« Les enfants lisent beaucoup moins » : Florence Bouyssi, présidente d’une association d’aide aux devoirs à Menton, alerte sur leur niveau scolaire
Les résultats de l’enquête internationale PISA 2025, publiée le 8 septembre par l’OCDE, sont préoccupants pour le système éducatif français, avec des performances parmi les plus faibles jamais enregistrées en mathématiques, en sciences et en compréhension de l’écrit. Sur le terrain, Florence Bouyssi est confrontée chaque semaine aux difficultés scolaires des enfants. Depuis six ans, la présidente de l’Accompagnement éducatif région mentonnaise (AERM) les accompagne bénévolement, notamment en lecture, écriture, orthographe et compréhension.
Pas vraiment. On constate parfois des réponses assez hallucinantes. Globalement, le niveau est faible, notamment en orthographe. Il y a aussi un décalage important entre l’oral et l’écrit : certains enfants comprennent assez bien une question lorsqu’on la leur pose oralement, mais sont incapables d’écrire correctement la réponse. Ils ont également beaucoup de difficultés à résumer un texte et à identifier ce qui est important.
Il faut toutefois préciser que nous ne sommes pas représentatifs de l’ensemble des élèves : nous accueillons surtout des enfants qui rencontrent déjà des difficultés.
Quelles sont aujourd’hui les principales difficultés que vous observez chez les jeunes que vous accompagnez ?
Pour beaucoup, ce sont la lecture, l’écriture et la compréhension. Certains comprennent ce qu’ils lisent mais ne savent pas le retranscrire par écrit.
Menton est une ville frontalière. Est-ce que cela crée des particularités dans les difficultés que vous rencontrez ?
Oui, absolument. Nous avons beaucoup d’enfants qui arrivent d’Italie, mais aussi des enfants maghrébins qui ont vécu en Italie avant de venir en France, ainsi que des enfants ukrainiens qui parlent ukrainien et russe.
Pour les enfants qui arrivent au collège sans parler français, il existe des classes spécifiques où ils peuvent apprendre la langue pendant un ou deux ans avant d’intégrer le parcours normal. À l’école primaire, ces classes n’existent pas. Les enfants sont directement intégrés dans les classes ordinaires, ce qui peut créer de grosses difficultés lorsqu’ils ne comprennent pas le français. Paradoxalement, il peut donc être plus facile pour eux d’arriver en France plus tard.
Selon vous, faudrait-il donc créer des classes spécifiques également dans les écoles primaires ?
Oui, absolument. Ce serait nécessaire pour permettre à ces enfants d’apprendre le français avant d’être intégrés dans le parcours scolaire classique.
Êtes-vous favorable au redoublement ?
Oui, absolument. Quand un enfant arrive en CE2, il doit savoir lire et écrire. S’il n’en est pas capable, je pense qu’il doit redoubler. Je suis clairement favorable au redoublement dans ce cas.
Selon vous, les difficultés viennent-elles plutôt de l’école ou d’un manque de soutien des familles ?
Il y a un peu de tout. Je suis notamment frappée par le nombre de fois où les enfants me disent qu’ils n’ont pas eu cours parce que leur professeur était absent, en formation ou en grève.
Mais il y a aussi le problème des familles. À Menton, beaucoup de parents sont étrangers et, dans certaines familles, on ne parle pas français à la maison. Les enfants peuvent donc manquer d’accompagnement dans cette langue.
Le ministère de l’Education évoque également l’utilisation croissante des écrans et des réseaux sociaux. Est-ce quelque chose que vous constatez chez les enfants que vous accompagnez ?
Oui. Les enfants lisent beaucoup moins et sont très peu attirés par les livres. Les réseaux sociaux et les textos, souvent très mal écrits, ne les aident pas non plus à améliorer leur orthographe et leur grammaire.
Le rôle des parents est donc important dans la réussite scolaire ?
Pour moi, il est primordial. Les parents ont d’abord un rôle éducatif, mais ils doivent aussi donner l’exemple. Si, à la maison, les enfants voient leurs parents constamment devant des écrans et jamais avec un livre ou un journal, cela ne favorise pas la lecture.
Les enfants imitent ce qu’ils voient. Le goût du livre et de la lecture doit être transmis très tôt.
Vous avez également évoqué les classes très hétérogènes. Est-ce un problème important selon vous ?
Oui. Je pense qu’il est très difficile pour un enseignant de faire cours à une classe de 30 élèves avec des niveaux très différents, notamment lorsque certains ne parlent presque pas français ou présentent des difficultés particulières. Il faudrait, selon moi, avoir moins d’élèves par classe et davantage de groupes de niveau.
Dans ce contexte, quel rôle une association comme la vôtre peut-elle jouer ?
DR
Nous pouvons aider concrètement un enfant. En général, un bénévole accompagne un élève pendant une heure, sur une matière, le plus souvent le français ou les mathématiques.
Une heure de lecture avec un enfant qui ne lit jamais dans la semaine, c’est déjà une heure de gagnée. À l’école, quand un professeur fait lire un élève dans une classe de 30, les 29 autres ne lisent pas. Nous pouvons donc apporter un accompagnement plus individuel.
Combien de bénévoles comptez-vous aujourd’hui et combien d’élèves accompagnez-vous ?
Nous sommes une vingtaine et l’année dernière, nous avons accompagné une trentaine d’enfants. Nous avons également une activité de français langue étrangère pour les adultes, qui a concerné environ 60 personnes l’année dernière.
Les familles doivent-elles payer pour bénéficier de l’aide aux devoirs ?
Tout est gratuit, à l’exception de la cotisation annuelle. Pour les enfants, elle est de 10 euros pour le premier enfant et de 5 euros pour les autres enfants d’une même fratrie. Pour les adultes qui suivent les cours de français langue étrangère, la cotisation est de 15 euros par an. Nous n’avons aucun salarié : nous sommes tous bénévoles.
Vous êtes présidente depuis quatre ans et bénévole depuis six ans. Quelle est votre plus grande satisfaction dans cet engagement ?
C’est d’avoir de bonnes relations avec les élèves, qu’il s’agisse des enfants ou des adultes. Quand un enfant est content, qu’il a compris quelque chose ou qu’il a retenu ce qu’on lui a appris, c’est très satisfaisant.
Et lorsqu’il revient l’année suivante et qu’il me dit : « J’espère que c’est vous que j’aurai cette année », c’est encore plus gratifiant.
Comment adhérer à l’AERM ?
Pour rejoindre l’AERM en tant que bénévole ou simplement obtenir des informations sur le déroulement de ses activités, vous pouvez envoyer un mail à [email protected] ou envoyer un SMS au 06 03 35 96 35.