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Les élus tournaisien visitent la prison : "Il y a une réalité que les citoyennes et les citoyens ne visualisent pas"

Johakim Chajia, chef de file Ecolo, a fait en sorte que cette visite (de deux heures environ) puisse avoir lieu. Au côté de membres de la commission de surveillance de la prison, tous les groupes politiques du conseil communal de Tournai étaient représentés : des élus du MR, du PS, des Engagés et d'Ecolo (le PTB était excusé). "Ce n'est pas anodin : sur ce dossier, au-delà de nos différences, nous partageons un même constat de terrain", insiste M. Chajia.

Ce constat se résume à quelques chiffres : la prison de Tournai fonctionne aujourd'hui à près de 145 % de sa capacité théorique. Un bâtiment de 1868, prévu pour 185 détenus, en accueille aujourd'hui plus de 260. "Concrètement, cela veut dire des cellules de 9 mètres carrés où trois hommes vivent 22 heures sur 24, l'un d'entre eux à même le sol sur un matelas. Dont certains n'ont pas de toilettes pour faire leurs besoins", déplore Johakim Chajia.

Conditions de détention épouvantables dans la prison de Tournai : "9m2 pour trois détenus, c'est ce que Gaia a obtenu pour un animal de cirque"

Tout le monde est d'accord pour dire que cette situation met en danger tant les détenus ("dont la dignité et la santé, mentale en particulier, se dégradent") que le personnel pénitentiaire. "Celui-ci gère chaque jour les tensions que cette promiscuité génère, avec des effectifs qui n'ont pas suivi la hausse de la population carcérale".

Or, le Comité européen pour la prévention de la torture confirmait encore la semaine dernière au niveau national que la surpopulation carcérale en Belgique est un problème structurel, "contribuant à dégrader les conditions de détention et de travail, et qui expose à des risques de traitements inhumains et dégradants".

Quentin Huart (PS) avait le sentiment de se trouver dans un autre monde à l'intérieur de l'établissement pénitentiaire. "Il y a une réalité que les citoyennes et les citoyens ne visualisent pas ou ne prennent pas en considération. On demande aussi, en plus des lits et des espaces complémentaires, qu'il y ait un accompagnement à la hauteur du nombre de personnes incarcérées ici. Car il y a un sous-effectif structurel et permanent ici". Le conseiller communal est resté sur sa faim ce vendredi : "On nous a montré de belles choses, celles qu'on pouvait voir, mais on n'a pas touché au cœur du réacteur, c'est-à-dire les cellules. Il y a un problème de transparence dans le chef de l'administration qui devait selon moi être en capacité de nous montrer une cellule dans laquelle vivent les détenus. On n'a rien vu de cette réalité."

Simon Petit (Les Engagés) dit avoir été touché par le côté humain de la visite. "Des gens sont effectivement punis pour ce qu'ils ont fait mais un grand nombre d'entre eux veulent essayer de se réinsérer, de se reconstruire. Malgré une politique assez stricte à l'intérieur, de tolérance zéro, on ressent cette approche humaine pour ceux qui veulent bien saisir leur chance".

Clément Glorieux (MR) dit avoir eu l'impression de découvrir ce qu'il appelle un monde parallèle. "Notre attention a été attirée par l'aile A, où l'on compte jusqu'à trois prisonniers par cellule, dans des conditions parfois limites. Il faudrait investir pour améliorer les choses dans le sens de la dignité humaine des prisonniers, et ça aura de surcroît un impact sur le confort du personnel".

Jean-Pierre Grégoire, président de la commission de surveillance, qui connaît bien la prison de Tournai pour la fréquenter plus ou moins régulièrement, estime que l'initiative du conseil communal est positive. "Les commissions de surveillance de toutes les prisons belges trouvent utile et important de faire connaître à l'opinion publique, au monde réel donc, ce qui se passe dans ces institutions d'enfermement aujourd'hui en 2026".

Constat alarmant de la commission de surveillance de la prison de Tournai

Une des missions de la commission, rappelle-t-il, est d'approcher les détenus et de veiller à la dignité de leurs conditions de détention. "L'initiative du conseil communal est très intéressante parce que nous sommes convaincus que parler de la prison à l'opinion publique peut faire modifier la représentation que peuvent en avoir les gens. Beaucoup de personnes pensent encore que la punition a lieu dans un hôtel 4 étoiles. Si on veut modifier le système carcéral, je pense quie c'est une des pistes que les politiques doivent suivre".

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