Face au train appuyé des UAE et à la chaleur accablante sur les routes de ce Tour de France, le peloton en mode économie d'énergie
À la chaleur de four et à cet air brûlant qui étranglait les bronches s'est ajoutée, pour les coureurs, la torture visuelle de la traversée du Périgord, qui a basculé dans les grandes vacances, au fil de ses nombreux châteaux, de ses petits villages somptueux aux maisons de pierres ocres et de toits pentus, le long de la Dordogne et de ses affluents, où l'on barbotait ou glissait sur des canoës. Le peloton ressemblait à un troupeau accablé par la canicule qu'on vient applaudir sur son passage vers l'estive, un public nombreux recherchait les zones d'ombre ou, à défaut, vivait l'expérience immersive de dorer comme une pomme de terre sarladaise dans cette cocotte géante.
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Il fallait une sacrée force mentale pour ne pas tout bazarder et se jeter directement dans l'eau d'un des nombreux ponts médiévaux du parcours. Car la quille est encore loin, après seulement huit jours de course, où les coureurs du Tour de France ont dû lutter face à deux ennemis majeurs : les zinzins du train UAE et des températures qui descendent rarement sous les 35 degrés. Elles seront encore fumantes dimanche car la Corrèze a été placée sous vigilance rouge et les organisateurs ont ainsi décidé de réduire le tracé d'une trentaine de kilomètres.
Une chaleur qui risque de saler la facture
Ce contexte étouffant n'est pas sans conséquences sur le tableau général de la course et l'on sent bien que le niveau de fatigue est déjà élevé, que presque tout le monde est rincé, comme si le rythme fou de Pogacar et de sa garde ne suffisait pas. Voir craquer Romain Grégoire de la sorte, en larmes, après l'étape de Gavarnie, jeudi, n'est pas anodin. On est habitués à ce que le Tour malmène tout le monde, qu'il ouvre en deux même les plus robustes, mais pas si tôt, dès la première semaine, en plus un guerrier du niveau du champion de France.
Les coureurs s'adaptent, ils ne se plaignent même pas, habités par leur obsession professionnelle, le poids de tous les sacrifices qui leur a appris à accepter leur sort, dans une forme de résignation mêlée d'impuissance. Ils savent dans tous les cas très bien qu'ils le paieront plus tard, que la chaleur va saler la facture, notamment en troisième semaine, et c'est un facteur que tous les encadrements doivent prendre en compte.
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Dans ce contexte, difficile de blâmer les équipes qui snobent les échappées sur les étapes promises aux sprinteurs, car elles comptent leurs noisettes dans ce Tour, mais on relèvera tout de même que la stratégie des Intermarché-Lotto de « faire » la course est payante. Les Belges opèrent avec leurs moyens et cela ne les empêche pas de miser sur plusieurs tableaux. Ils envoient leurs chiens fous à l'avant et Huub Artz joue sa carte dans les sprints. Moins en réussite samedi (61e), le Néerlandais a déjà fini à deux reprises dans le top 10 (4e à Pau, 7e à Bordeaux). Une méthode que d'autres formations pourraient appliquer. Surtout que samedi, ils ne sont pas passés loin du casse. Pas avec Baptiste Veistroffer, car le Sanglier avait été laissé à l'herbage, mais avec Liam Slock, qui n'a échoué qu'à 1,3 km de la ligne dans sa résistance face au peloton.
De quoi relancer la cote des échappées dans ce Tour, redonner de l'espoir aux fuyards et se souvenir qu'il n'y a pas de fatalité. D'autant plus que le baroudeur belge aurait pu aller au bout, justement s'il y avait eu un peu plus de monde à l'avant et si le trio Slock, Thibault Guernalec, Jakub Otruba n'avait pas été torpillé par l'attaque de ce dernier dans la côte du Buisson-de-Cadouin, à une quarantaine de kilomètres de l'arrivée. Le Tchèque fut repris et contré par Slock, mais à partir de là, c'était chacun pour soi. Le peloton aurait sans doute réagi autrement, mais que se serait-il passé si les trois étaient restés unis plus longtemps ? Les coéquipiers du Belge ont bien tenté de perturber la chasse derrière lui, mais il y avait encore un peu trop de main-d'oeuvre à l'arrière, les XDS Astana de Max Kanter et les NSN de Biniam Girmay notamment, ainsi que les Decathlon CMA CGM d'Olav Kooij qui ont fait remonter Nicolas Prodhomme quand ils ont compris que cela devenait tendu.
Tim Merlier n'a en revanche eu besoin de personne pour écraser le sprint, au lendemain de sa première victoire à Bordeaux. Assez loin à 400 m de la ligne, le bolide belge est remonté comme une balle dans un déluge de puissance et la différence de vitesse avec Girmay, sur la même ligne que lui au moment de lancer, était bluffante, un des sprints les plus impressionnants de ces dix dernières années dans le Tour.

Tim Merlier sur la ligne samedi à Bergerac. (B. Papon/L'Équipe)
Merlier a ainsi posé sa patte sur les sprints de cette édition, il est clairement le plus fort, même si l'on sait que cela ne garantit pas la victoire à chaque fois dans la nervosité des emballages. Il s'est également bien relancé dans la bataille du maillot vert puisqu'il talonne désormais Mads Pedersen, à 15 points, deux modèles qui s'affrontent dans cette quête, entre la cueillette tout-terrain du Danois et la moisson dans les sprints massifs du Belge.
Dimanche, la bataille s'annonce féroce
Jasper Philipsen n'est pas encore éliminé du match, mais il a montré ses limites samedi et il paraît émoussé, loin de ses meilleurs standards. Il était pourtant le mieux placé, encore à 200 m, emmené par le meilleur train du peloton, et en dernier relais par Mathieu Van der Poel qui lui avait dégagé la piste de décollage, comme à Pau. Le Néerlandais pourrait trouver cela moins marrant de se mettre à la planche pour son sprinteur s'il ne score pas et se lasser de ces servitudes. Il pourra s'en libérer dimanche, dans une étape bosselée à souhait, où la bagarre pour l'échappée s'annonce féroce, pas loin des terres limousines de son grand-père Raymond Poulidor, une double invitation à ce qu'il entre enfin en action dans ce Tour de France.