Le tableur Excel, arme secrète des “hackeurs de l’amour”
29 août 2026
Carolyn Travis est tombée amoureuse d’un homme qu’elle avait rencontré lors d’un cours d’entrepreneuriat.
Spoiler : “Il a fallu un tableau Excel pour lui faire comprendre que la relation était vouée à l’échec”, abrège le quotidien américain The Wall Street Journal.
Que s’est-il passé ? C’est simple : les amis de Carolyn ont entré ses valeurs sacrées dans une application conçue par l’un d’entre eux pour évaluer la compatibilité amoureuse, puis ont renseigné tout ce qu’ils savaient de cet homme, un ingénieur de dix ans de plus qu’elle. “Le logiciel a analysé les données. Verdict : incompatibilité sur toute la ligne.”
“Lassés d’enchaîner les rendez-vous sans lendemain et usés par les applis de rencontre, bon nombre de célibataires élaborent aujourd’hui des outils destinés à optimiser leur vie sentimentale”, résume le magazine américain Cosmopolitan, qui s’interroge : “Ce phénomène nous éloigne-t-il encore un peu plus du chaos trépidant de l’amour ?”
Carolyn Travis fait partie de ces célibataires adeptes des tableurs, ces “hackeurs de l’amour” persuadés que le remède à leurs déboires amoureux se cache dans l’analyse de données, détaille le Wall Street Journal.
Car avec les applis de rencontre et leurs choix illimités de profils, il est bien trop facile, selon eux, de passer à côté des détails qui devraient nous alerter chez un partenaire potentiel.
“Il n’y a rien de mal
à savoir exactement
ce que l’on recherche
et à vouloir y réfléchir.
Mais il y a une grande
différence entre cette
démarche et le fait
d’attribuer mentalement
une note à la personne
en face de vous avant même
la fin du rendez-vous.”
Minnie Lane, coach de rencontres, au quotidien britannique The Times
Évidemment, il y en a qui ont flairé le filon. “Sur Etsy, certains créateurs de contenu n’ont pas tardé à exploiter ce nouveau phénomène en proposant à la vente des modèles de tableau, à partir d’à peine 1 livre sterling [1,16 euro] pour les versions les plus simples, et jusqu’à 45 livres sterling [52 euros] pour les plus élaborées”, renchérit le quotidien britannique The Times.
Un développeur américain du nom de Sampson Ezieme a même créé une appli baptisée “Spread”.
“Cet outil d’aide à la prise
de décision s’appuie
sur les critères rédhibitoires
et les objectifs à long terme
définis par l’utilisateur,
ainsi que sur les
informations personnelles
fournies en amont
et les renseignements
donnés au fur et à mesure
à propos des personnes
rencontrées.”
Le quotidien britannique The Times à propos de l’application Spread
Cette tendance s’inscrit dans celle, plus large, de l’optimisation de soi.
C’est Cosmopolitan qui le dit : “Ces célibataires ne cherchent en fait qu’à ‘optimiser’ leur vie sentimentale.”
“Je voulais prendre du recul et aborder la question comme un dossier professionnel, en me fixant des objectifs et en envisageant différemment mes rendez-vous”, confesse une dénommée “Molly” dans les colonnes du magazine féminin.
Tout cela dans l’espoir d’identifier précisément ses erreurs, tant dans son choix des personnes à rencontrer que dans sa propre attitude.
Malgré l’épuisement des jeunes célibataires, qui n’en peuvent plus de faire défiler les profils sur les applis, “se muer en tradeur des sentiments est-il vraiment la bonne solution ? Ou cela ne fera-t-il qu’exacerber les problèmes qui minent déjà tant de célibataires aujourd’hui ?” se demande le magazine américain.
Réponse B.
“L’optimisation
ne fait pas le bonheur.
En tout cas, une chose
est sûre : les robots d’IA
dernière génération
ne connaîtront jamais
les papillons dans le ventre
à attendre un hypothétique
message de la personne
qui vous plaît.”
Le magazine américain Cosmopolitan
Car la vie et l’amour ne sauraient se réduire à une série de cases rectangulaires régies par des formules mathématiques. De même que les êtres ne sauraient se résumer à une suite de chiffres et de formules binaires : j’aime/je n’aime pas.
Sinon, dans quelle case ranger la lumière d’un regard, le ciel d’une caresse, dans quelle case ranger le vertige, la foudre et l’ivresse ?—
Éloïse Duval