les confidences du Lillois Sofiane Pamart à Deauville
Le pianiste lillois, devenu star planétaire, a envoûté le festival du cinéma américain de Deauville, où il a livré une performance remarquée. Sofiane Pamart nous explique son rapport au cinéma et à la musique de film.
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Votre dernier album, sorti en avril, s’intitule « Movie » (« film » en anglais). Sont-ce des images qui l’ont fait naître, ou au contraire votre musique est précisément censée faire naître des images ?
Les images ont fait naître beaucoup de musique dans ma vie, elles ont complété des choses auxquelles je n’avais pas accès. Je me réfugiais beaucoup dans l’univers du cinéma pour enrichir mon intérieur. Mais sur cet album, Movie, c’est autre chose. Je voulais que ce soit un film sans images, un film pensé en tant qu’album de musique, où les acteurs sont des artistes (Celeste, Sia, Melody Gardot, Christine and the Queens…), les scènes s’enchaînent mais ce sont des scènes musicales. On trouve un fil conducteur, suggéré par les titres des morceaux, mais tout n’est pas dit. Je laisse beaucoup de place à l’imaginaire, je souhaite et que chacun puisse s’approprier l’album.
Quel est votre rapport au cinéma ? La connexion s’est faite par les films ou par les musiques de films ?
Les premiers thèmes que j’ai joués au piano étaient des musiques de film, j’essayais de les reproduire au piano. Vers 11/12 ans, je me réfugiais aussi énormément dans le cinéma pour pouvoir vivre des choses qui étaient complémentaires à ce que je vivais dans ma vraie vie. J’avais besoin de nourrir mon imagination.
C’était donc pendant votre jeunesse, à Hellemmes, dans le Nord… Mais vous ne vouliez pas fuir quelque chose ?
Non non, je ne voulais pas fuir mais je voulais m’évader. J’étais très heureux de ma vie, j’ai la chance d’avoir grandi dans une famille aimante, avec cette chaleur propre au Nord que je ressentais tous les jours. Mais j’étais très curieux. Cette curiosité avait besoin d’être nourrie. Les films étaient une forme de refuge pour ma curiosité.
« J’allais beaucoup à l’UGC de la rue de Béthune à Lille, tout simplement. »
Où alliez-vous ?
Beaucoup à l’UGC de la rue de Béthune, à Lille, tout simplement. Plus tard, il y a eu l’UGC Villeneuve-d’Ascq, plus pratique pour moi. Et de temps en temps Kinepolis Lomme dans les très grandes salles.
Certains films vous ont marqué ?
J’aimais l’énergie gangster mafieuse, avec ce grain particulier lié à une certaine époque… Les Affranchis, Usual Suspects… Je trouve que les gangsters de cinéma ont la maîtrise de la mise en scène, un sens du théâtre, un sens des costumes. Je baignais dans un univers classique, j’avais l’impression d’aller chercher un petit peu de piment. Ma culture cinématographique a commencé par les films américains, peut-être est-ce lié aux années 90 ? Ensuite, je suis tombé amoureux d’autres cinémas, français ou asiatique.

Depuis 2024, vous habitez Los Angeles, une capitale mondiale du cinéma. Pas un hasard…
Non, évidemment. J’adore ancrer des cycles de création dans une ville qui correspond à l’objectif que je me suis donné. Donc quand j’ai fait l’album Planet, j’avais besoin de faire un tour du monde. Quand j’ai fait Letter, je me suis concentré sur l’Asie, un endroit culturellement très différent. Le troisième album, c’est Noche, en Amérique Latine. Et donc, quand j’ai décidé de faire un film sous forme d’album, j’ai choisi le quartier de West Hollywood.
« Mon rêve serait de développer une relation sur la durée avec un réalisateur. »
Sofiane Pamart et le cinéma, c’est une histoire qui n’est pas terminée…
C’est sûr qu’à un moment donné, vous allez me retrouver dans la musique de film. J’attends le bon moment. Est-ce que ça va être pour le cinéma ou pour une série ? Mon rêve serait de développer une relation sur la durée avec un réalisateur. Un peu comme John Williams et Steven Spielberg, Joe Hisaishi et Hayao Miyazaki. C’est trop beau de les voir évoluer ensemble.
Vous êtes sollicité ?
C’est en discussion. Nous avons des propositions. Je ne suis pas pressé, ça peut être maintenant, dans un ou deux ans.
Si vous ne deviez retenir qu’un compositeur de musique de film ?…
John Williams, sans hésiter ! Son œuvre est profondément ancrée dans le cœur de tous. Tout le monde connaît une musique de John Williams (Star Wars, Indiana Jones, E.T.…) et en même temps, il a maintenu une discipline et une élégance dans sa manière d’écrire, que je trouve incroyables. Il est mon modèle pour la musique de film.
« John Williams est mon modèle pour la musique de film. »
Et si vous ne deviez retenir qu’un seul titre ?…
Celle du générique de fin du film E.T., de John Williams, au piano d’ailleurs.
Quand le public vous fait des retours sur votre musique, de quoi êtes-vous le plus fier ?
Ce sont les histoires personnelles qui me touchent, toutes ces histoires qui me font complètement disparaître. On me remercie : « Ce titre a accompagné l’arrivée au monde de notre bébé », « C’est sur cette musique que j’ai déclaré ma flamme »… Je trouve ça extraordinaire de jouer un rôle positif dans la vie de personnes que je ne connais pas du tout.

Le 17 avril 2027, vous allez donner un concert au Stade de France. Vous serez le premier solo pianiste à le faire. La préparation se passe bien ?
Très bien ! Cet été, j’ai réfléchi à plein de choses. Je veux réussir à amener l’élégance que l’on peut avoir dans un opéra mais dans un endroit aussi monumental que le Stade de France. Il faudra être exigeant sur l’acoustique, la sonorisation du piano, nous avons des technologies qui sont très bien pour ça. Je veux montrer qu’il est possible de faire quelque chose de raffiné et populaire, à cette échelle-là, avec une culture classique.
Y aura-t-il des décors, des comédiens peut-être…
Le Stade de France peut accueillir de la mise en scène, nous travaillons là-dessus. J’invite d’ailleurs tout le monde à suivre des lettres que je vais recommencer à poster sur la plateforme Substack (des newsletters). Je l’avais fait lors de la préparation de Movie, je révélais des infos, je donnais des indices au fur et à mesure. Je vais faire la même chose pour le Stade de France, pour faire découvrir la démarche d’un artiste dans la fabrication de son concert. Le choix d’un décor, le choix d’une équipe, les répétitions, la sonorisation… C’est une résolution de rentrée !
Une dernière chose... Au moment même où vous jouiez à Deauville, pendant le festival du cinéma américain, les bradeux s’en donnaient à cœur joie, à Lille !
Bien sûr, la Braderie de Lille ! Elle me manque. J’ai trop envie de moules ! C’est vraiment le grand rendez-vous des Lillois. J’y suis beaucoup allé, évidemment, comme une sorte de rendez-vous annuel. Cet évènement est génial, il est unique, il nous rassemble.
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