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Le peintre Hammershøi, ce Vermeer mélancolique

La Kunsthaus de Zurich propose jusqu'au 25 octobre une superbe et très complète exposition Hammershøi avec ses peintures les plus célèbres (intérieurs vides, sa femme de dos) mais aussi d'autres moins connues (peintures de villes vides ou de paysages). L'expo joliment intitulée The Eye That Listens (L'œil qui écoute) montre également des peintures de grands peintres anciens proches de l'esprit d'Hammershøi et même d'artistes contemporains comme le montre un très beau tableau de Michaël Borremans proche de l'esprit d'Hammershøi et témoignant de la modernité intemporelle de celui-ci. On aurait pu montrer aussi des tableaux de Spilliaert ou Khnopff. On le confronte aussi à Felix Vallotton et à Whistler.

Vilhelm Hammershøi (1864-1916) est un peintre danois comptant parmi les talents les plus originaux du début du XXe siècle, redécouvert ces dernières années et devenu une icône au Danemark. Son exposition à Paris en 2019 au musée Jacquemart-André avait connu un grand succès.

Vilhelm Hammershøi : Intérieur avec la femme de l'artiste 1901
Vilhelm Hammershøi : Intérieur avec la femme de l'artiste 1901 ©Photo : D.R.

Toute sa courte vie, il resta reclus dans sa maison avec sa femme Ida, peignant les chambres vides de sa maison, la lumière à travers les fenêtres, la poussière dans l'air, les reflets sur les meubles d'acajou et sa femme, quasi toujours de dos, dans ses tâches domestiques, perdue dans une profonde réflexion.

Hammershøi, magnifique peintre du silence et de l'immobilité

Il disait : "J'ai toujours trouvé qu'il y avait une grande beauté dans ces pièces, mêmes vides de toute personne. Précisément parce qu'elles sont vides."

Ses couleurs sont volontairement restreintes aux gris et aux bruns. Il peignit également des beaux paysages, des portraits, et des architectures rigoureuses de Copenhague ou de Londres (le British Museum) où n'apparaît aucune personne, mais qui, ici encore, sont baignées par cette même atmosphère irréelle, dénuée de toute action ou d'anecdote.

La musique

Il fut une sorte de Vermeer (qu'il admirait) mélancolique, évoquant le vide. On confronte ses tableaux à ceux de peintres contemporains de Vermeer ou Rembrandt. On y retrouve la même femme lisant une lettre face à la fenêtre ou le même reflet sur une table d'acajou.

 Parler de ce qui est important et essentiel en art. 

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Il est hors du temps, hors des modes, hors des remous de la modernité. Rainer Maria Rilke qui le rencontra à Copenhague, disait : "Son œuvre est longue et lente. Mais elle offre de multiples raisons de parler de ce qui est important et essentiel en art."

Vilhelm Hammershøi : les grandes fenêtres 1913
Vilhelm Hammershøi : les grandes fenêtres 1913 ©Photo : D.R.

L'exposition montre comment il en est arrivé peu à peu à ses intérieurs volontairement dépouillés de toute anecdote et objets, et à peindre sa femme. Elle met en lumière qu'on y voit cependant, souvent, comme seul objet, un instrument de musique : violoncelle, piano ou violon. Lui-même jouait du violoncelle. Avec ces instruments, le tableau devient ce moment de silence qui précède la musique.

Il s'en dégage un grand calme, mais en même temps, une atmosphère étouffante. On y retrouve le vide et le calme, l'harmonie, mais aussi toute la pesanteur d'un monde de traditions rigoristes. La présence de la femme pourrait atténuer cela, mais elle est vue de dos et traitée comme une nature morte.

Vilhelm Hammershøi : Repos, 1905
Vilhelm Hammershøi : Repos, 1905, Musée d'Orsay ©photo : D.R.

Seul élément sensible : la nuque éclairée par une tache de soleil, unique point d'ancrage pour le désir. La femme n'y a pas d'espace pour bouger, elle est collée contre le meuble et contre le mur. Seules quelques mèches folles et une échancrure dans sa robe invitent à rencontrer une femme de chair, mais elle porte une prude robe noire et est totalement prise par ses tâches ménagères. C'est cet écartèlement entre la poésie du silence et la mélancolie mystérieuse qui fait de ses tableaux une réussite hors du temps.

Dans d'autres tableaux, il n'y a plus de personnages, rien qu'un jeu de portes blanches fermées ou entrouvertes. Rien sur les murs, le sol et les meubles. Le vide et juste les taches de lumière faites par un soleil bas.

Comment devient-on un génie ?

Rilke fit remarquer qu'une conversation avec lui était très difficile, tant il persistait dans son silence. Sa touche, à la fin de sa vie, devenait plus proche de celle des impressionnistes. Il mourut en 1916, d'un cancer de la gorge, à 50 ans.

Hammershoi, Kunsthaus Zurich, jusqu'au 25 octobre

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