« Pour moi, c'est nouveau de pouvoir suivre les meilleurs grimpeurs sur une montée pareille » : le pari réussi de Remco Evenepoel, victorieux au plateau de Solaison
Qui pouvait imaginer une victoire de Remco Evenepoel, dimanche, lors de la première étape alpestre du Tour, au bout de la terrible ascension du plateau de Solaison ? Qui aurait pu miser sur lui lorsqu'il se retrouva seul dans les roues de Tadej Pogacar et Isaac Del Toro, les gloutons d'UAE, à 8 km du sommet ? Personne à part lui-même, sans doute. Le Belge était davantage attendu mardi, dans un contre-la-montre de 26,1 km entre Évian-les-Bains et Thonon-les-Bains, sa grande spécialité. Mais pas sur une étape en ligne de haute montagne.
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« Quand il y a Pogacar dans la course et une montée comme celle-là pour finir, c'est impossible de penser à la victoire, admettait, à l'arrivée, Patxi Vila, l'un des directeurs sportifs de Red Bull Bora Hansgrohe. Ce matin, on était surtout partis dans l'idée de sécuriser la place de Remco sur le podium. Mais voilà, l'étape a pris une tournure différente, notamment vers la fin quand il s'est retrouvé à un contre deux UAE. À ce moment-là, le plan était de rester dans les roues pour conforter la deuxième place au général. »
Mais lorsque Del Toro a attaqué et que Pogacar a laissé un écart de quelques mètres se creuser, tout s'est précipité. « Ça, ce n'était pas normal, poursuivait Vila. On s'est dit alors qu'on avait peut-être une petite chance. » Encore fallait-il régler l'affaire au sprint. Ce qu'a réussi le Belge, d'abord en contrant Del Toro, puis en résistant au retour de Pogacar.
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« C'est une superbe victoire pour Remco, la première pour lui en ligne sur le Tour, s'enthousiasmait son équipier Maxim Van Gils. Il est en super forme depuis le début, c'était une bonne décision de ne pas le faire participer au Tour Auvergne - Rhône-Alpes, il est plus frais sur le Tour. »
« Avant le Tour, jamais je n'aurais pensé pouvoir être le seul ici à rester avec Tadej et Del Toro »
Remco Evenepoel
Désormais deuxième du général, après l'abandon sur chute de Jonas Vingegaard, Evenepoel est devenu le premier des rivaux de Pogacar, bien que pointé à cinq minutes du Slovène. Il a surtout réalisé son plus beau coup d'éclat depuis son transfert chez Red Bull. Déjà sept fois vainqueur sous ses nouvelles couleurs, dont l'Amstel Gold Race, il avait coincé à chaque fois que la route s'était sérieusement élevée, lors de l'UAE Tour et sur le Tour de Catalogne.
De quoi laisser penser qu'il ne savait plus grimper. « Avant le Tour, jamais je n'aurais pensé pouvoir être le seul ici à rester avec Tadej et Del Toro », reconnaissait hier le vainqueur de la Vuelta 2022 et 3e du Tour 2024. Pour moi, c'est nouveau de pouvoir suivre les meilleurs grimpeurs sur une montée pareille. »
Après sa 3e place à Liège-Bastogne-Liège, le 26 avril, il n'avait pas épinglé le moindre dossard jusqu'au grand départ de Barcelone. Une approche loin des pelotons pour optimiser sa mue indispensable de classicman en coureur de grand Tour. « Ce que j'ai démontré aujourd'hui (hier) est l'unique raison pour laquelle je me suis mis à l'écart de la compétition pendant deux mois, racontait le Belge, qui avait d'ailleurs profité d'un stage près de Combloux pour grimper plusieurs fois au plateau de Solaison. J'ai décidé de faire beaucoup de longues montées pour perdre du poids. Parce qu'avec mon corps, c'est la seule façon de me permettre de livrer de telles performances. »
Ses sacrifices ont payé ce dimanche. Les changements survenus ces derniers mois aussi. L'hiver dernier, Evenepoel a quitté Soudal-Quick Step pour Red Bull-Bora-Hansgrohe, où il avait débuté chez les pros en 2019, pour booster sa carrière dans une équipe aux moyens bien plus conséquents. Mais il fallait sans doute un peu de temps pour que les pièces du puzzle s'imbriquent correctement. Surtout avec un nouveau changement d'entraîneur ce printemps, Tim Heemskerk, l'ancien coach de Jonas Vingegaard, succédant à Dan Lorang, en partance de chez Red Bull « Il a dû s'adapter à de nombreux changements, pointait son directeur sportif Zak Dempster. Il fallait repartir de zéro et essayer de s'améliorer petit à petit. Et nous voyons aujourd'hui l'une des toutes meilleures versions de Remco. »