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Le procès de Lindsey Clancy aux États-Unis braque les projecteurs…

Vendredi, le procès de Lindsay Clancy, accusée d’avoir tué ses trois enfants aux États-Unis, s’est soldé par son annulation, le jury n’étant pas parvenu à une décision unanime. Au cœur de la défense de l’accusée : la psychose post-partum. Le Devoir s’est entretenu avec une experte pour mieux comprendre ce trouble psychiatrique.

Le procès hypermédiatisé portait entre autres sur la responsabilité criminelle de la mère des trois enfants. Était-elle consciente de ses actes ? Souffrait-elle, comme le prétend la défense, de psychose post-partum ? Les jurés n’ont pas été en mesure de s’entendre sur la question, ce qui a finalement mené à l’annulation des procédures.

En ligne, de multiples théories ont fusé tout au long du procès dont les audiences diffusées en direct ont été abondamment reprises et commentées sur TikTok. Plusieurs se sont notamment questionnés sur la psychose post-partum. De quoi s’agit-il, au juste ?

Raphaële Noël, psychologue et professeure titulaire au département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal, s’intéresse à la santé mentale puerpérale (en lien avec l’accouchement). La psychose post-partum « touche une à deux naissances par 1000, donc c’est assez rare », lance-t-elle en début d’entrevue. « Mais quand ça arrive, c’est une urgence psychiatrique. »

Sans commenter le cas de Lindsay Clancy, elle précise qu’une mère qui entre dans la phase « aiguë » de sa psychose post-partum peut « perdre contact avec la réalité ». « Et comme il n’y a pas de représentation sociale de ce trouble, les femmes peinent à savoir quand aller chercher de l’aide. »

Délires, hallucinations, dissociation, confusion spatiotemporelle et hypersensorialité sont tous des symptômes possibles de la psychose post-partum, tel que décrits dans l’article scientifique qu’elle a corédigé avec les spécialistes Cécile Peschier et Marie-Alexia Allard cette année. « La psychose post-partum peut vraiment être impressionnante », continue-t-elle. La mère, pourrait, par exemple, s’imaginer que son bébé est possédé par le diable et qu’il veut l’attaquer. Lorsqu’elle se dissocie de la réalité, la mère n’arrive plus à rationaliser ses réflexions, ce qui, dans les cas les plus extrêmes, peut mener à des drames comme ceux qui ont été médiatisés récemment.

Invisibilisation

La psychose post-partum n’est pas inscrite dans la « bible des troubles mentaux », le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM). « Les professionnels de la santé ne se sentent pas toujours très bien formés pour faire face à ce trouble-là, précise Raphaële Noël. Ça contribue au phénomène de l’invisibilisation. »

« On est dans une impasse sociale », poursuit-elle. D’un côté, « on veut sensibiliser la population à la possibilité qu’une nouvelle mère vive une psychose post-partum », et de l’autre « on ne veut pas affoler les mamans et les couples non plus ». Mais dans tous les cas, croit-elle, la vigilance des proches est importante. « Quand on voit les signes précurseurs, tout de suite il faut agir. »

Des solutions ?

« On parle beaucoup plus de santé mentale périnatale dans les dernières années », note Raphaële Noël. Reste que plusieurs obstacles continuent de restreindre l’accès aux soins de santé aux femmes vivant une psychose post-partum. Surtout, dit-elle, l’un des obstacles est la séparation de la mère et de l’enfant et le frein que ça peut représenter pour une mère voulant aller cherche de l’aide.

« En Europe, dans des unités d’hospitalisation mère-bébé, les femmes qui font une psychose postpartum ou une dépression post-partum sévère sont prises en charge et sont hospitalisées avec leur bébé. On prend soin du lien mère-bébé », explique-t-elle. Une pratique qui n’existe pas en Amérique du Nord. « Ce sont des dispositifs coûteux », complète l’experte.