Le Périgord, un livre d'histoire (presque) à ciel ouvert
Lascaux IV fête ses dix ans en 2026Rédigé par PAULA BOYER le Jeudi 23 Juillet 2026 à 07:34
A Lascaux IV, dans la salle des taureaux - Photo : Dan Courtice Réplique la plus récente de la célèbre grotte, Lascaux IV est si parfaite que l’on s'y croit volontiers devant les « vrais » chefs-d’œuvre laissés il y a quelque 21 000 ans par des chasseurs du Magdalénien ancien. Comment ne pas être émus ? Bouleversés, même ? A la faible lumière d'une torche, défilent sous nos yeux d’inoubliables cavalcades d’aurochs, de bouquetins, de bisons, de cervidés et de chevaux gravés ou peints en ocre, rouge et noir sur les parois. Accueilli par la « Licorne », une étrange figure à deux cornes, les visiteurs déambulent ensuite dans la Salle des Taureaux sous le regard d’animaux impressionnants - jusqu'à 3,5 mètres -, avant de progresser dans une série de grottes ornées de peintures polychromes, parmi lesquelles une figure humaine dotée de quatre doigts et d’un bec d’oiseau. Une grande révélation du XXe siècle
Souvent, ceux qui visitent Lascaux II ont la certitude d'avoir vu la "vraie" grotte - Photo : PB La grotte originale de Lascaux a été l'une des plus grandes révélations archéologiques du XXe siècle. Elle a été découverte en 1940 par quatre adolescents - Marcel Ravidat, Georges Agniel, Simon Coencas, Jacques Marsal - dans les entrailles d’une colline coiffée de châtaigniers et de pins, à Montignac, en Dordogne. Classée au Patrimoine mondial de l’Unesco en 1979, cette «Chapelle Sixtine de l’art pariétal » n’a pas livré tous ses secrets. Certes, elle a été décorée, en grattant, frottant, soufflant et tamponnant par des hommes de Cro-Magnon, parfois aidés d’un échafaudage. Mais à quoi servait-elle puisqu’elle n’a jamais été habitée ? Selon les spécialistes, elle a pu avoir une finalité religieuse. Depuis 1963, pour des raisons de conservation (le gaz carbonique expiré par les visiteurs détruisait les peintures), elle est inaccessible au public. Plusieurs répliques ont donc été réalisées. Lascaux IV : une réplique intégrale
Pour abriter Lascaux IV, le cabinet d'architecture norvégien Snøhetta a conçu un bâtiment-paysage au pied de la colline où se cache la grotte originale - Photo : PB Première réplique, réalisée dès 1983, juste à côté de la grotte d'origine, Lascaux II, semble déjà si fidèle à l'original que ses 70 000 visiteurs annuels croient souvent voir la « vraie » grotte. Pourtant, elle donne seulement à voir la Salle des Taureaux et le « diverticule axial ». Imaginée en 2010, Lascaux III est une version itinérante et en « kit » d’une partie seulement de la grotte ornée (ses douze panneaux seront exposés à Chicago en 2027). A contrario, Lascaux IV est le premier fac-similé reproduisant intégralement la grotte originale : ses 900 m² de parois ornées ont été restitués, avec une précision allant jusqu’au millimètre. Pour atteindre un tel niveau de réalisme, les équipes de l’Atelier des Fac-Similés du Périgord ont allié technologie et savoir-faire : relevés numériques 3D ultra précis, modelage des parois, application de patines colorées, puis reproduction des peintures et gravures à la main avec des pigments naturels, comme il y a 21 000 ans ! Installé dans un élégant bâtiment blanc semi-enterré, au pied de la colline d’origine, Lascaux IV fête cette année ses dix ans, avec une programmation mêlant expériences immersives, soirées gastronomiques, spectacles et visites thématiques inédites. Lascaux IV : 380 000 visiteurs annuels
A Lascaux IV, des cavalcades d'animaux inoubliables - Photos : PB, composition générée par IA Chantier exceptionnel, Lascaux IV a coûté 60 millions d’euros, financés par la région, le département, l'Etat, l’Europe, des mécènes et la Semitour Périgord, société d'économie mixte créée par le Conseil Départemental de la Dordogne. Un budget élevé, certes. Mais, b[ouvert 340 jours par an, le Centre International de l’Art Pariétal/Lascaux IV est devenu l'un des sites culturels incontournables du Périgord. "Nous accueillons 380 000 visiteurs annuels. Un chiffre remarquable pour un territoire rural", relève André Barbé, directeur général de la Semitour Périgord, en charge de ce site hors du commun. Première entreprise touristique du département, la Semitour y gère sept autres sites culturels. Chacun raconte un pan de l’histoire locale tout en dialoguant avec la création contemporaine, comme le fait Lascaux IV grâce aux outils numériques et au savoir-faire du Centre International de l’Art Pariétal. La forêt minérale de Grand Roc
Dans la grotte de Grand Roc, une incroyable forêt minérale - Photos : PB, composition générée par IA Dans l'incessant va-et-vient entre passé et présent mis en valeur dans ces sites, la Grotte du Grand Roc se distingue par une plongée vertigineuse jusqu’au Crétacé supérieur : entre 100 et 66 millions d’années ! Nichée, aux Eyzies, dans une impressionnante falaise, cette grotte fait partie des sites de la vallée de la Vézère inscrits à l’Unesco. Découverte en 1924 par Jean Maury, elle offre une immersion magique dans une forêt minérale formée peu à peu par les eaux s'infiltrant à travers la roche. Encore faut-il grimper d’abord 76 marches assez abruptes (pas d’accès PMR), puis cheminer longuement guidés par un éclairage discret, pour admirer stalagmites, stalactites, colonnes, draperies de pierre et stupéfiantes « concrétions excentriques », presque translucides, aux étonnantes formes de... chrysanthèmes ! Plus bas, sous la même falaise, le « gisement » préhistorique de Laugerie-Basse a été occupé par l’Homme dès l’époque magdalénienne. Les fouilles dans l’abri sous roche dit « des Marseilles » (billet conjoint avec le Grand Roc) ont révélé quatre strates d’occupation et des centaines d’objets, dont la célèbre « Vénus impudique », une statuette de femme à la tête brisée. La magnificence du cloître de Cadouin
Le cloître de l'ancienne abbaye de Cadouin, un joyau gothique - Photos : PB, composition générée par IA Après cette incursion dans ces temps si lointains, place au Moyen-Age, une période mouvementée en Périgord. A une vingtaine de kilomètres des Eyzies, au cœur du Buisson de Cadouin (2 000 hab.), un autre joyau géré par la Semitour, se dresse fièrement depuis 1115 : l’ancienne abbaye cistercienne de Cadouin. Etape sur le Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle (ce qui lui vaut d'être classée à l'Unesco), cette abbaye a, jadis, été fort riche : réputée détenir le Suaire de lin ayant enveloppé la tête du Christ à sa descente de croix, elle attirait les pèlerins, par milliers, et suscitait de nombreux dons. Depuis, cette relique s’est révélée aussi fausse que le Saint-Suaire de Turin, mais cela n’enlève rien à la splendeur du cloître, fraîchement restauré. Si l'abbatiale et les bâtiments conventuels sont demeurés largement romans, le cloître, lui, a été partiellement rebâti et surtout entièrement redécoré fin XVe, après la fin de la guerre de Cent ans : de style gothique flamboyant, baroque, théâtral même, ses galeries combinent colonnes finement travaillées, voûtes entrelacées, arabesques et sculptures, sacrées et profanes, souvent émouvantes, toujours exceptionnelles. A Biron, dix siècles d'histoire
Le château de Biron. 1. Vue générale 2. Réplique de la Mise au tombeau 3. Soldat costumé pendant la commémoration de l'Indépendance américaine - Photo : PB, composition générée par IA Plongée, encore, dans le Moyen-Age, 30 kilomètres plus loin, au château de Biron, également géré par la Semitour. Plus grand château d’Aquitaine, il est un livre d’histoire à ciel ouvert. Propriété, dès le XIe siècle, de la puissante famille des Gontaut-Biron, il a tout de même été agrandi et modifié jusqu'au XVIIIᵉ, puis vendu au XXe au conseil départemental. Cette année, grâce à un partenariat entre le Metropolitan Museum of Art de New York et la Semitour, deux joyaux de sa chapelle seigneuriale, La Pietà et La mise au tombeau du Christ - pièces conservées à New-York - semblent y être revenues. En réalité, les sculptures visibles sur place, sont d'admirables copies... réalisées par les Ateliers des Facs-Similés du Périgord. En outre, jusqu’au 25 juillet 2026, ce château vit à l'heure de l'Indépendance américaine avec campement, reconstitution, démonstrations et expositions. Tout comme le célèbre marquis de Lafayette, Armand-Louis de Gontaut-Biron, duc de Lauzun, compta parmi les Français qui partirent soutenir la "Révolution américaine", portés par les idéaux des Lumières. Monpazier, hier « bastide » commerciale, aujourd'hui « Cité des métiers d’art »
Trois visages de Monpazier, prospère place commerciale du XIIIe - Photos PB, composition générée par IA Dernier rendez-vous avec l'histoire médiévale à Monpazier, tout près de Biron. Cette charmante bourgade de pierre blonde est l’une des 300 « villes neuves » édifiés dans le sud-ouest de la France entre 1222 et 1373 : appelées « bastides », elles furent des places commerciales actives. A cette époque, la Guerre de Cent ans n’avait pas encore débuté mais les Anglais - installés en Aquitaine depuis que, par mariage, le roi d’Angleterre en était devenu Duc - et les Français se faisaient déjà face, chacun cherchant à rallier à sa cause les seigneurs locaux. Dès sa création, en 1284, par Edward Ier, roi d’Angleterre - sur un terrain donné par le seigneur de Biron -, Monpazier a donc vécu à l’abri de solides remparts et de portes fortifiées encore visibles. Son plan reste organisé autour de deux axes principaux et de la place centrale entourée d’arcades et de couverts, percée de passages (les « cornières »). Le marché s’y tient toujours le jeudi sous la puissante charpente en châtaignier de la halle où sont conservées trois des mesures à grains qui, jadis, servaient à déterminer le prix des denrées et.. le montant des taxes à imposer. Visites exclusives et dîners privés
Pour ce dîner privé à Lascaux IV, la table a été dressée dans la Galerie de l’Imaginaire - Photos : PB, composition générée par IA Avec plus de 22 artistes et artisans pour à peine 500 habitants, Monpazier s’est, depuis quelques années, réinventée en « Cité des métiers d’art ». Boutiques et restaurants y mettent aussi à l’honneur les délicieuses spécialités - canard, foie gras, truffes, noix, vins, etc.- qui font du Périgord une destination aussi prisée des gourmets qu'elle l'est des amateurs de patrimoine et d’histoire. De son côté, pour attirer de nouveaux publics, la Semitour propose désormais, avec l'aide de traiteurs locaux, des combinés visites exclusives/dîners privés (sur réservation), à Lascaux IV, à l’abbaye de Cadouin et au château de Biron. Des offres sur-mesure (prix sur devis) qui méritent l’attention des agences en quête d’expériences pour leurs clients. Véritables locomotives, les 8 sites culturels gérés par la Semitour contribuent d'ailleurs à faire vivre commerces, restaurants et hébergements. Sur ce territoire rural, il en existe de tous standings, depuis la modeste Auberge de jeunesse de l'abbaye de Cadouin jusqu’à l’élégant quatre étoiles Les Glycines, installé dans un parc avec piscine et Spa aux Eyzies. Son patron, Pascal Lombard, a même décroché une première étoile Michelin pour sa table gastronomique, « Le 1862 ». A Monpazier, l’Hôtel Edward 1er**** récemment rénové dans une gentilhommière du XIXe, s’emploie, lui aussi, à monter en gamme depuis qu'il a été repris par Michel Fredric et son épouse Isabelle, forts de belles expériences dans l’hospitalité haut de gamme à Maurice et Zanzibar. Décidément, bien des chemins mènent en Périgord. Lu 332 fois Notez Nouveau commentaire : Tous les commentaires discourtois, injurieux ou diffamatoires seront aussitôt supprimés par le modérateur. Dans la même rubrique : |
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