Le premier ministre canadien Mark Carney à Strasbourg pour proposer des fiançailles à l’Europe
En pleine guerre commerciale avec l’Amérique de Trump, le premier ministre canadien Mark Carney est mercredi et jeudi devant le Parlement européen à Strasbourg. Il pourrait proposer un rapprochement significatif entre son pays et l’UE, pour contourner l’hostilité américaine envers ses alliés.
Le propre des périodes de transformations géopolitiques comme celle que nous vivons, c’est de rendre possibles des situations inimaginables. C’est exactement ce qui se passe avec la visite à Strasbourg, aujourd’hui et demain, du premier ministre canadien.
Mark Carney sera au Parlement européen cet après-midi pour écouter le rituel « discours sur l’état de l’Union » de la présidente de la Commission, Ursula Von der Leyen. Jeudi, c’est le premier ministre canadien qui s’adressera aux élus des 27 pays de l’UE, et son discours est très attendu.
Carney est devenu un héros en Europe en disant « non » à Donald Trump et à son diktat commercial. Et il vient proposer aux Européens, sinon un mariage en bonne et due forme, au moins un rapprochement significatif. Le « Wall Street Journal » parlait même la semaine dernière d’un possible statut de « membre associé de l’UE », qui reste assurément à définir.
Du point de vue du Canada, il s’agit de multiplier les partenariats et les accords pour faire face à la situation créée par la crise avec les États-Unis. Mark Carney est sur tous les fronts, accueillant des investisseurs pour vanter les atouts du Canada, ou signant des accords avec la Chine avec laquelle Ottawa était en froid.
L’UE occupe évidemment une place de choix dans cette stratégie, l’Europe cherchant elle aussi à diversifier ses relations. Le Canada ne manque pas d’attraits, dans l’énergie, les minerais, la technologie, bien souvent complémentaires de l’UE.
Mais la démarche est aussi très politique. Le Canada et les Européens partagent le même sentiment de trahison de la part de leur partenaire historique américain. Tous sont membres de l’OTAN dominée par les Américains : ils cherchent aujourd’hui à développer une coopération militaire qui contourne cet obstacle. Le Canada a déjà rejoint l’an dernier la Coalition des Volontaires, fondée à l’initiative de Londres et Paris pour soutenir l’Ukraine.
Enfin, Mark Carney a lancé au début de l’année le concept d’« alliance des puissances moyennes » comme alternative au monde de rapports de force voulu par les empires renaissants américain, russe et chinois. Les Européens sont intéressés.
C’est donc un rapprochement qui fait sens, même s’il ne faut pas sous-estimer les obstacles. L’Union européenne n’est pas particulièrement souple, et pourrait trouver difficile d’inventer un statut nouveau pour un pays extra-européen. Sans oublier les intérêts économiques dès lors qu’on touche à des secteurs spécifiques : dix pays de l’UE, dont la France, n’ont toujours pas ratifié un traité commercial avec le Canada signé il y a déjà dix ans !
Mais le contexte a changé. Dans le monde de Trump, les pays qui avaient des relations privilégiées avec les États-Unis doivent se réinventer sous peine de vassalisation. C’est ce qui se joue dans ce réalignement des planètes entre ceux qui partagent la vision d’un monde fondé sur le droit et pas sur les rapports de force. Cette alliance des puissances moyennes n’a de sens que si elle s’élargit à de grands pays du Sud.
L’Europe, si souvent divisée et impotente, a ici une occasion de se trouver un objectif commun, et une place dans la recomposition du monde. Elle ne doit pas la rater.