Le “super El Niño” va-t-il également perturber la météo en Belgique?
Dans l’Océan Pacifique, El Niño ne cesse de se renforcer, les scientifiques craignant qu’il atteigne des records d’intensité, avec des conditions météorologiques extrêmes. L’expert scientifique Martijn Peters fait le point sur ce qui pourrait se passer.
Martijn Peters
Source: HLN
3 septembre 2026, 20:16
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1. Qu’est-ce que sont exactement les phénomènes El Niño et La Niña?
Lorsque, dans l’océan Pacifique, au niveau de l’équateur, des changements interviennent dans la température de l’eau de mer et dans les courants marins, on parle, selon que l’eau se refroidit ou se réchauffe, de La Niña ou d’El Niño.
Lorsqu’un phénomène El Niño se produit, les alizés qui soufflent le long de l’équateur s’affaiblissent. Normalement, ceux-ci poussent les eaux chaudes à la surface de l’océan Pacifique d’est en ouest, c’est-à-dire de l’Amérique vers l’Asie. Mais en raison de cet affaiblissement, l’eau froide des profondeurs n’arrive plus à remonter au large des côtes sud-américaines.
Il en résulte une augmentation de la température de l’eau de mer en surface, d’où un affaiblissement supplémentaire des alizés. Un cercle vicieux se forme donc. Dans le cas de La Niña, c’est l’inverse qui se produit. Les alizés se renforcent légèrement et la température de l’eau en surface est plus basse.
2. Qu’est-ce qu’un “super El Niño”?
Un phénomène El Niño est officiellement confirmé si la température à la surface de la mer est supérieure d’au moins 0,5 °C à la normale pendant un mois et si l’on prévoit que cette situation perdurera pendant au moins trois mois. Si l’écart de température atteint 1,5 °C, on parle d’un El Niño fort. À partir de 2,0 °C, il s’agit d’un super El Niño.
D’où vient le nom “El Niño”?
À l’origine, des pêcheurs au large des côtes sud-américaines ont remarqué que les eaux de l’océan Pacifique devenaient parfois inhabituellement chaudes, d’où une baisse de leurs prises. Ce phénomène se produisait généralement vers la période de Noël, au moment du passage à la nouvelle année. D’où le choix de ce nom, “El Niño” signifiant “le petit garçon” ou “l’Enfant Jésus” en espagnol.
En moyenne, ce phénomène ne se produit qu’une fois tous les dix à quinze ans. Depuis le début des relevés dans les années 1950, cela ne s’est produit que quatre fois. Lorsqu’il s’agit d’une version aussi extrême de ce phénomène météorologique, l’impact sur le climat est plus fort et plus étendu. Et il dure également plus longtemps. Le dernier “super El Niño” a eu lieu en 2023-2024. La température de l’eau présentait alors un écart de 2,0 °C. Et l’impact sur le climat était évident : ces deux années sont entrées dans les annales comme les plus chaudes depuis le début des relevés.
Les prévisions actuelles laissent penser que nous allons encore faire mieux cette année et que nous avons même une chance d’établir un record absolu. À l’heure actuelle, selon les modèles, la valeur maximale qui sera atteinte oscille au-dessus de 3 °C (le record actuel est celui de l’El Niño de 2015-2016, avec un écart de 2,6 °C).
3. Combien de temps durera cet El Niño?
En général, une phase El Niño ou La Niña dure de quelques mois à plus d’un an. Entre ces deux phases, c’est-à-dire lorsque l’eau n’est ni trop chaude ni trop froide, les météorologues parlent d’une “phase neutre”.
Quand l’actuel épisode El Niño se terminera-t-il?
Un nouvel El Niño a débuté plus tôt cette année, en juin pour être précis. Selon les prévisions actuelles, ce phénomène climatique devrait se poursuivre au moins jusqu’au début de l’année prochaine. La probabilité qu’El Niño passe à une phase neutre restera toutefois inférieure à 20% au printemps prochain. Il semble donc que nous ne soyons pas près d’être débarrassés de ce phénomène climatique et de ses conséquences.
4. Quels phénomènes météorologiques extrêmes El Niño provoque-t-il?
Les changements constatés dans l’océan Pacifique peuvent avoir des répercussions dans différentes régions du monde. L’impact peut être particulièrement considérable sur les températures et les précipitations dans la région du Pacifique. Son ampleur dépend de l’intensité d’El Niño. Plus l’écart de température de l’eau de mer est important, plus l’impact est considérable. Il s’agit toutefois d’effets temporaires et les prévisions concernant les régimes météorologiques ne se concrétisent pas toujours.
En général, un phénomène El Niño entraîne également une hausse des températures mondiales. Souvent, au cours d’une telle année, de nombreux records de température sont battus, mais la sécheresse et les canicules touchent principalement les pays situés à l’ouest de l’océan Pacifique, du fait de la succession de hautes pressions atmosphériques. Et ce sans oublier l’apparition de typhons intenses dans cette même région. Actuellement, trois d’entre eux font rage au-dessus de l’océan Pacifique. À l’est, en Amérique, on observe principalement l’apparition de dépressions accompagnées de précipitations extrêmes et d’inondations.
El Niño a également un impact sur l’océan Atlantique Nord, plus particulièrement sur les ouragans. Ce phénomène entraîne une augmentation du cisaillement des vents. Autrement dit, les vents changent plus facilement de direction et de vitesse, et ce à différentes altitudes. Plus le cisaillement est important, plus il est difficile qu’un ouragan se forme, ce qui est une bonne nouvelle puisque la saison des ouragans doit en théorie atteindre son apogée d’ici peu.
5. L’Europe sera-t-elle impactée?
El Niño et La Niña ont généralement peu d’impact sur le temps en Europe, car nous sommes trop éloignés de l’océan Pacifique. Mais cela ne signifie pas pour autant que nous n’en ressentons pas les effets. Selon une étude de l’Institut météorologique royal néerlandais, la fin d’un épisode El Niño s’accompagne régulièrement d’un printemps pluvieux en Belgique, même si ce n’est pas automatique.
Il est donc tout à fait possible que le printemps 2027 soit plus humide si El Niño s’arrête au début de 2027. Par effet domino, cela pourrait également avoir des conséquences sur l’été de l’année prochaine, puisque les sols humides retardent l’apparition des vagues de chaleur, y compris plus tard dans l’année.