Le paléontologue Pascal Godefroit suspendu : l’enquête sur le diplodocus Dan secoue l’IRSNB

Ajoutez-nous à vos favoris Google Le paléontologue Pascal Godefroit a été suspendu par la ministre de la Politique scientifique, tandis qu’une enquête du parquet de Bruxelles examine des soupçons de conflit d’intérêts liés au dossier du diplodocus Dan à l’IRSNB.
Le célèbre paléontologue belge Pascal Godefroit a été suspendu de ses fonctions. C’est ce qu’écrit De Standaard ce lundi, une information confirmée par la ministre fédérale de la Politique scientifique, Vanessa Matz (Les Engagés). Le parquet de Bruxelles a ouvert une enquête, mais ne peut fournir aucun détail.
Des soupçons de conflit d’intérêts sont apparus après que l’entreprise de l’épouse de Pascal Godefroit a remporté un marché de l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique (IRSNB). Plusieurs paléontologues s’interrogent sur les trois procédures d’appel d’offres nécessaires pour faire monter le squelette récemment acquis par une entreprise privée.
« Un fossile d’une valeur scientifique, patrimoniale et muséale exceptionnelle. » C’est ainsi que Dan, un diplodocus, avait été décrit dans une lettre de l’IRSNB. Sur son site internet, l’institut se montre également très fier de cette acquisition : « Le dinosaure à long cou Dan est un ajout exceptionnel à notre collection. »
En 2022, les restes de Dan sont arrivés à Bruxelles. Trois ans auparavant, l’IRSNB avait acquis le squelette après qu’une équipe allemande l’eut découvert au pied des montagnes Rocheuses, aux États-Unis. L’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique est d’ailleurs surtout connu du grand public pour sa collection de dinosaures présentée au cœur de Bruxelles.
À l’origine de cette acquisition se trouvait Pascal Godefroit, qui était alors directeur opérationnel de l’IRSNB. Il est un paléontologue belge de premier plan, auteur de nombreuses publications internationales. Mais depuis deux semaines, il a été suspendu par la ministre de la Politique scientifique Vanessa Matz. Son bureau à l’IRSNB aurait été scellé. Le paléontologue affirme ne pouvoir faire aucun commentaire, car il n’a pas accès au dossier.
La suspension fait suite à un audit réalisé l’été dernier par Belspo, le département public chargé de la politique scientifique. Quatre sources différentes indiquent à De Standaard que des interrogations existaient depuis un certain temps sur la manière dont Godefroit préparait l’installation de Dan. Cette opération, appelée « préparation », est complexe : seules quelques entreprises sont capables de transformer de manière professionnelle des ossements excavés en un squelette complet de dinosaure, comme ceux que l’on peut voir dans les musées.
Trois appels d’offres
Trois appels d’offres ont été nécessaires pour trouver une entreprise adaptée afin d’assembler Dan. C’est finalement la société Raphus qui a été désignée comme la plus appropriée. Or celle-ci est dirigée par Jonica Dos Remedios, l’épouse de Godefroit.
Lors du premier appel d’offres public, Raphus était la seule candidate sérieuse. En raison du lien avec Godefroit, la procédure a été annulée. Pour le deuxième appel d’offres, quatre candidats répondaient aux critères. Outre Raphus, Ornament, en Belgique, Eldonia, en France, et Krautworst Naturstein, en Allemagne, avaient remis une offre. Cette procédure a elle aussi dû être interrompue : Godefroit aurait légalement dû se retirer du dossier en raison de la participation de son épouse, ce qui n’avait pas été fait.
Lors du troisième appel d’offres, le contrat a finalement été attribué à Raphus. C’était possible parce que Godefroit n’était alors plus le fonctionnaire responsable du dossier. Ornament demandait près d’un million d’euros pour installer le dinosaure, tandis que les autres entreprises pouvaient réaliser le travail pour 165.000 euros chacune. Le fait que trois des quatre candidats aient proposé le même prix a également suscité des questions. Il s’agissait aussi du montant que la Loterie Nationale était prête à payer pour la préparation : 200.000 euros TVA comprise. Selon plusieurs sources, Raphus aurait en outre bénéficié d’informations privilégiées, l’entreprise ayant déjà participé à des fouilles de l’IRSNB aux États-Unis.
Selon Raphus, son prix s’explique notamment par les faibles coûts de transport entre le musée et son atelier situé à proximité, à Saint-Gilles. « Nous sommes une petite entreprise », explique Jonica Dos Remedios, de Raphus. « Je participe moi-même aux restaurations. Nos marges ne sont jamais très élevées. » Elle ajoute que son entreprise travaille sur plusieurs projets, parfois sur plusieurs années, ce qui lui permet notamment de réduire certains coûts, comme ceux liés à une assurance coûteuse. Elle ne souhaite pas commenter les offres de ses concurrents.
Une autre procédure est actuellement en cours devant le Conseil d’État. Les avocats d’Ornament demandent à obtenir toutes les communications entre Godefroit et Raphus, mais l’IRSNB refuse de les transmettre, invoquant le principe de confidentialité et la protection de la vie privée. Concernant le premier appel d’offres, l’IRSNB affirme par ailleurs ne plus retrouver les documents, « car cela s’est passé avant la nomination de l’administrateur général actuel ». Il faut désormais attendre l’avis de l’auditeur du Conseil d’État à ce sujet.
Raphus dispose indéniablement d’une expertise internationale dans l’installation de dinosaures. L’entreprise réalise des travaux pour le musée d’Histoire naturelle de Berlin, Naturalis à Leyde et le musée de Bernissart. Ce qui a cependant suscité l’irritation de plusieurs paléontologues, c’est que Dos Remedios a par le passé pu utiliser gratuitement des espaces de travail au musée de l’IRSNB. L’entreprise avait accès au laboratoire et utilisait l’eau et l’électricité. La direction aurait mis fin à cette pratique il y a quelques années.
« Une telle installation serait unique au monde »
Dans une vidéo de la Loterie Nationale, qui finance la préparation, datant de 2022, le paléontologue Godefroit se réjouissait de sa nouvelle acquisition, Dan. Il affirmait que le grand public pourrait admirer le diplodocus au musée de l’IRSNB deux ans plus tard. Son rêve était d’installer Dan dans une position de combat à côté de l’allosaure Arkhane, l’un des autres dinosaures vedettes du musée. « Une telle installation serait unique au monde », expliquait-il. Mais Dan n’est toujours pas visible aujourd’hui. Une partie du dinosaure se trouverait encore en Allemagne et certains documents manqueraient, même si Raphus affirme travailler activement à la préparation du Diplodocus Dan.
Godefroit est une référence dans son domaine. Cette année encore, il a fait parler de lui dans les médias belges après la publication d’un article dans la revue Nature Ecology & Evolution. Celui-ci concernait une nouvelle espèce d’iguanodon découverte dans le nord-est de la Chine. Le paléontologue est mondialement reconnu pour ses travaux sur les iguanodons de Bernissart, le village hennuyer où de nombreux squelettes ont été découverts dans les mines. Ses recherches l’ont également conduit sur des sites de fouilles en Russie, en Chine et en Mongolie.
Godefroit est aussi intervenu dans le débat autour de l’acquisition de Vulcain, un apatosaurus de 20 mètres de long et quatre mètres de haut acheté par Marc Coucke au début de l’année dernière. Il pourrait s’agir d’une nouvelle espèce. Avant la vente aux enchères, organisée par l’entreprise française Thétis, l’IRSNB avait conclu un accord avec celle-ci afin de déterminer s’il s’agissait effectivement d’une nouvelle espèce. Dans certains cas, le nouveau propriétaire peut alors lui donner son nom. Dans le journal De Tijd, le président de Palaeontologica Belgica avait alors reproché à l’IRSNB de se mêler à des « considérations purement commerciales ». Godefroit avait démenti.
Eric Mickeler, l’un des fondateurs de Thétis, confirme avoir collaboré à plusieurs reprises avec Godefroit. Il nie toutefois que des considérations commerciales aient pris le dessus. Selon lui, il respecte strictement les règles déontologiques.
Mickeler explique que Raphus reçoit de nombreuses commandes parce que l’entreprise pratique des tarifs moins élevés que ses concurrents. « Si l’État devait payer pour ce genre de choses, cela coûterait encore beaucoup plus cher », affirme-t-il. « Il n’est pas question de privilège, même si cela existe partout. Je suis pragmatique. Raphus est doué dans ce qu’il fait et, dans notre milieu, il y a beaucoup de jalousie. »
Belspo, l’administration fédérale chargée de la politique scientifique, qui dispose d’un budget d’un demi-milliard d’euros, ne souhaite pas réagir. Le parquet ne peut lui non plus fournir de détails tant que l’enquête est en cours.
Contenus sponsorisés
À la une
Gaz, électricité, mazout : va-t-on vers des pénuries d’énergie cet hiver ? « On a une situation géopolitique compliquée »
« Ça ne doit pas être un privilège » : enceinte après une PMA, la présidente de DéFI dénonce les obstacles rencontrés par les futurs parents
Un jeune français de 17 ans fonce dans la foule d’un événement en Belgique : 6 blessés dont une jeune fille grièvement
Cindy Crawford en deuil : son fils Presley Gerber est mort à 27 ans dans un centre à Los Angeles
Grève à Charleroi : 34 vols supprimés ce lundi, mais cette proposition de Skeyes pourrait faire bouger les choses
Les plus lus
Des milliers de touristes risquent la prison : l’Australie va placer en détention toutes les personnes qui dépassent la durée de leur visa
Différend entre Charles III et le frère de Lady Di : Charles Spencer accuse le Roi de vouloir discréditer son récit
« On se croirait dans un scénario de fin du monde » : Emilie Dupuis n’en revient pas face à cette scène en plein Anderlecht
Allemagne : « un désastre » pour Friedrich Merz, l’extrême droite gagne dans le nord-est et la gauche radicale à Berlin
Face à Buxant « Ça ne doit pas être un privilège » : enceinte après une PMA, la présidente de DéFI dénonce les obstacles rencontrés par les futurs parents
Grand baromètre Qui doit payer pour réduire le déficit ? Les Belges ont une réponse claire
Aussi en Science & Nature
« Il est très connu à la NASA » : cette icône belge qui avait conquis la Lune des années avant les premiers pas des astronautes
Bien avant que les astronautes ne posent réellement le pied sur la Lune, une célèbre icône belge avait déjà vécu cette aventure sur papier. Dans ce numéro du podcast « Astéroïde », Luc Gilson reçoit Pierre-Emmanuel Paulis, instructeur à l’Euro Space Center, pour revenir sur la manière dont ce personnage imaginé par Hergé a marqué la conquête spatiale et continue de fasciner les astronautes.
L’Europe va envoyer deux satellites dans l’espace, la Belgique y a largement contribué
Faut-il aider les Hautes Fagnes à se régénérer après l’incendie ? « La première chose à faire, c’est de ne pas agir trop rapidement »
Votre jardin ne supporte plus l’été belge : « Il va falloir remettre des arbres »
Podcast « On a visé grand dès le départ » : l’Observatoire royal de Belgique, plus vieux que le pays, souffle ses 200 bougies
Podcast La Lune fait bouger les océans… mais elle agit aussi sur la terre sous nos pieds : « Pour nous, c’est totalement imperceptible »
Voir plus d’articles
Gaz, électricité, mazout : va-t-on vers des pénuries d’énergie cet hiver ? « On a une situation géopolitique compliquée »
Face aux tensions géopolitiques et à la flambée des prix de l’énergie, Mathieu Bihet se veut rassurant : la Belgique ne risque pas, à ce stade, de pénurie de gaz, de mazout ou d’électricité cet hiver.
Face à Buxant « Ça ne doit pas être un privilège » : enceinte après une PMA, la présidente de DéFI dénonce les obstacles rencontrés par les futurs parents
Un jeune français de 17 ans fonce dans la foule d’un événement en Belgique : 6 blessés dont une jeune fille grièvement
Cindy Crawford en deuil : son fils Presley Gerber est mort à 27 ans dans un centre à Los Angeles
Grand baromètre Comment lutter contre le trafic de drogue à Bruxelles ? Une mesure plébiscitée par les Belges, loin devant les autres
« Les caisses sont vides » : la présidente de la N-VA demande aux « responsables francophones » d’expliquer la situation
Une prétendante envoie une photo à Walter… mais un détail important manque à son courrier dans L’Amour est dans le pré : « Dans l’urgence, elle l’a oubliée »
À New York, la reine Mathilde rend hommage au Belge Patrice Braut au mémorial du 11-Septembre
« On se croirait dans un scénario de fin du monde » : Emilie Dupuis n’en revient pas face à cette scène en plein Anderlecht
Grèce : un homme décède après une violente dispute sur une plage près d’Athènes à cause… d’un transat
L'Enquête « Ça pourrait vraiment dégénérer » : face aux menaces, comment les magistrats sont-ils protégés en Belgique ?