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Les frites seront plus petites dans les prochains mois: entre sécheresse, chaleur et surproduction, la récolte française de pommes de terre s'annonce très mauvaise en 2026

Les frites seront plus petites dans les prochains mois: entre sécheresse, chaleur et surproduction, la récolte française de pommes de terre s'annonce très mauvaise en 2026

Publié aujourd'hui à 06h59

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Selon les dernières estimations du ministère de l'Agriculture, les producteurs français devraient récolter 6,5 millions de tonnes de pommes de terre de consommation (hors primeurs et nouvelles) en 2026, en chute de plus de 21% par rapport à l'année précédente.

Coup d'arrêt brutal pour les patates tricolores. Après avoir volé de record en record, la production française de pommes de terre devrait dégringoler en 2026 avec une récolte estimée à 6,5 millions de tonnes, selon les dernières prévisions du ministère de l'Agriculture pour la pomme de terre de consommation (hors primeurs et nouvelles). Amoindrie de 1,8 million de tonnes, elle chuterait ainsi de 21,5% par rapport à l'année précédente, où elle avait atteint son plus haut niveau depuis 30 ans.

La production française de pommes de terre affichait jusqu'à présent une forme olympique, faisant grossir les volumes d'année en année –elle a quasiment doublé entre 1995 et 2025. Mais après une série de très belles récoltes, les producteurs ont été confrontés à une crise de surproduction en 2025, qui avait entraîné une forte chute des prix et poussé bon nombre d'entre eux à réduire la place occupée par les patates dans les champs. Selon les estimations du ministère de l'Agriculture, 166.000 hectares ont été cultivés en 2026, soit une baisse de plus de 13% d'une saison à l'autre.

"Ce sont les industriels transformateurs –notamment belges– qui tiraient la demande en pommes de terre françaises depuis plusieurs années, afin d'alimenter un marché mondial des frites en forte croissance", mais "de nouveaux concurrents" inattendus ont émergé dans le paysage, dont la Chine, explique Bertrand Ouillon, délégué général du Groupement interprofessionnel pour la valorisation de la pomme de Terre (GIPT).

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Les Français ne s'étaient en effet pas pris d'une passion inexplicable pour les patates. Face à une demande mondiale toujours plus importante pour les pommes de terre transformées, et notamment pour les frites surgelées, elles-mêmes dopées par l'essor de la restauration rapide et de la consommation à domicile, l'industrie agroalimentaire réclame de grands volumes. Et les Belges sont les premiers à lorgner nos patates: depuis le tournant des années 2000, la Belgique a construit un vaste écosystème de la transformation des pommes de terre, la hissant au rang de géant mondial des frites.

Les appétits belges ont dynamisé la production française à partir des années 2010 –la moitié de nos exportations de pommes de terre part aujourd'hui vers la Belgique– qui s'est encore accélérée ces dernières années, à la faveur de projets industriels portés par des géants belges des frites dans les Hauts-de-France. Les producteurs français se sont mis à la tâche pour satisfaire la demande, d'autant plus qu'ils avaient observé des baisses de rentabilité dans d'autres cultures, notamment céréalières.

La Chine et l'Inde grignotent des parts de marché

Or, en 2025, les transformateurs européens ont été chahutés par les droits de douane imposés par Donald Trump à l'entrée d'un marché américain crucial, par la faiblesse du dollar contre l'euro qui a renchéri le coût de leurs exportations, mais aussi par l'arrivée de nouveaux concurrents asiatiques, la Chine et l'Inde. Les deux plus gros producteurs mondiaux de pommes de terre consacraient jusqu'à présent la transformation à leurs marchés intérieurs.

Mais "ils ont commencé à exporter leurs frites depuis trois ou quatre ans", prenant des parts de marché aux industriels européens en Asie du Sud-Est et au Moyen-Orient, et "on ne s'y attendait pas", souligne Bertrand Ouillon.

Au moment où les industriels du Vieux continent voyaient leurs coûts de production gonfler dans le sillage de la crise sanitaire et de la guerre en Ukraine, leurs rivaux chinois et indiens "sont arrivés sur le marché avec des produits moins chers et de bonne qualité, dans les standards européens", poursuit le représentant du GIPT. Le marché mondial des frites surgelées "est toujours en croissance", sauf que les transformateurs européens "ne sont plus les seuls" à en profiter, souligne-t-il.

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Alors que les usines européennes de frites cherchaient jusqu'alors à produire toujours plus, tirant les prix à des sommets historiques, la situation s'est retournée en 2025 et les industriels ont revu à la baisse les volumes contractualisés auprès des producteurs français pour la saison 2026. La plupart des patates sont vendues via des contrats conclus avant la récolte mais, sur le marché libre, la tiédeur industrielle couplée à une production record a fait plonger les prix. Le prix au stade expédition d'une tonne de pommes de terre "fritables" de la variété Fontane –très utilisée en industrie– s'élevait entre 160 et 175 euros au début du mois d'avril 2025, contre 350 euros en 2024 et 300 euros en 2023 à la même période, selon les données de FranceAgriMer.

"Entre septembre 2025 et septembre 2026, pléthore de producteurs ne trouvaient plus d'acheteurs pour leurs patates. Au-delà des volumes contractualisés, elles ne valaient rien sur le marché libre", appuie Bertrand Ouillon.

Dans ce contexte, les producteurs français ont réduit les surfaces cultivées pour la saison suivante. Mais cette baisse des surfaces n'est pas la seule explication à la mauvaise récolte attendue en 2026: la sécheresse et la chaleur qui ont rythmé les derniers mois se sont aussi ajoutées à l'équation. Le rendement de la récolte 2026 est actuellement estimé à 39,5 tonnes à l'hectare par le ministère de l'Agriculture, soit une baisse de plus de 9% par rapport à 2025, amplifiant l'effet de la baisse des surfaces.

Outre le rendement affaibli, chaleur et sécheresse sont aussi responsables de patates un peu plus petites dans les champs. Or, la fabrication de frites réclame des pommes de terre longues.

"Personne ne veut d'une frite de 3 centimètres dans son cornet", note Bertand Ouillon, même si "on aura globalement des frites plus courtes cette année".

Dans un bilan publié sur Linkedin, la fédération des négociants en pommes de terre et oignons (Fédépom) confirme "une proportion plus importante de petits et moyens calibres" et des disponibilités "plus contraintes" pour les calibres supérieurs à 50 millimètres, appelant à une "adaptation temporaire des critères de calibre".

Si la production française a appuyé sur le frein en 2026, les perspectives restent toujours encourageantes pour les années à venir, nuance une source au sein de la filière. Dans le nord de la France, les chantiers de construction de nouvelles usines n'ont pas encore pris de pause (et le monde a toujours autant envie de manger des frites).