Les Etats-Unis interdisent les robots aspirateurs Roomba vus comme une menace pour la sécurité et privent leurs startups de matériel étranger à prix abordable, ce qui pourrait freiner l'innovation aux USA
L'organisme de régulation américain en charge (FCC) a étendu sa liste noire d'équipements (la Covered List) aux « appareils robotiques avancés » de fabrication étrangère et cible donc les robots humanoïdes et les robots dits aspirateurs (comme les Roombas), de fabrication étrangère. Le gouvernement américain évoque la nécessité d’assurer la sécurité de ses citoyens. De l’autre côté, la mesure prive ses startups de matériel étranger à prix abordable, ce qui est susceptible de freiner l’innovation sur le sol américain.
FACT SHEET —Today, the FCC updated its Covered List to include two new categories of devices—“advanced robotic devices” (defined as mobile robots, such as humanoids and quadrupeds) and, separately, connected power inverters produced in foreign countries.
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— FCC (@FCC) July 28, 2026
MIT Technology Review a révélé comment des robots Roomba, de fabrication chinoise, collectent des photos et des vidéos au domicile d'utilisateurs et d'employés, puis les partagent avec des sociétés d'annotation de données.
Les aspirateurs-robots haut de gamme sont de plus en plus souvent équipés de caméras qui leur permettent non seulement d'éviter les obstacles, mais aussi de les identifier afin d'optimiser toujours mieux leur stratégie de nettoyage. Sur certains modèles, il est aussi possible d'accéder à la caméra à distance pour vérifier ce qu'il se passe dans la maison. Bien entendu, le bon sens voudrait qu'aucune personne extérieure au domicile ne puisse accéder aux images, du moins sans autorisation de l'utilisateur.
Pourtant, une femme a été exposée sur les réseaux sociaux alors qu'elle était aux toilettes. L'image en question, prise à hauteur de pieds, a été réalisée par le Roomba j7 d'iRobot. D'autres clichés ont d'ailleurs été diffusés dans la foulée.
C'est ainsi que lorsque Greg a déballé un nouvel aspirateur robot Roomba en décembre 2019, il pensait savoir dans quoi il s'embarquait. Il autoriserait la version de test de préproduction de l'appareil de la série Roomba J d'iRobot à se déplacer dans sa maison, le laisserait collecter toutes sortes de données pour aider à améliorer son intelligence artificielle et fournirait des commentaires à iRobot sur son expérience utilisateur.
Il avait déjà fait tout cela auparavant. En dehors de son travail quotidien d'ingénieur dans une société de logiciels, Greg testait des produits en version bêta depuis une décennie. Il estime avoir testé plus de 50 produits au cours de cette période, des baskets aux caméras domestiques connectées. « J'aime vraiment ça », confie-t-il. « L'idée est que vous appreniez quelque chose de nouveau et, espérons-le, que vous soyez impliqué dans l'élaboration du produit, qu'il s'agisse de créer une version de meilleure qualité ou de définir des caractéristiques et des fonctionnalités ».
Mais ce que Greg ne savait pas (d'ailleurs, il ne pense pas y avoir consenti) c'est qu'iRobot partagerait les données des utilisateurs de test dans une chaîne d'approvisionnement de données mondiale tentaculaire, où tout (et chaque personne) capturé par les caméras frontales des appareils pourraient être vus, et peut-être annotés, par des sous-traitants mal payés en dehors des États-Unis qui pourraient capturer et partager des images à leur guise.
Greg, qui a demandé à être identifié uniquement par son prénom, car il a signé un accord de non-divulgation avec iRobot, n'est pas le seul testeur à se sentir consterné et trahi.
La liste de cas d’atteinte à la vie privée par des robots aspirateurs est fournie
Le piratage mondial des aspirateurs DJI (février 2026) : Un ingénieur a découvert par hasard, en voulant connecter son appareil à une manette de jeu, qu'une faille dans les serveurs lui donnait accès aux flux de caméras, aux micros et aux plans des maisons via 7 000 robots DJI Romo dans 24 pays.
Le détournement des robots Ecovacs (fin 2024 - début 2025) : Des pirates ont exploité des vulnérabilités de sécurité sur des modèles Ecovacs Deebot pour espionner les foyers à distance, allant jusqu'à utiliser les haut-parleurs intégrés pour proférer des insultes aux utilisateurs en pleine nuit.
La vulnérabilité de l'application Dreame (août 2025) : Une faille de configuration dans l'application mobile de la marque Dreame a exposé des informations personnelles d'utilisateurs et des données sur la localisation des domiciles.
Ces interdictions sont néanmoins de nature à priver les chercheurs et startups américaines de matériel étranger à prix abordable, ce qui pourrait freiner l’innovation aux USA
L'interdiction des robots fabriqués à l'étranger pourrait, en théorie, inciter davantage d'entreprises américaines et étrangères à implanter des sites de production aux États-Unis. Plusieurs entreprises se livrent déjà à une course effrénée pour intensifier la production de robots humanoïdes dans des usines américaines, notamment Agility Robotics, 1X Technologies et Figure AI. Tesla tente quant à elle de réorienter sa production, en délaissant ses anciens modèles de véhicules électriques au profit de son robot humanoïde Optimus. Boston Dynamics fabrique déjà son robot humanoïde Atlas, ainsi que son robot à quatre pattes Spot et son robot à roues Stretch, sur son site principal de Waltham, dans le Massachusetts. L'entreprise américaine de robotique prévoit également d'augmenter massivement la production du robot Atlas sous l'égide du constructeur sud-coréen Hyundai Motor Company, qui a acquis la totalité du capital de Boston Dynamics en juillet 2026.
Cependant, plusieurs chercheurs et analystes en robotique interrogés par The Robot Report ont exprimé leur scepticisme quant à un éventuel renforcement de la compétitivité américaine dans ce domaine. Certains ont même averti que cette interdiction pourrait s'avérer contre-productive pour les efforts américains visant à développer des robots humanoïdes. « À court terme, cette mesure pourrait freiner l’innovation américaine en matière d’IA physique en privant les startups et les chercheurs d’accès aux futures plateformes chinoises à bas coût avant que des alternatives occidentales comparables n’existent », a déclaré Georg Stieler, conseiller international en robotique et directeur général pour l’Asie chez Stieler Technology & Market Advisory, lors d’un entretien avec The Robot Report.
La production nationale américaine de robots est à la traîne par rapport à la Chine en termes de fabrication de masse à moindre coût, a déclaré Rueben Scriven, analyste senior chez Interact Analysis. « Cette annonce risque davantage de freiner l’industrie américaine de la robotique humanoïde, car la présence de robots humanoïdes chinois à bas prix a contribué à sensibiliser le marché américain grâce à des cas d’utilisation à des fins promotionnelles et de divertissement — un effet que cette politique risque de compromettre », a déclaré M. Scriven à The Robot Report.
Source : FCC (Covered List) – liste des robots et onduleurs de fabrication étrangère bannis
Et vous ?
Qui des USA ou de la Chine sortira vainqueur de cette mesure d’interdiction des robots par la FCC ? Lequel des deux pays a le plus à gagner (ou à perdre) dans ce contexte ?
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