Les dix périls climatiques auxquels la Belgique doit s'adapter
Comment la Belgique peut-elle mieux s'adapter aux conséquences du dérèglement climatique ? C'est la question soulevée par l'étude "Be-Adapt" réalisée à la demande du Service Changements climatiques du SPF Santé publique.
L'analyse pointe dix dangers majeurs et les décline en six risques prioritaires et quatre risques additionnels. Elle y ajoute les mesures que le niveau fédéral pourrait déployer et qui permettraient d'y faire face, de s'y adapter. Cette étude constitue d'ailleurs une contribution au futur Plan fédéral d'adaptation 2027-2031.
"Il s'agit d'une analyse factuelle, dit-on au SPF Santé. Mais cela ne préjuge pas des mesures qui seront retenues, ça, c'est le rôle du politique."
C'est donc le ministre du Climat qui soumettra les propositions formulées aux administrations fédérales afin d'évaluer notamment leur coût et leur faisabilité opérationnelle.
Pour le SPF Santé publique, il s'agit de mesures "réalistes et pragmatiques", mais pas un totem d'immunité. "Il s'agit plutôt d'une base minimale pour rendre acceptables les conditions de vie par rapport à ce qui nous attend." Voici quelques grandes lignes de ce rapport de 270.
L'été caniculaire pourrait coûter à la Belgique 6 milliards en productivité et ce n'est que le débutAssurances débordées
Les inondations de 2021 en ont été un "bel" exemple : les assurances ont dû décaisser une bonne part des 5,2 milliards nécessaires pour réparer les dégâts. Elles avaient alors prévenu qu'elles ne pourraient faire face deux fois à un tel choc. L'étude le confirme : la fréquence croissante et la sévérité des inondations menacent la soutenabilité du système d'assurance. Déjà aujourd'hui, dans les zones à risque, les assurances peuvent refuser de couvrir les nouvelles constructions. Pistes de solution ? Permettre la certification de travaux de réduction du risque par les propriétaires (ex. protections anti-crue) afin de garantir leur assurabilité. Fixer des exigences minimales de préparation et de gestion des inondations pour les plans d'urgence communaux pourrait aussi faciliter l'assurabilité ou en réduire le coût.
Coup de chaud pour la santé
Là aussi la Belgique l'a expérimenté récemment : le stress thermique est identifié comme le principal risque sanitaire lié au climat. Dans un scénario de réchauffement modéré, cela conduirait à plus de 1 000 décès par an. Avec des disparités et inégalités selon les individus (professions exposées, malades chroniques, personnes âgées,...). La parade ? intégrer les paramètres climatiques dans l'évaluation des risques en entreprise, rénover les bâtiments (fédéraux dans le cas présent) en tenant compte des aléas climatiques, élaborer des aménagements techniques (horaires,..) et un système d'alerte.
Le dérèglement climatique altère aussi la santé mentale de façon directe et indirecte. Les vagues de chaleur exacerbent les troubles psychiatriques existants et augmentent les taux d'hospitalisation, relève l'étude. Les catastrophes soudaines comme les inondations provoquent des traumatismes durables, des dépressions et des états de stress post-traumatique. Voilà esquissé à gros traits le risque pour la santé mentale.
La réponse ? Anticipation et continuité des soins : il faut effectuer un repérage et un suivi des individus avec des antécédents psychiatriques et permettre un soutien psychologique dès le début d'une crise, en s'appuyant sur des équipes mobiles.
Les événements climatiques peuvent aussi menacer la continuité des systèmes de soins, particulièrement les hôpitaux s'ils devaient être touchés. Traduire les bulletins météo en consignes opérationnelles de préparation, former le personnel et sécuriser les stocks stratégiques (médicaments,...) est une des réponses à construire.
Plus largement que la santé, alerte l'étude, les chocs climatiques aggravent les inégalités sociales en frappant plus durement les populations vulnérables. Anticipation pour prévenir ces publics et protection sociale réactive au climat ("shock-responsive") amortiraient les chocs.
Énergie sous tension
les infrastructures énergétiques sont en premières lignes face aux événements climatiques. Surcharges thermiques sur les lignes avec risque de black-out en cascade, destruction des infrastructures par les tempêtes et inondations, distribution d'eau perturbée,... La liste des joyeusetés promises par un climat qui se déglingue est longue. Le Fédéral doit donc proposer des "objectifs de résilience sectoriels".
On y ajoute les risques pour les infrastructures de transport, la sécurité alimentaire, le déplacement interne de populations (sinistrées), la multiplication de maladies vectorielles (les premiers cas humains touchés par virus du Nil l'ont illustré cet été), et on comprend bien que faute d'avoir pris les mesures pour l'enrayer, le réchauffement climatique va coûter cher. Mais ne pas s'y adapter coûterait encore plus. Le rapport souligne ainsi que les dommages économiques liés aux changements climatiques en Belgique pourraient atteindre 5 % du PIB d'ici 2050.
Chaleur, pollution et incendie ont exposé la population mondiale à des niveaux nocifs
La combinaison de la chaleur extrême et de la pollution atmosphérique a exposé, en 2026, des milliards d'êtres humains, près de 40 % de la population mondiale, à des concentrations dangereuses d'ozone, révèle une analyse réalisée par le Service de surveillance de l'atmosphère "Atmosphere Watch" du programme européen Copernicus (CAMS), basé sur des millions d'observations, notamment satellitaires.
L'ozone troposphérique (situé dans la basse atmosphère), nocif pour la santé humaine et les écosystèmes, se forme lorsque des polluants précurseurs, comme les oxydes d'azote (NOx), réagissent sous l'effet du rayonnement solaire dans des conditions météorologiques favorables, par exemple lors de vagues de chaleur. L'Asie, où 90 % de la population est exposée à des niveaux d'ozone jugés "médiocres", "très médiocres" voire "extrêmement médiocres", apparaît comme la région la plus touchée par cette pollution au cours des 8 premiers mois de l'année, devant l'Europe et l'Amérique du Nord. En Europe, malgré des "améliorations significatives" ces dernières décennies, grâce à la directive sur la qualité de l'air, 50 % de la population a été exposée à des niveaux d'ozone "médiocres", "très médiocres" ou "extrêmement médiocres".
"Les vagues de chaleur répétées en Europe ont contribué à une exposition importante à l'ozone pendant les mois d'été, illustrant ainsi le lien de plus en plus étroit entre les phénomènes climatiques extrêmes et la qualité de l'air", souligne le CAMS qui rappelle que "l'ozone, en tant que polluant secondaire, reste un défi mondial particulièrement complexe, influencé par la température et le rayonnement solaire, ainsi que par sa longue durée de vie dans l'atmosphère". Les précurseurs à l'ozone troposphérique sont principalement liés à l'activité humaine comme le transport ou l'industrie. "Tout cela souligne la nécessité urgente d'une action à l'échelle mondiale, fondée sur des preuves scientifiques, pour la qualité de l'air, menée en parallèle des actions pour le climat. Cela n'est possible qu'en utilisant le type de données en temps quasi réel mises en avant aujourd'hui par le Service Copernicus de surveillance de l'atmosphère", estime la directrice du CAMS, Laurence Rouil.
La première édition de l'analyse "Atmosphere Watch" a également examiné, au cours des huit premiers mois de 2026, deux autres phénomènes : les fumées dues aux feux de forêt et la poussière des déserts. Des événements, à l'instar de l'ozone troposphérique, qui ont nui à la qualité de l'air sur divers continents et illustrent à quel point "la pollution atmosphérique ne connaît pas de frontières".
Fumées canadiennes en Europe
Les fumées générées par les incendies de forêts peuvent parcourir des milliers de kilomètres. Le rapport "Atmosphere Watch" met ainsi en évidence d'importants épisodes de transport à longue distance de panaches de fumée provenant, par exemple, des feux de forêt au Canada en 2026, certains ayant traversé l'Atlantique pour atteindre des régions d'Europe, où ils ont contribué à une augmentation des concentrations de particules fines (PM2,5).
Les "méga-incendies" en France, en Espagne et en Belgique ont aussi donné lieu à un transport intense de fumée, avec des répercussions sur la qualité de l'air à des centaines de kilomètres de leur origine.
Par ailleurs, la poussière du Sahara s'est à plusieurs reprises propagée bien au-delà de l'Afrique du Nord. Le CAMS a encore suivi d'importants épisodes transfrontaliers transportant de la poussière depuis l'Afrique de l'Ouest vers l'Atlantique Nord, jusqu'au Cap-Vert et les îles Canaries et transportant même de la poussière au-delà de l'Atlantique en direction des Caraïbes.
La bombe des océans polaires qui se réchauffent
Le changement climatique transforme rapidement les océans polaires, menaçant les infrastructures humaines ainsi que les espèces dépendant de la banquise, prévient le 10e rapport annuel sur les océans du service européen Copernicus Marine publié mercredi. Celui-ci dépeint des océans en pleine transformation, entre les vagues de chaleur en mer Méditerranée et en mer Noire, l'acidification de l'eau ou le blanchissement des coraux. Certains des effets les plus marquants du réchauffement climatique se produisent dans les océans polaires (un cinquième de la surface océanique mondiale). La température de surface de l'océan arctique a ainsi augmenté de 4,2 °C entre 1982 et 2024. En comparaison, l'océan mondial s'est réchauffé de 0,12 °C par décennie sur la même période.

Ce réchauffement a provoqué une fonte de la banquise dont la surface s'est réduite de 17 % en 42 ans. Soit à peu près la surface de l'Espagne perdue tous les dix ans.
La double menace du réchauffement climatique qui fait plonger les populations de poissons des océansCette fonte de la banquise, associée au dégel du pergélisol qui provoque un affaissement des sols, expose les côtes à l'action des vagues et à l'érosion marine (60 % des infrastructures côtières de l'Arctique sont déjà vulnérables). Et au pôle Sud, la fonte de la glace de mer pourrait faire disparaître plus de 90 % des colonies de manchots empereurs d'ici 2100.
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