Le routier conduisait en regardant une série Netflix : il n'avait pas vu une intervention sur l'autoroute et avait tué un gendarme sans freiner, il est condamné à un an de prison ferme
l'essentiel Un chauffeur routier a été condamné à cinq ans de prison, dont quatre avec sursis, pour avoir tué un gendarme et grièvement blessé plusieurs personnes pendant une intervention sur l'A13 en Normandie en octobre 2022.
Il est 2 h 50 le 22 octobre 2022. Les gendarmes traquent un go fast. Les deux trafiquants de drogue sont interpellés sur l'A13 près de Saint-Mards-de-Blacarville en Seine-Maritime à un endroit où la chaussée passe de trois à deux voies. La société d'autoroute SAPN met en place un balisage lumineux pendant l'intervention du dépanneur venu chercher la voiture des narcotrafiquants. Des flèches lumineuses clignotent. 800 mètres en amont de l'accident, un patrouilleur signale l'intervention. Elle était déjà mentionnée 9 km en amont sur un panneau lumineux situé au-dessus des voies.
Un camion frigorifique de 44 tonnes approche. Le conducteur a 21 ans. Il ne freine pas. Il percute de plein fouet le véhicule de la société d'autoroute et le projette 86 mètres plus loin. Un gendarme de 47 ans est tué sur le coup, percuté par son propre véhicule et le véhicule de la société d'autoroute. Trois autres gendarmes sont grièvement blessés dont un qui a dû subir une amputation après une gangrène. Un patrouilleur de la SAPN est blessé au genou.
Malaise, assoupissement ou inattention ?
À sa sortie du poids lourd, le chauffeur routier explique - claquettes aux pieds - au dépanneur qu'il n'avait pas vu les flèches lumineuses et les gyrophares. Au cours de l'enquête, il avait assuré avoir fait un malaise. Au cours du procès devant le tribunal d'Évreux jeudi, il a évoqué un micro-sommeil. Il a assuré s'être assoupi entre trois et cinq secondes. Le routier est un homme en bonne santé. Il n'avait ni bu, ni consommé de drogue au moment de l'accident et ses temps de repos avaient été respectés.
Lors des constatations de l'accident, les gendarmes ont trouvé une tablette dans l'habitacle du poids lourd. Son analyse a montré qu'elle était allumée avec l'application Netflix sur la série "Riverdale" entre 1 h 02 et 2 h 49 et 39 secondes, heure de l'accident. Trois épisodes au total. Après le choc, et avant d'appeler les secours, le routier a fermé toutes les applications et éteint la tablette à 2 h 54 et 49 secondes.
Face au tribunal, le chauffeur routier a décrit "un micro-sommeil, une absence et "au moment où je reviens à moi, je suis face au fourgon", rapportent Ici Normandie et France 3 Normandie. Il a naturellement été interrogé sur son activité dans sa cabine. "On est responsable d'un camion de plusieurs tonnes et on regarde la télé", lui a fait remarquer le président du tribunal. Réponse du routier : "J'ai regardé ma série pendant ma coupure et je ne l'ai pas éteinte, la tablette était posée à plat sur le tableau de bord. Je n'avais pas de visuel. Je l'écoutais à la manière d'un podcast". En larmes, il a répété plusieurs fois ne pas avoir utilisé la tablette. "C'est un peu la faute à pas de chance", a répondu avec ironie le magistrat. Pour la procureure de la République, "Monsieur n'a pas fait de malaise. Le visionnage actif de sa série l'empêche de lever les yeux".
Le tribunal a suivi les réquisitions et condamné le routier à cinq ans de prison dont quatre avec sursis simple. Il purgera sa peine sous bracelet électronique. Son permis de conduire a été annulé. Il ne pourra pas le repasser pendant un an.