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Les États-Unis avaient déclaré Bikini habitable, puis les habitants ont dû repartir huit ans plus tard

En 1969, les autorités américaines estiment que Bikini peut être réhabilité. Des familles reviennent alors sur cet atoll marqué par les essais nucléaires. Mais lorsque les cocotiers recommencent à produire, une menace invisible apparaît dans leur alimentation. Comment une telle erreur a-t-elle été possible ?

Famille de Bikini préparant des noix de coco près du lagon après le retour des habitants sur l’atoll dans les années 1970.
À Bikini, le retour des familles dans les années 1970 s’accompagne d’une reprise des cultures, avant que la contamination radioactive des aliments locaux ne soit pleinement révélée – DailyGeekShow.com / Image Illustration

En 1946, 167 habitants quittent leur île pour laisser place à une expérience nucléaire géante

Au début de 1946, les 167 habitants de Bikini apprennent qu’ils doivent abandonner temporairement leur atoll. L’armée américaine veut y tester l’effet de bombes atomiques sur des navires. Dans le lagon, une flotte de plus de 90 bâtiments attend, transformant ce décor tropical en laboratoire militaire grandeur nature.

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Le 1er juillet, l’essai Able explose dans les airs. Le 25 juillet, Baker détonne sous l’eau et projette une colonne gigantesque chargée de matériaux radioactifs. Entre 1946 et 1958, les États-Unis testent finalement 23 engins nucléaires à Bikini. Plusieurs épaves de Crossroads reposent encore au fond du lagon.

Après vingt ans d’exil, Washington prépare un retour qui semble enfin tourner la page

Le temps passe, mais l’exil présenté comme provisoire s’éternise. Les Bikiniens connaissent plusieurs déplacements et vivent notamment sur Kili, une île très différente de leur territoire ancestral. Puis l’espoir revient : en octobre 1969, les autorités américaines jugent Bikini sûr pour sa réhabilitation. Les équipes lancent alors le nettoyage et les plantations.

Quelques familles reviennent progressivement au début des années 1970. Elles reconstruisent des maisons, relancent les cultures et voient grandir les cocotiers nouvellement plantés. Après presque un quart de siècle loin de chez elles, elles retrouvent enfin le lagon. Pourtant, le danger ne se trouve plus seulement dans la terre.

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Car la question décisive concerne la chaîne alimentaire. Les sols coralliens de Bikini rendent le césium 137 particulièrement disponible pour certaines plantes. Les racines des cocotiers absorbent ce radionucléide, qui atteint ensuite les fruits puis l’organisme des personnes qui les consomment régulièrement.

Les cocotiers commencent à donner des fruits, et les chiffres deviennent soudain inquiétants

Les contrôles menés au cours des années 1970 montrent progressivement que les autorités ont sous-estimé la contamination. Dès 1975, les relevés signalent une radioactivité supérieure aux prévisions. À mesure que les habitants consomment davantage d’aliments locaux, leur exposition interne augmente, notamment à travers les produits issus du cocotier.

Le constat devient impossible à ignorer. Entre 1974 et 1978, les mesures indiquent que la quantité moyenne de césium 137 dans l’organisme des adultes de Bikini est multipliée par environ vingt. Les chercheurs attribuent cette hausse spectaculaire à la consommation croissante de nourriture locale, en particulier les noix de coco et leurs dérivés.

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En août 1978, un second départ transforme le retour tant attendu en nouvel exil

Au printemps 1978, les niveaux de césium 137 et de strontium 90 continuent d’augmenter. Les autorités prennent alors une décision brutale : les habitants doivent repartir. En août, environ 140 personnes quittent l’atoll, principalement pour Kili et Ejit. Le retour promis quelques années plus tôt provoque ainsi un deuxième déracinement.

L’histoire pourrait sembler appartenir à un passé révolu. Pourtant, des chercheurs de l’université Columbia ont encore mesuré au XXIe siècle une contamination persistante à Bikini. Lors de campagnes récentes, ils ont trouvé du césium 137 dans des fruits, parfois à des niveaux supérieurs à plusieurs normes internationales appliquées aux aliments.

Bikini reste aujourd’hui l’un des symboles les plus saisissants de l’héritage nucléaire de la guerre froide. L’UNESCO a classé l’atoll au patrimoine mondial, et son lagon attire les plongeurs venus observer ses épaves. Pendant ce temps, les habitants et leurs descendants vivent toujours loin de leur terre ancestrale. Un paradis peut retrouver ses couleurs en surface. Mais qui peut réparer ce que la radioactivité a laissé dans les racines ?

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