la restauration de la nature.

Cet appel intervient après que l’Espagne et la France ont perdu des milliers d’hectares dans des feux de forêt incontrôlés et que la Hongrie et la Roumanie ont dû arrêter une partie de leurs centrales nucléaires, le niveau du fleuve Danube étant tombé à des records de basses eaux, révélant la vulnérabilité croissante du continent face au changement climatique.

Les chercheurs du Partenariat européen pour la biodiversité Biodiversa+ appellent les États membres de l’UE à traduire la loi européenne sur la restauration de la nature en actions concrètes, estimant que des paysages plus sains peuvent aider l’Europe à résister aux extrêmes climatiques.

Le groupe présente les écosystèmes en bonne santé comme une forme de résilience climatique, qui permet d’atténuer les effets de la sécheresse, des incendies et des inondations tout en renforçant la sécurité de l’eau, plutôt que comme un simple enjeu de biodiversité.

Les chercheurs préconisent aussi de recourir à des solutions fondées sur la nature pour réduire les inondations et la pression des eaux pluviales dans les villes, et d’intégrer des évaluations des risques climatiques afin que les projets de restauration restent efficaces à mesure que les conditions évoluent.

Ils soulignent toutefois que moins d’une politique nationale de restauration sur dix prend en compte les conséquences potentielles sur la santé ou le tissu social, tandis que les investissements privés restent limités.

"Dans l’UE, 72 % des entreprises non financières et près de 75 % des prêts bancaires de la zone euro sont liés à des secteurs fortement ou modérément dépendants de la nature", indique un communiqué de Biodiversa+.

"Comme la dégradation de la nature représente un risque matériel pour les entreprises, faire participer le secteur privé à la restauration n’est pas seulement de la philanthropie, mais aussi une nécessité économique."

Rainer Sodtke, coprésident de Biodiversa+, estime que la science de la restauration de la nature est solide et opérationnelle, et appelle les capitales de l’UE à prendre la question au sérieux pour commencer à préparer le continent à des étés toujours plus chauds et secs.

"Avec le règlement sur la restauration de la nature qui entre désormais dans une phase critique, les États membres disposent de recommandations pratiques et fondées sur des données scientifiques pour élaborer des plans efficaces. Nous les appelons à s’en saisir", a déclaré Sodtke, en référence aux orientations préparées par Biodiversa+.

Les plans définitifs sont attendus pour 2027, et leur première révision n’interviendra pas avant 2032, ce qui signifie que les décisions prises aujourd’hui auront des conséquences à long terme.

La députée européenne Jutta Paulus (Verts/ALE, Allemagne) estime que les mesures d’adaptation au climat sont "plus urgentes que jamais" après un été marqué par des incendies de forêt dans toute l’Europe.

"Ces plans seront particulièrement déterminants pour les prochaines négociations sur le cadre financier pluriannuel, car garantir leur financement sera essentiel pour le succès de la loi. Les États membres doivent agir rapidement et déposer leurs plans afin de respecter les objectifs de la loi et de préserver à la fois la sécurité alimentaire et la résilience climatique en Europe", a déclaré Paulus à Euronews.

Son collègue écologiste Terry Reintke (Allemagne) a déclaré que la restauration de la nature n’est pas "qu’une politique", mais l’une des réponses au défi existentiel que représente le changement climatique.

"Si nous manquons l’échéance pour la restauration de la nature, nous ne faisons pas seulement échouer un règlement, nous alimentons les prochaines vagues de chaleur et les prochaines inondations", a déclaré Reintke à Euronews.

La plupart des pays de l’UE ont déjà transmis leurs plans ou sont en passe de les finaliser. La Commission européenne n’a pas précisé à Euronews quels pays ne les avaient pas encore soumis au moment de la rédaction de cet article.

LIFE rejoint le Fonds de compétitivité

En présentant le prochain budget pluriannuel pour 2028-2034, la Commission a proposé de mettre fin à LIFE, le programme phare de l’UE pour la protection de l’environnement, et de recourir à la place au Fonds de compétitivité pour financer les projets de restauration de la nature.

L’Espagne a averti les ministres de l’Environnement de l’UE en juin que LIFE pourrait perdre de son impact s’il était absorbé dans des structures de financement plus larges.

Madrid a également exprimé ses inquiétudes quant au fait que les niveaux de financement proposés par la Commission pour la biodiversité et la restauration de la nature dans le prochain budget pourraient être inférieurs aux montants actuels, qui s’élèvent à 5,4 milliards d’euros pour la période 2021-2027.

Les fonds destinés aux "projets stratégiques" dans le cadre de LIFE sont censés aider les États membres à mettre en œuvre les législations en matière d’action climatique, par exemple des mesures pour restaurer la nature et protéger les habitats naturels, les ressources en eau et la qualité de l’air.