Le revenu universel fait son retour dans le débat politique : voici les propositions de Georges-Louis Bouchez et l'analyse qu'en fait Bruno Colmant
Le revenu universel, c'est comme un monstre du Loch Ness dont on reparle à chaque milieu de mandat, mais qui n'apparaît jamais – ou trop discrètement – dans les campagnes électorales. Jusqu'à la prochaine fois ? Le président du MR veut avancer sur ce projet dès la rentrée, et ouvrir la discussion au sein de son parti. Mais avec quelles propositions ? Il nous en a détaillé quelques lignes, et nous avons pris le pouls auprès de l'économiste Bruno Colmant.
Clash en vue ? Pas si vite. Sur le diagnostic, Georges-Louis Bouchez et Bruno Colmant ne sont pas si éloignés. Le président du MR estime que le modèle social belge "ne correspond plus ni au mode de travail, ni au mode de vie des gens". Avec les carrières morcelées, le vieillissement ou les familles monoparentales, "nous avons un modèle social qui repose sur une organisation du travail datant de la fin de la Seconde Guerre mondiale", juge-t-il.
Bruno Colmant reconnaît lui aussi les limites du système belge. "Il est très complexe et à mon avis en partie mal foutu", admet-il. Il estime également que les pensions évoluent déjà vers davantage d'uniformité. "Sans le nommer ainsi, nous avons déjà un système qui tend de plus en plus vers une forme d'allocation universelle en matière de pension. Sur ce terrain, je ne suis pas très éloigné de Georges-Louis Bouchez quand il évoque le modèle hollandais, où on a déjà un système de pension universelle."
Bouchez veut remplacer de nombreuses allocations
Le principe défendu par le président du MR serait celui d'un montant forfaitaire versé à chacun, a priori dès 18 ans, permettant de couvrir les besoins primaires et pouvant être cumulé avec un revenu professionnel. Il remplacerait notamment le RIS, les allocations de chômage et potentiellement les allocations familiales, tout en conservant certains compléments en cas de handicap ou de maladie lourde.
"Cela permet de supprimer beaucoup de contraintes administratives, de contrôles et de rendre davantage de liberté aux gens dans leurs choix de vie", explique Georges-Louis Bouchez. Il y voit aussi un moyen de supprimer les pièges à l'emploi et les différences entre statuts : fonctionnaire, salarié ou indépendant relèveraient d'un même régime de base.
Aucun montant précis n'est encore avancé. Georges-Louis Bouchez rappelle avoir évoqué la somme de 1 000 euros il y a une dizaine d'années, tout en estimant que "ce serait plus élevé aujourd'hui", du fait de l'inflation. Mais il refuse de chiffrer davantage. "Si je vous sors un chiffre maintenant, tout le monde va rester sur le montant et on ne va plus débattre que de ça, pas du fond", sourit-il.
"Trop pour ceux qui n'en ont pas besoin, pas assez pour les autres"
C'est précisément cette uniformité qui inquiète Bruno Colmant. "Le danger, c'est qu'on donne trop à la personne qui n'en a pas besoin et pas assez à celle qui en a besoin", résume l'économiste.
Une personne malade, handicapée ou ayant plusieurs enfants supporte des dépenses qu'un montant unique pourrait difficilement couvrir. "Est-ce que les allocations familiales disparaissent ? Les primes de naissance ? Les remboursements de la mutuelle ?", interroge-t-il. Et si l'on recrée ensuite des suppléments pour chaque cas particulier, "on recrée progressivement toute la complexité que l'on voulait supprimer".
Dans un texte publié sur LinkedIn, Bruno Colmant pousse plus loin la critique : le revenu universel serait selon lui "soit insuffisant, soit infinançable". Trop bas, il protégerait mal les plus fragiles ; suffisamment élevé, "son coût budgétaire devient vertigineux".
Deux visions opposées de la simplification
Georges-Louis Bouchez estime au contraire qu'un système forfaitaire rendrait les dépenses publiques davantage prévisibles. "Vous connaissez la population et son évolution. Vous avez donc un coût totalement prévisible", affirme-t-il. Il cible surtout les "niches sociales" et les régimes particuliers qui, selon lui, déséquilibrent la sécurité sociale.
Bruno Colmant propose une autre voie : mieux connaître l'ensemble des revenus des citoyens et adapter les aides en conséquence. "Voyons les choses de manière inversée. Tout le monde déclare ses revenus – tous, même ceux qui ne sont pas taxés, aujourd'hui – et, en fonction de cela, on bénéficie ou pas de ce qui est sécurité sociale et remboursements de la mutuelle, résume-t-il. Une personne très aisée pourrait ainsi être moins remboursée pour certains soins qu'un ménage à faibles revenus."
Il souhaite également déplacer le débat vers l'intelligence artificielle et les gains de productivité. Selon lui, la priorité devrait être de trouver "comment adapter notre fiscalité afin qu'une partie du dividende technologique revienne à la collectivité".
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