Les managers de mauvaise humeur contaminent souvent toute leur équipe, et la psychologie l'explique très bien - Psychologies.com

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Un boss qui claque les portes, un chef qui soupire en réunion : leur humeur ne reste jamais confinée à leur bureau. Elle se propage, se copie, s'installe.
Vous arrivez au bureau de bonne humeur : le trajet fut
sans encombre, le café est bon, votre collègue préféré est là.
Pourtant, la légèreté ambiante bascule d'un coup lorsque votre manager débarque :
stressé, contrarié, courroucé. Tout l'open space
est désormais électrique.
Les psychologues Elaine Hatfield, John Cacioppo et Richard Rapson
l'ont théorisé dès 1994 dans leur ouvrage Emotional
Contagion : nous imitons inconsciemment les expressions
faciales, la posture et le ton de voix des personnes qui nous
entourent, et cette mimique déclenche en nous les émotions
correspondantes. Un mécanisme automatique, présent dès la
naissance, que les hiérarchies de travail n'ont fait
qu'amplifier.
Le patron donne le "la"
La chercheuse Sigal Barsade a testé cette théorie en conditions de laboratoire dans une étude largement utilisée dans le management, The Ripple Effect, publiée en 2002 dans Administrative Science Quarterly. Elle a fait travailler des groupes sur des décisions managériales, avec à chaque fois un acteur formé chargé d'exprimer une humeur précise, positive ou négative. En conclusion, l'humeur du confédéré se retrouvait mesurable chez les autres participants, aussi bien par leurs propres déclarations que par l'évaluation d'observateurs extérieurs qui ne savaient rien du dispositif.
Plus frappant encore, cette contagion ne s'arrêtait pas au ressenti individuel. Quand l'humeur diffusée était positive, les groupes coopéraient davantage, réduisaient leurs conflits et jugeaient leur propre performance meilleure. L'étude montre ainsi qu'une seule personne, en particulier lorsqu'elle occupe une position d'autorité, peut faire basculer la dynamique collective entière, dans un sens comme dans l'autre !
Le corps du chef parle avant sa bouche
Les neurosciences confirment ce constat avec des outils plus fins que le simple questionnaire. Une revue publiée en 2024 dans Frontiers in Integrative Neuroscience, Neurophysiological markers of asymmetric emotional contagion, signée par Sarah Boukarras et son équipe, recense les travaux qui mesurent directement l'activité cérébrale et physiologique de plusieurs personnes en interaction. Or, chez des groupes en pleine prise de décision, les chercheurs ont observé qu'un individu au statut élevé peut faire varier, quelques secondes plus tard, l'activité du système nerveux sympathique de ses interlocuteurs. Un effet mesuré indépendamment de tout mot prononcé.
Les auteurs soulignent aussi que ce transfert circule plus souvent en partant de la personne qui exprime l'émotion la plus intense, statut ou pas. Un manager stressé, tendu ou irritable devient donc, biologiquement parlant, un émetteur puissant. Son système nerveux entraîne littéralement celui de son équipe dans son sillage, bien avant que quiconque n'ait eu le temps d'en parler.