Le regret, ce sentiment sublime
À l'approche du match France-Angleterre, retour sur l'histoire de ces confrontations sportives emblématiques. Des premières rencontres de 1906 aux enjeux actuels, cette affiche conserve une place singulière dans le football mondial.
Proclamer, hurler mon bonheur de voir ce soir un France-Angleterre. Quelle affiche, mes enfants. La première fois c'était il y a 120 ans, en 1906, au Parc des Princes d'alors, ce fut 15-0 pour les Anglais. Pensez à notre gardien, il avait 20 ans, il s'appelait Baton. À l'époque, les Anglais nous envoyaient des amateurs, les matchs contre la France n'étaient même pas inscrits au palmarès de la Football Association, mais en 1921, joie, nous battons les Anglais demain au stade Pershing (Bois-de-Vincennes), notre capitaine c'est Lucien Gamblin du Red Star.
Une histoire de confrontations
Nos buteurs, Dewaquez, de l'Olympique et Boyer du CSG, qui bientôt feront les premiers beaux jours de l'OM, et après cela, les Anglais nous considèrent, ils peuvent. Je nous souviens d'un France-Angleterre de 1925 que nous perdons 3-2, mais les Anglais ont dû nous résister héroïquement réduits à 9, leur goal a été mis à mal par une charge de Dewaquez qui a projeté dans les buts le gardien et le ballon ont joué rude. C'est, pour la France, le dernier match international du gardien Pierre Chayrigues, un gars de Levallois qui n'avait pas voulu jouer à Tottenham pour rester au Red Star, il savait sortir dans sa cage, un grand journaliste, Didier Braun, vient de lui consacrer une biographie, "Pierrot, Les Grandes mains", allez voir, allez lire.
L'héritage des grands matchs
Notre histoire nourrit ma joie, car en réalité, chaque grand match est la suite de tous les grands matchs qui l'ont précédé. Ce soir, nous allons jouer la suite d'un huitième de finale mondiale à Wembley en 1966, quand l'Angleterre, qui sera championne du monde, écarte 2-0, deux buts de Hunt de Liverpool, une jeune équipe de France. Nous jouons aussi la suite du mondial 1982, quand après 27 secondes, Bryan Robson de Man United nous assomme devant un Platini déconfit. Et nous jouons aussi, il faut le dire, les suites de nos victoires, via les deux buts de Zidane à l'Euro 2004, ou ceux de Giroud il y a 4 ans.
La beauté de la consolante
Alors en vérité, je vous le dis, comment ne pas être heureux ? Heureux même si ce n'est qu'un match pour la troisième place, cette petite finale qu'on dénigre alors qu'elle s'appelle aussi la consolante. C'est joli la consolante. Eh bien je vais vous dire, il faut vraiment penser qu'on est plus fort que l'histoire et qu'on est plus fort que la mort pour bouder la beauté quand elle s'avance devant nous. Franchement, j'ai 63 ans, combien verrai-je encore de Coupe du Monde de football, combien verrai-je encore de France-Angleterre, et même pour vous les jeunes, combien de fois Kylian Mbappé et Harry Kane vont-ils se rencontrer ?
Alors je comprends, j'admets, j'aime les joueurs, c'est dur d'être passé si près d'un titre mondial quand on en était capable et d'être forcé à un match de rab, mais franchement, la vie ne s'arrête pas, j'ai lu que Michael Olise s'active pour aller au Real, si on pense transfert, allez, on peut jouer. Et puis Anglais et Français ont en commun d'avoir raté leur demi-finale, ils ont donc l'occasion de se montrer et de nous montrer ce qu'ils valaient, ce qu'ils valent, donc de nous donner des regrets. Quel sentiment ? Sublime le regret, voilà leur but.
À écouter
France Inter
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